Qui est Jack Vanarsky ?
Nom complet : Jack Sergio Vapnasky, dit Jack Vanarsky.
Naissance : 18 avril 1936 (General Roca, Argentine).
Mort : 15 février 2009 (Paris, France) à 72 ans.
Activité : sculpteur, dessinateur et auteur de collages.
Notoriété : créateur de sculptures « lamellisées » et animées, auteur de Pachamama et du Livremonde.
Où se trouve la tombe de Jack Vanarsky ?
La tombe de Jack Vanarsky se trouve dans la division 11 du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Jack Vanarsky au Père-Lachaise

La sépulture de Jack Vanarsky, située dans la 11e division du Père-Lachaise, est formée d’une dalle rectangulaire en pierre portant simplement son nom, sa qualité de sculpteur et ses dates, 1936-2009.
À la tête de la tombe repose une sculpture blanche réalisée dans le langage caractéristique de Vanarsky : une forme figurative découpée en fines lamelles parallèles, procédé qu’il utilisa fréquemment dans son œuvre. L’APPL confirme que la sépulture est ornée de l’une de ses propres œuvres, ce qui en fait un exemple assez rare de sculpture contemporaine au Père-Lachaise.
La sculpture représente clairement deux mains enlacées, dont les volumes sont fragmentés par cette lamellisation régulière. Ce traitement produit un léger effet de déplacement et de vibration visuelle selon l’angle d’observation, caractéristique des recherches de Vanarsky sur la transformation des formes. La tombe devient ainsi à la fois sa sépulture et une évocation directe de son travail de sculpteur.


Biographie de Jack Vanarsky
Jack Sergio Vapnasky naît le 18 avril 1936 à General Roca, dans la province de Río Negro, au nord de la Patagonie argentine. Sa famille, d’origine juive lituanienne et biélorusse, s’était établie dans cette région éloignée de Buenos Aires. L’environnement de son enfance, partagé entre l’espace patagonien et une histoire familiale marquée par les migrations européennes, précède une trajectoire qui fera constamment dialoguer plusieurs cultures.
De la Patagonie aux ateliers de Buenos Aires
À l’adolescence, il quitte General Roca pour la capitale. Il suit ses études secondaires au Colegio Nacional de Buenos Aires, établissement réputé pour sa formation humaniste, puis entre à la faculté d’architecture de l’université de Buenos Aires. L’architecture lui apporte une connaissance de la construction, de la géométrie et du rapport entre objet et espace. Ces acquis resteront perceptibles dans ses sculptures, leurs mécanismes internes et ses interventions monumentales.
Parallèlement, il se forme aux arts plastiques dans les ateliers de Cecilia Marcovich, Juan Carlos Castagnino, Antonio Berni et Lino Enea Spilimbergo. Ces artistes comptent parmi les acteurs importants de l’art argentin du XXe siècle. À leur contact, Vanarsky pratique le dessin et la peinture tout en découvrant une création figurative attentive aux réalités sociales. Il écrit aussi dans des publications d’opposition politique, première manifestation d’un goût pour la critique, l’ironie et le détournement qui traversera ensuite son œuvre.
Le choix de Paris
En 1962, il entreprend un long voyage européen qui le conduit en Espagne, en Italie, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Finlande et en Tchécoslovaquie. Au terme de ce parcours, il choisit de s’installer à Paris avec sa compagne, l’artiste peintre Cristina Martinez. La capitale française est alors un lieu de rencontres entre artistes européens et latino-américains, tandis que l’art cinétique, la Nouvelle Figuration et les recherches sur la participation du spectateur renouvellent les pratiques.

Vanarsky ne renonce pas immédiatement au dessin ni à la peinture. Ses premières œuvres parisiennes conservent une énergie expressionniste et une dimension critique. Mais il s’oriente progressivement vers le relief, le volume et le mouvement. En 1967, il participe à la Biennale de Paris avec le groupe expérimental Automat, aux côtés notamment de René Bértholo, José Gamarra, Luciano Lanati et Alejandro Marcos. Cette expérience collective affirme son intérêt pour une œuvre qui se transforme et met en jeu la durée.
