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SOUVESTRE Émile

Qui est Émile Souvestre ?

Nom complet : Charles Émile Souvestre.
Naissance : 15 avril 1806 (Morlaix, France).
Mort : 5 juillet 1854 (Montmorency, France) à 48 ans.
Activité : avocat de formation, journaliste, écrivain, dramaturge, enseignant et collecteur de traditions populaires.
Notoriété : auteur des Derniers Bretons, du Foyer breton, d’Un philosophe sous les toits et du roman d’anticipation Le Monde tel qu’il sera.

Où se trouve la tombe d’Émile Souvestre ?

La tombe d’Émile Souvestre se trouve dans la division 48 du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 48
Plan du cimetière du Père-Lachaise : emplacement de la division 48.

Le monument funéraire d’Émile Souvestre au Père-Lachaise

La sépulture d’Émile Souvestre, située dans la 48e division du Père-Lachaise, est dominée par une haute stèle de pierre sombre dont la partie supérieure s’ouvre en une niche ogivale. Celle-ci abrite un buste en marbre blanc de l’écrivain, sculpté par Philippe Grass.

Le contraste entre le marbre clair du portrait et la pierre foncée donne au monument une forte présence visuelle. Sous le buste sont gravés le nom et les dates d’Émile Souvestre, tandis qu’une large plaque funéraire rassemble plusieurs inscriptions consacrées à sa famille.

Le monument mentionne notamment son épouse Nanine Souvestre, née Papot, ainsi que Marie Souvestre. Devant la stèle s’étend une dalle funéraire surmontée d’un volume de pierre en forme de toit à deux pans, qui prolonge la composition vers l’avant.

L’ensemble associe ainsi portrait sculpté, inscriptions familiales et architecture funéraire, avec le buste d’Émile Souvestre comme élément central du monument.

Tombe d’Émile Souvestre dans la division 48 du Père-Lachaise
Vue générale de la tombe d’Émile Souvestre, division 48. Photo : Chabe01 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Buste en marbre d’Émile Souvestre sculpté par Philippe Grass
Le buste en marbre d’Émile Souvestre par Philippe Grass. Photo : Coyau / Wikimedia Commons, licence libre.

Biographie d’Émile Souvestre

Charles Émile Souvestre naît le 15 avril 1806 à Morlaix, dans une Bretagne encore profondément marquée par les bouleversements de la Révolution. Il est le plus jeune fils de Jean-Baptiste Souvestre, ingénieur des Ponts et Chaussées et notable morlaisien, et de Marie-Françoise Boudier. Placé en nourrice à Saint-Pol-de-Léon, il revient vers l’âge de quatre ans dans la maison familiale du quai de Tréguier. La mer, les ports, les récits transmis au coin du feu et la diversité des milieux bretons nourrissent très tôt un imaginaire qu’il transformera plus tard en matière littéraire et documentaire.

De Morlaix aux études de droit

Son père souhaite le voir entrer à l’École polytechnique et l’envoie au collège royal de Pontivy. Souvestre y noue des amitiés durables, notamment avec Ange Guépin, futur médecin et réformateur social. Mais ses goûts le conduisent moins vers les sciences appliquées que vers les lettres. Après la mort de son père, il choisit la faculté de droit de Rennes, où il fréquente une génération de jeunes romantiques : Édouard Turquety, Évariste Boulay-Paty, Hippolyte Lucas et Adolphe Billault. Ces années associent formation juridique, sociabilité intellectuelle et premiers essais poétiques.

Dès 1825, le Lycée armoricain, publié à Nantes par Camille Mellinet, accueille ses poèmes. Licencié en droit en 1826, Souvestre part pour Paris avec l’ambition de réussir au théâtre. Il vit modestement aux Batignolles et fait accepter à la Comédie-Française son drame Le Siège de Missolonghi. La pièce est répétée, mais la censure et les rivalités internes empêchent finalement sa représentation. Ce revers, la mort en mer de son frère aîné et des problèmes de santé récurrents le ramènent en Bretagne.

