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VALLÈS Jules

Qui est Jules Vallès ?

Nom complet : Louis Jules Joseph Vallez, dit Jules Vallès.
Naissance : 11 juin 1832 (Le Puy-en-Velay, France).
Mort : 14 février 1885 (Paris, France) à 52 ans.
Activité : journaliste, écrivain et homme politique.
Notoriété : auteur de la trilogie autobiographique Jacques Vingtras, fondateur du journal Le Cri du peuple et élu de la Commune de Paris.

Où se trouve la tombe de Jules Vallès ?

La tombe de Jules Vallès se trouve dans la division 66 du cimetière du Père-Lachaise, du côté de l’avenue des Peupliers.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 66
Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 66.

Le monument funéraire de Jules Vallès au Père-Lachaise

Vue générale de la tombe de Jules Vallès au Père-Lachaise
Vue générale de la tombe de Jules Vallès dans la division 66. Wikimedia Commons, licence libre.

La sépulture de Jules Vallès, située dans la 66e division du Père-Lachaise, est dominée par un buste en bronze réalisé en 1887 par le sculpteur Jean Carlus. Haut d’environ 65 centimètres, le portrait représente l’écrivain barbu, le visage légèrement tourné, avec une expression particulièrement énergique. Le bronze fut fondu à Paris par Griffoul et Lorge.

Le buste repose sur un haut socle de pierre décoré d’une plume en bronze, allusion directe au journaliste et à l’écrivain. Sur la partie antérieure du tombeau est gravée une phrase de Vallès : « Ce qu’ils appellent mon talent n’est fait que de ma conviction. » Son nom et ses dates, 1832-1885, apparaissent également sur la façade.

Le monument fut élevé deux ans après sa mort et financé par le docteur Guebhard. D’autres personnes sont également mentionnées sur la sépulture, notamment René Guebhard, Frédéric de Creus et Laure Bovet. L’ensemble constitue un hommage très directement lié à l’identité de Vallès : son portrait domine la tombe tandis que la plume et sa propre citation rappellent à la fois l’écrivain, le journaliste et l’homme de conviction.

Buste en bronze de Jules Vallès par Jean Carlus
Le buste en bronze de Jules Vallès, réalisé par Jean Carlus en 1887. Photo : Coyau / Wikimedia Commons, CC BY-SA.
Détail du monument funéraire de Jules Vallès
Détail du monument funéraire et de son décor sculpté. Photo : Coyau / Wikimedia Commons, CC BY-SA.

Biographie de Jules Vallès

Louis Jules Joseph Vallez naît le 11 juin 1832 au Puy-en-Velay. Il est le troisième enfant de Jean-Louis Vallez et de Julie Pascal ; plusieurs enfants du couple meurent en bas âge. Son père, issu d’un milieu modeste, poursuit avec difficulté une carrière dans l’enseignement. Les affectations familiales conduisent Jules du Puy à Saint-Étienne, puis à Nantes. Cette enfance faite de discipline scolaire, d’autorité familiale et de déclassement social nourrira plus tard la matière de L’Enfant. Le romancier transformera cependant l’expérience vécue : sa trilogie est autobiographique sans être un simple registre de souvenirs.

Une jeunesse placée sous le signe de la révolte

À Nantes, où son père enseigne au collège royal, l’adolescent supporte mal la rigidité du lycée et l’obligation de réussir qui pèse sur lui. Il lit beaucoup, s’intéresse à la politique et observe les tensions de la monarchie de Juillet. La révolution de 1848 éclate alors qu’il est encore élève. L’agitation républicaine, les clubs et les manifestations lui révèlent un espace public dans lequel la parole peut contester l’ordre établi.

Maison natale de Jules Vallès au Puy-en-Velay
Maison natale de Jules Vallès au Puy-en-Velay. Wikimedia Commons, CC BY-SA.

Après un passage au lycée Bonaparte à Paris, il revient à Nantes pour suivre la philosophie. Il échoue au baccalauréat en 1850, retourne dans la capitale et fréquente le Quartier latin. Avec Charles-Louis Chassin, il participe à un Comité des jeunes républicains. Il assiste aux cours de Michelet au Collège de France et manifeste lorsque le pouvoir les suspend. Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il tente avec ses camarades de mobiliser les étudiants contre Louis-Napoléon Bonaparte.