Les premières sculptures animées
Dès le milieu des années 1960, Jack Vanarsky construit des mobiles figuratifs. À partir de 1968, il met au point le procédé qui devient sa signature : la « lamellisation ». Il découpe un volume, un relief ou une image en une succession de lames parallèles. Celles-ci peuvent rester fixes, se décaler ou être actionnées par un mécanisme électrique dissimulé. La figure demeure identifiable, mais elle se déforme lentement sous les yeux du spectateur.
Cette méthode distingue son travail de nombreuses recherches cinétiques alors dominées par l’abstraction. Vanarsky conserve des corps, des visages, des objets, des traces et des fragments familiers. Le mouvement ne sert pas seulement à produire un effet optique : il introduit l’instabilité dans ce qui semblait solide. Une joue se plisse, une main se dérobe, une surface respire ou se défait. Le bois, matériau fréquemment employé, lui permet de construire avec précision les séries de lamelles et les mécanismes.
Le Musée d’Art moderne de Paris acquiert notamment Le Bras vagabond, sculpture animée en bois réalisée en 1973. Le titre résume bien sa démarche : une partie du corps, apparemment immobilisée par la sculpture, devient autonome et mobile. Au cours des années 1970 et 1980, il développe un répertoire de corps, d’empreintes, de murs, de meubles et d’objets quotidiens. Il compare volontiers son regard à celui d’un enquêteur suivant les indices d’une présence disparue.
Empreintes, collages et histoire de l’art
La lamellisation s’étend à ses collages et à ses travaux sur papier. Vanarsky découpe et réassemble des photographies, des cartes postales ou des reproductions. En fractionnant l’image, il perturbe sa continuité et fait apparaître plusieurs états à la fois. Le spectateur doit reconstruire mentalement ce qu’il voit, tout en acceptant que l’unité initiale ne puisse être entièrement retrouvée.
Il applique aussi cette méthode à des œuvres célèbres de Mondrian, Duchamp, Van Gogh, Munch ou Bernini. Il ne s’agit pas de reproductions respectueuses ni de parodies simples. Les références à l’histoire de l’art deviennent une matière que l’artiste déplace, ondule et soumet à de nouvelles règles. Son humour évite la révérence, mais repose sur une connaissance attentive des œuvres citées.
La littérature constitue un autre territoire essentiel. Lecteur de Borges, Kafka, Pessoa et Mallarmé, Vanarsky transpose dans l’espace des questions de double, de labyrinthe, de métamorphose et d’infini. Ses livres-objets, installations et projets graphiques prolongent la sculpture par le récit et le jeu intellectuel. L’objet immobile semble contenir plusieurs temps, plusieurs lectures ou plusieurs identités.
De l’architecture à la sculpture monumentale
Sa formation d’architecte facilite le passage à l’échelle urbaine. Dans les années 1970, il collabore avec l’architecte Wladimir Kalouguine sur plusieurs projets, notamment l’ensemble Pasteur-Monplaisir à Angers, réalisé entre 1972 et 1975. Vanarsky envisage alors la sculpture comme une composante d’un lieu habité : elle doit dialoguer avec les circulations, les matériaux et les usages quotidiens.
En 1988, la ville d’Ivry-sur-Seine lui commande Pachamama. Cette sculpture-fontaine monumentale en marbre de Carrare, installée dans le parc du Petit-Bois, rend hommage à la divinité andine de la Terre. Sa masse claire et ses découpes associent l’expérience sud-américaine de l’artiste à son langage de lamelles. L’œuvre montre que son procédé peut quitter l’objet de galerie pour s’inscrire dans un paysage public.
Le Livremonde de l’Exposition universelle
La commande la plus célèbre de sa carrière arrive en 1992. Pour le pavillon de la France à l’Exposition universelle de Séville, Jack Vanarsky conçoit le Livremonde, sculpture-symbole de l’exposition. L’installation prend la forme d’un livre géant dont les pages gravées et peintes rassemblent des fragments de l’histoire de l’écriture et des connaissances, depuis les signes cunéiformes jusqu’à l’écran informatique.