Portrait gravé d’Émile Souvestre
Portrait d’Émile Souvestre d’après Jean-Hilaire Belloc. Wikimedia Commons, domaine public.

Nantes, le journalisme et les engagements

Installé à Nantes au début de 1829, il travaille chez Mellinet, imprimeur, libraire et éditeur. Il s’intègre rapidement à la vie culturelle locale, publie des recueils de poésie, donne des cours et écrit pour la presse. Les journées de Juillet 1830 renforcent son intérêt pour les questions sociales et politiques. Avec plusieurs amis, dont Ange Guépin, il participe à une souscription destinée à honorer les victimes de la fusillade nantaise. Ses sympathies républicaines, son intérêt pour le saint-simonisme et son attention aux conditions de vie populaires irrigueront toute son œuvre.

Sa vie familiale connaît alors des joies et des drames. Il épouse d’abord Cécile Ballot-Beaupré en 1830. Leur fils Alexis Émile meurt en bas âge, puis Cécile disparaît à son tour. En 1832, Souvestre se remarie avec Anne Papot, connue sous le nom de Nanine Souvestre, qui devient elle-même femme de lettres. Leur foyer, fondé sur une réelle communauté intellectuelle, accueille plusieurs filles, dont Marie Souvestre, future pédagogue et fondatrice d’écoles destinées aux jeunes filles.

Émile Souvestre peint par Jean-Hilaire Belloc en 1838
Jean-Hilaire Belloc, Portrait d’Émile Souvestre, 1838, musée des Beaux-Arts de Morlaix. Wikimedia Commons, domaine public.

Faire connaître la Bretagne

Souvestre enseigne et poursuit son activité journalistique à Brest, puis à Mulhouse, avant de se fixer durablement à Paris en 1836. Cette mobilité élargit son expérience sans rompre son lien avec la Bretagne. Dans Les Derniers Bretons, publié à partir de 1835-1836, il décrit les coutumes, les croyances, les métiers et les récits d’une société qu’il croit menacée par la modernisation. L’ouvrage rencontre un public curieux des provinces et contribue à faire entrer la culture bretonne dans la littérature nationale.

Sa méthode mêle enquête, observation, mémoire personnelle et réécriture. Elle ne répond pas aux critères scientifiques actuels de l’ethnographie, mais elle joue un rôle majeur dans la collecte et la diffusion des traditions orales. Avec Le Foyer breton, paru en 1844, il rassemble contes, légendes et récits populaires, notamment autour de la forêt de Paimpont. Souvestre traduit aussi des textes bretons en français et offre à des lecteurs urbains un vaste tableau de la vie régionale.

Gravure d’Émile Souvestre publiée au XIXe siècle
Émile Souvestre dans une publication illustrée de 1855. Wikimedia Commons, domaine public.

Un écrivain populaire et prolifique

À Paris, Souvestre collabore à la Revue des Deux Mondes, à la Revue de Paris et au Magasin pittoresque. Il écrit des romans, des nouvelles, des essais, des récits pour la jeunesse et des pièces de théâtre. Sa plume abondante répond aux besoins de la presse et de l’édition tout en conservant une orientation morale et sociale. Il s’intéresse aux contrastes entre richesse et pauvreté, aux relations familiales, à la dignité du travail et aux transformations provoquées par l’industrialisation.

Le roman Riche et pauvre, adapté pour la scène en 1836, illustre ce goût pour les oppositions sociales. Le Mendiant de Saint-Roch, Pierre et Jean, Les Réprouvés et les Élus, les Chroniques de la mer et les Scènes de la chouannerie témoignent de la variété de ses sujets. Souvestre sait passer du récit régional à la chronique urbaine, de la littérature édifiante au drame historique. Cette diversité lui assure une large diffusion en France et, grâce aux traductions, dans plusieurs pays européens.

Affiche du roman La Chanteuse et le forçat d’Émile Souvestre
Affiche pour La Chanteuse et le forçat ou les Deux misères, illustration de Gustave Donjean, 1870. BnF-Gallica / Wikimedia Commons, CC0.