Son père, inquiet des conséquences de cet activisme sur sa propre carrière, le rappelle à Nantes et obtient son internement à l’asile Saint-Jacques. Vallès y reste plusieurs semaines avant que des amis n’interviennent en sa faveur. Cet épisode, qui marque profondément le jeune homme, renforce son hostilité envers toutes les formes d’autorité arbitraire. Il obtient finalement le baccalauréat à Poitiers en 1852, commence des études de droit, mais choisit bientôt la vie incertaine de l’écrivain et du militant.

La bohème parisienne et les débuts dans la presse

Installé à Paris, Vallès vit de petits emplois : répétiteur, secrétaire, expéditionnaire à la mairie de Vaugirard. Il fréquente cafés, salles de rédaction et milieux républicains. Soupçonné d’avoir participé au complot de l’Opéra-Comique contre Napoléon III, il est emprisonné à Mazas en 1853. La répression ne le détourne pas de la politique, mais elle lui apprend les limites imposées à la presse sous le Second Empire.

En 1857 paraît sans nom d’auteur L’Argent, pamphlet ironique sur le pouvoir social de la fortune. Vallès collabore ensuite à de nombreux journaux, notamment Le Figaro, La Presse, L’Événement et La Liberté. Son écriture vive part de la rue, des cafés, des faubourgs, des humiliations quotidiennes. Il préfère les marginaux, les pauvres et les irréguliers aux personnages célébrés par la société officielle.

Portrait de Jules Vallès par Gustave Courbet
Jules Vallès peint par Gustave Courbet vers 1861. Musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

Les Réfractaires et La Rue

Les articles réunis dans Les Réfractaires en 1865 puis La Rue en 1866 imposent une voix nouvelle. Vallès décrit les vaincus du diplôme, les artistes sans succès, les travailleurs précaires et ceux qui refusent les carrières tracées. Le reporter s’inclut dans cette foule : il fait de sa pauvreté une position d’observation et de sa colère une méthode littéraire. Le terme de « réfractaire » devient le nom d’une attitude contre la discipline familiale, scolaire, professionnelle et politique.

En 1867, il fonde l’hebdomadaire La Rue. L’entreprise connaît la censure, les saisies et les difficultés financières, mais confirme sa vocation de directeur de journal. Ses conférences et ses articles lui valent plusieurs condamnations. Il est notamment emprisonné à Sainte-Pélagie. L’opposition à l’Empire lui donne une audience croissante parmi les républicains radicaux, sans le faire entrer dans une doctrine unique : Vallès reste attaché à l’indépendance du journaliste et à la souveraineté populaire.

De la chute de l’Empire à la Commune de Paris

La guerre franco-prussienne et la chute de Napoléon III ouvrent une période décisive. Vallès lance La Rue quotidienne, participe aux mobilisations contre le gouvernement de la Défense nationale et figure parmi les rédacteurs de l’Affiche rouge de janvier 1871. Le texte réclame une Commune élue, des mesures sociales et la poursuite de la résistance. En février, avec Pierre Denis, il fonde Le Cri du peuple, quotidien dont le titre résume son ambition : faire entendre les quartiers populaires dans la politique nationale.

Portraits des chefs de la Commune de Paris avec Jules Vallès
Les chefs de la Commune de Paris, planche de portraits comprenant Jules Vallès. Musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

Élu le 26 mars 1871 par le quinzième arrondissement, il siège au Conseil de la Commune. Il travaille d’abord à la commission de l’enseignement, puis à celle des relations extérieures. Son journal devient l’un des quotidiens les plus lus de l’insurrection. Vallès soutient la République sociale, mais refuse la concentration autoritaire du pouvoir. Avec la minorité du Conseil, il s’oppose à la création d’un Comité de salut public, jugeant que cette imitation de 1793 menace les libertés pour lesquelles la Commune prétend combattre.

Séance de la Commune de Paris en 1871
Séance de la Commune de Paris représentée par Jules Hénard Van Elven en 1871. Musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

Durant la Semaine sanglante, il reste à Paris et participe aux derniers combats. Deux hommes sont exécutés par erreur parce qu’on les prend pour lui. Vallès parvient à quitter la capitale, gagne la Belgique puis Londres. Le troisième conseil de guerre le condamne à mort par contumace en juillet 1872. Sa fuite inaugure neuf années d’exil, loin du public français et sous la menace permanente d’une arrestation.