Un dispositif vidéo y fait défiler en plusieurs langues la phrase de Stéphane Mallarmé selon laquelle tout, au monde, existe pour aboutir à un livre. Construite en bois et plexiglas, animée par un mécanisme électrique et associée à des images de synthèse, l’œuvre réunit sculpture, architecture, texte et technologie. Depuis 2007, elle est présentée à l’Espace des sciences de Rennes, où elle poursuit sa fonction de livre ouvert sur les savoirs.
L’Oupeinpo et la ’Pataphysique
À partir de 1990, Vanarsky rejoint l’Oupeinpo, Ouvroir de peinture potentielle, groupe apparenté aux expériences de l’Oulipo. Ses membres inventent des contraintes capables de produire des œuvres et des idées nouvelles. Il devient également Régent du Collège de ’Pataphysique. Ces cadres lui conviennent : la règle, le paradoxe, le sérieux poussé jusqu’à l’absurde et l’humour y sont considérés comme des instruments de création.
Son Projet de redressement du cours de la Seine à sa traversée de Paris, montré dans l’exposition « Visions urbaines » au Centre Pompidou, traite une impossibilité comme un dossier d’aménagement rationnel. D’autres propositions imaginent de transformer le périphérique en deux lignes droites parallèles. Il réalise aussi des performances, parmi lesquelles Le Très Grand Digrapheur au Centre Pompidou en 1999 et Sacrifice humain au Palais de Tokyo en 2007.
Expositions et dernières créations
À partir des années 1970, Jack Vanarsky expose régulièrement en Europe, en Amérique du Sud et aux États-Unis. La Maison de l’Amérique latine à Paris lui consacre une rétrospective en 1995. Ses œuvres entrent dans des collections publiques et privées, tandis que ses installations rapprochent de plus en plus sculpture, scénographie et littérature.
En 2002, pour l’exposition « Métamorphoses de Kafka » au Musée du Montparnasse, il crée La Chambre de Kafka. Cloisons, portes, pages écrites, chapeau melon, cahier, plume, chaise et oreille monumentale composent un espace volontairement inquiétant. L’installation est ensuite présentée au château de Linardié puis à Orléans. Elle donne une forme visible au travail mental de l’écrivain sans chercher à reconstituer un bureau réaliste.
Le film AnimaLamina, réalisé par Marie Binet et sorti en 2007, est consacré à l’artiste et à ses sculptures animées. Jack Vanarsky meurt soudainement à Paris le 15 février 2009, alors qu’il préparait encore de nouveaux projets, notamment une importante présentation en Argentine. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 11. La sculpture lamellisée placée sur sa tombe prolonge avec sobriété le principe qui avait organisé plusieurs décennies de création.
Œuvres et réalisations principales
- Le Bras vagabond (1973), sculpture animée en bois, Musée d’Art moderne de Paris.
- Interventions pour l’ensemble Pasteur-Monplaisir à Angers (1972-1975), avec l’architecte Wladimir Kalouguine.
- Pachamama (1988), sculpture-fontaine monumentale en marbre de Carrare à Ivry-sur-Seine.
- Livremonde (1992), sculpture-symbole du pavillon français à l’Exposition universelle de Séville.
- Projet de redressement du cours de la Seine à sa traversée de Paris.
- Le Très Grand Digrapheur (1999), performance au Centre Pompidou.
- La Chambre de Kafka (2002), installation créée pour le Musée du Montparnasse.
- Sacrifice humain (2007), performance au Palais de Tokyo.
Distinctions et fonctions
- Participant à la Biennale de Paris avec le groupe Automat en 1967.
- Membre de l’Oupeinpo à partir de 1990.
- Régent du Collège de ’Pataphysique.
- Rétrospective à la Maison de l’Amérique latine à Paris en 1995.
- Auteur de la sculpture-symbole du pavillon français à l’Exposition universelle de Séville en 1992.
- Sujet du film documentaire AnimaLamina de Marie Binet (2007).