L’anticipation sociale et le philosophe sous les toits

En 1846, Le Monde tel qu’il sera révèle une autre facette de son talent. Le roman projette ses personnages en l’an 3000 et imagine une société dominée par l’argent, la mécanisation, la publicité et une recherche obsessionnelle de l’efficacité. Sous la fantaisie et la satire, Souvestre formule une critique des conséquences possibles du progrès lorsqu’il se détache de toute exigence humaine. L’ouvrage est aujourd’hui considéré comme l’un des jalons français de la littérature d’anticipation.

Un philosophe sous les toits, publié en 1851, connaît un succès particulièrement durable. Sous la forme du journal d’un homme aux ressources modestes, le livre développe une morale quotidienne fondée sur la sobriété, l’attention aux autres et la capacité à trouver du sens dans une existence simple. Traduit notamment en anglais et en allemand, il contribue à la réputation internationale de Souvestre. Son ton familier, ses scènes de la vie ordinaire et sa volonté d’instruire sans adopter la forme d’un traité expliquent une partie de cette réception.

Affiche de La Maison de la rue des morts d’Émile Souvestre
Affiche pour La Maison de la rue des morts, illustration de Gustave Donjean, 1868. BnF-Gallica / Wikimedia Commons, domaine public.

1848, l’enseignement et les dernières années

Républicain de longue date, Souvestre accueille favorablement la révolution de 1848. Candidat dans le Finistère aux élections à l’Assemblée constituante, il n’est pas élu. Il accepte néanmoins d’enseigner le style administratif à l’École d’administration créée sous l’impulsion d’Hippolyte Carnot, Jean Reynaud et Édouard Charton. Il participe également aux « Lectures du soir » destinées à un public largement ouvrier. Ces initiatives, rapidement interrompues par le reflux conservateur, correspondent à sa conviction que l’éducation peut rapprocher les classes sociales.

Après le coup d’État du 2 décembre 1851, Émile et Nanine Souvestre cachent leur ami Edgar Quinet avant son départ en exil. L’écrivain séjourne ensuite en Suisse romande, où il donne des conférences d’histoire littéraire à Genève, Lausanne et Neuchâtel. Sa santé demeure cependant fragile. Il meurt le 5 juillet 1854 à Montmorency, rue de Grétry, à l’âge de 48 ans. Inhumé au Père-Lachaise, il reçoit la même année, à titre posthume, le prix Lambert de l’Académie française. Ses œuvres continuent alors d’être rééditées par Michel Lévy frères, tandis que Le Foyer breton, Les Derniers Bretons, Un philosophe sous les toits et Le Monde tel qu’il sera restent les principaux chemins d’accès à une œuvre située au croisement de la littérature populaire, de l’enquête régionale et de la réflexion sociale.

Œuvres principales

  • Les Derniers Bretons (1835-1837), enquête littéraire sur les mœurs et traditions bretonnes.
  • Riche et pauvre (1836), roman adapté au théâtre la même année.
  • Le Mendiant de Saint-Roch (1838).
  • Le Foyer breton (1844), recueil de contes et récits populaires.
  • Le Monde tel qu’il sera (1846), roman d’anticipation et satire sociale.
  • Pierre et Jean et Les Réprouvés et les Élus.
  • Un philosophe sous les toits. Journal d’un homme heureux (1851).
  • Scènes de la chouannerie (1852).
  • Causeries historiques et littéraires.

Distinctions et fonctions

  • Avocat de formation et journaliste dans plusieurs revues parisiennes.
  • Enseignant à Brest, Mulhouse puis à l’École d’administration en 1848.
  • Collaborateur de la Revue des Deux Mondes, de la Revue de Paris et du Magasin pittoresque.
  • Lauréat d’un prix Montyon de l’Académie française pour Un philosophe sous les toits.
  • Prix Lambert de l’Académie française attribué à titre posthume en 1854.