L’exil londonien et la naissance de Jacques Vingtras

À Londres, il connaît la solitude, la pauvreté et le deuil. Sa compagne Joséphine Lapointe le rejoint, mais leur fille Jeanne-Marie meurt en bas âge en 1875. Vallès survit grâce à quelques collaborations et à l’aide d’amis. Il observe la grande ville industrielle, ses foules et ses contrastes, tout en suivant les débats des proscrits de la Commune. Il publie parfois sous pseudonyme afin de contourner les interdictions françaises.

L’exil lui permet surtout de donner une forme romanesque à son passé. Sous le nom de Jacques Vingtras, il transforme son enfance, sa jeunesse et l’insurrection en un récit à la première personne. Jacques Vingtras, première version de L’Enfant, paraît en feuilleton en 1878, puis en volume en 1879. Le Bachelier suit en 1881. Le héros n’est ni un modèle ni un porte-parole docile : c’est un enfant battu, un étudiant pauvre et un écrivain rebelle qui cherche sa liberté dans une société saturée de hiérarchies.

Le retour en France et la renaissance du Cri du peuple

L’amnistie générale des communards votée en 1880 lui permet de rentrer en France. Il ne retrouve durablement Paris qu’après avoir réglé les contraintes matérielles et éditoriales de son retour. Ses livres attirent désormais des lecteurs qui ne partagent pas nécessairement ses opinions mais reconnaissent l’originalité de sa prose : phrases brèves, changements de rythme, images concrètes, humour et indignation donnent à son œuvre une oralité singulière.

Avec l’aide de la journaliste Séverine, Caroline Rémy de son vrai nom, rencontrée dans les milieux de l’exil, il fait renaître Le Cri du peuple en 1883. Le quotidien accueille plusieurs tendances du socialisme et défend les grèves, les ouvriers et les anciens communards. Vallès y reprend son rôle de chroniqueur et de directeur, tandis que Séverine devient une collaboratrice centrale puis une grande voix de la presse française.

Une du journal Le Cri du peuple fondé par Jules Vallès
Une du Cri du peuple, journal fondé par Jules Vallès, en octobre 1885. Bibliothèque nationale de France / Wikimedia Commons, domaine public.

Les dernières années et L’Insurgé

Atteint de diabète, Vallès voit sa santé décliner rapidement. Il continue pourtant à écrire, à corriger le dernier volume de sa trilogie et à diriger son journal. L’Insurgé, consacré aux années qui mènent à la Commune et à son écrasement, reste inachevé lorsqu’il meurt à Paris le 14 février 1885. Séverine en prépare l’édition, qui paraît en 1886. La dédicace « aux morts de 1871 » place le livre sous le signe d’une mémoire politique assumée.

Ses obsèques attirent une foule immense jusqu’au Père-Lachaise. Le cortège réunit écrivains, journalistes, socialistes, anarchistes et anciens communards ; des heurts opposent des manifestants à des adversaires politiques. Vallès est inhumé dans la division 66. Sa trilogie, constamment rééditée, demeure son œuvre la plus lue, tandis que ses articles font de lui un précurseur d’un journalisme à la fois littéraire, social et engagé.

Œuvres principales

  • L’Argent (1857).
  • Les Réfractaires (1865).
  • La Rue (1866).
  • La trilogie Jacques Vingtras : L’Enfant (1879), Le Bachelier (1881) et L’Insurgé (1886, publication posthume).
  • Le Tableau de Paris, chroniques.
  • Fondation et direction de La Rue puis du quotidien Le Cri du peuple.

Distinctions et fonctions

  • Élu du quinzième arrondissement au Conseil de la Commune de Paris en 1871.
  • Membre des commissions de l’enseignement puis des relations extérieures de la Commune.
  • Fondateur, avec Pierre Denis, du journal Le Cri du peuple en 1871 ; directeur de sa nouvelle série à partir de 1883.
  • Figure de la minorité de la Commune opposée au Comité de salut public.
  • Son monument funéraire, orné du buste de Jean Carlus, fait partie des monuments historiques du Père-Lachaise.