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SINTZHEIM David

Qui est David Sintzheim ?

Nom complet : Joseph David Sintzheim.
Naissance : 16 novembre 1745 (Trèves, Allemagne).
Mort : 11 novembre 1812 (Paris, France) à 66 ans.
Activité principale : Rabbin, président du Grand Sanhédrin et premier grand-rabbin du Consistoire central.

Où se trouve la tombe de David Sintzheim ?

La tombe de David Sintzheim se trouve dans la division 07 du cimetière du Père-Lachaise, dans l’ancien carré juif, près du mur d’enceinte. Le monument est situé à proximité de l’entrée de la rue du Repos.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 07
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe de David Sintzheim se situe dans la division 07.

Le monument funéraire de David Sintzheim au Père-Lachaise

Élevée au début du XIXe siècle, la sépulture de David Sintzheim prend la forme d’une haute stèle pyramidale de pierre. Sa silhouette sobre et verticale se distingue parmi les monuments anciens du carré juif. Les inscriptions en hébreu et en français rappellent ses fonctions exceptionnelles : ancien chef du Grand Sanhédrin réuni à Paris en 1807 et président du Consistoire central des Israélites de l’Empire. La date hébraïque de son décès, le 7 kislev 5573, y est également portée.

Tombe de David Sintzheim au cimetière du Père-Lachaise
La stèle pyramidale de David Sintzheim, dans la division 07 du Père-Lachaise. Wikimedia Commons, licence libre.

Biographie de David Sintzheim

Joseph David Sintzheim naît à Trèves le 16 novembre 1745 dans une famille de rabbins érudits. Son père, Isaac Sintzheim, assure l’essentiel de sa formation religieuse et talmudique. Le jeune homme acquiert très tôt une connaissance considérable du Talmud, de ses commentaires et de la littérature rabbinique. Cette culture encyclopédique, qui fera sa réputation bien au-delà de l’Alsace, se développe dans un monde où les communautés juives restent soumises à de nombreuses restrictions civiles, professionnelles et territoriales.

Portrait de David Sintzheim, premier grand-rabbin de France
Portrait de David Sintzheim, chef du Grand Sanhédrin et premier grand-rabbin du Consistoire central. Estampe d’après Pierre-Paul Prud’hon, Bibliothèque nationale de France, domaine public.

Une grande figure du judaïsme alsacien

Vers 1765, David Sintzheim épouse la sœur de Cerf Berr de Medelsheim, syndic général des Juifs d’Alsace et acteur majeur de leur émancipation. Cette alliance familiale le rapproche d’un homme qui consacre une grande partie de sa vie à défendre ses coreligionnaires auprès des autorités royales puis révolutionnaires. Cerf Berr favorise l’établissement d’un important centre d’études à Bischheim, près de Strasbourg. Sintzheim y prend la direction d’une yeshiva en 1786 et forme de nombreux étudiants à l’étude approfondie des textes.

Son enseignement se caractérise par une méthode rigoureuse : avant de confronter les interprétations, il exige une maîtrise étendue des sources. Il travaille lui-même à une vaste œuvre savante, le Yad David, ou « Main de David », conçue comme un répertoire et un commentaire systématique des discussions talmudiques. Une faible partie seulement de cet ensemble est publiée de son vivant, mais ses manuscrits circulent et confortent son prestige auprès des autorités rabbiniques européennes.

La Révolution et la conquête de la citoyenneté

En 1789, alors que les États généraux ouvrent une période de bouleversements politiques, Sintzheim figure parmi les représentants des Juifs d’Alsace chargés de faire entendre leurs revendications. La situation est particulièrement tendue dans cette province, où les préjugés anciens se mêlent aux conflits économiques. Les communautés réclament la sécurité, l’égalité devant la loi et l’accès à une citoyenneté pleine et entière.

L’émancipation des Juifs de France, votée en septembre 1791, transforme leur statut juridique. Elle ne fait pourtant pas disparaître les violences ni les soupçons. Pendant les années les plus radicales de la Révolution, les institutions religieuses sont désorganisées et la pratique du culte devient difficile. Sintzheim poursuit néanmoins son travail d’étude et d’enseignement. Il devient ensuite rabbin à Strasbourg, où son autorité intellectuelle et sa prudence lui permettent d’accompagner une communauté confrontée à un changement historique sans précédent.

Napoléon et le rétablissement du culte israélite en 1806
Représentation allégorique de Napoléon rétablissant le culte israélite en 1806. Wikimedia Commons, domaine public.

L’Assemblée des notables juifs

En 1806, Napoléon Ier convoque à Paris une Assemblée de notables juifs. L’empereur veut obtenir des réponses précises sur les rapports entre la loi religieuse, les devoirs civiques, le mariage, les relations économiques et la fidélité à la France. David Sintzheim fait partie des personnalités les plus respectées de cette assemblée. Même s’il maîtrise imparfaitement le français, son savoir religieux en fait un médiateur indispensable entre les exigences du pouvoir et les traditions juives.

Les délégués doivent répondre à douze questions. Ils affirment notamment que les Juifs considèrent la France comme leur patrie, qu’ils sont tenus de respecter ses lois et de la défendre, et que les prescriptions religieuses peuvent s’accorder avec les obligations de la citoyenneté. Sintzheim contribue à formuler cet équilibre avec une grande attention : il s’agit de préserver la continuité de la loi juive tout en inscrivant définitivement les communautés dans la nation française.

Réunion du Grand Sanhédrin des Israélites de France en 1807
Le Grand Sanhédrin des Israélites de France réuni à Paris en 1807, œuvre d’Édouard Moyse et Émile Vernier. Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, domaine public.

Président du Grand Sanhédrin

Pour donner une sanction religieuse aux décisions de l’Assemblée, Napoléon fait réunir un Grand Sanhédrin sur le modèle symbolique de l’antique conseil de Jérusalem. L’institution comprend soixante et onze membres, rabbins et laïcs. Elle s’ouvre solennellement à Paris en février 1807. David Sintzheim, reconnu comme l’un des plus grands talmudistes de son temps, en est choisi comme président, ou nassi.

Sa fonction est délicate. Le Sanhédrin doit transformer les réponses politiques des notables en décisions compatibles avec la tradition religieuse. Sintzheim veille à ce que les formulations ne soient ni une rupture avec le judaïsme ni un refus de la citoyenneté. Les conclusions réaffirment la valeur du mariage civil, le devoir de loyauté envers l’État, la fraternité envers les autres citoyens et l’interdiction des pratiques économiques réprouvées par la loi. Par sa présidence, il devient le visage d’un judaïsme français désormais organisé dans un cadre national.

Peinture du Grand Sanhédrin présidé par David Sintzheim
Le Grand Sanhédrin, peinture d’Édouard Moyse réalisée au XIXe siècle. Wikimedia Commons, domaine public.

Premier grand-rabbin du Consistoire central

En 1808, les décrets impériaux créent un réseau de consistoires départementaux placé sous l’autorité d’un Consistoire central. Ce système, inspiré de l’organisation administrative des cultes reconnue par le Concordat, structure durablement la vie juive française. Sintzheim est élu premier grand-rabbin du Consistoire central, fonction qui correspond à celle de premier grand-rabbin de France. Il exerce parallèlement une autorité religieuse à Strasbourg.

Le nouveau cadre n’est pas exempt de contraintes. Le « décret infâme » de mars 1808 impose pendant dix ans des restrictions particulières aux Juifs, notamment dans le domaine du crédit et de la résidence. Sintzheim doit donc construire les institutions consistoriales tout en défendant les intérêts des communautés. Son rôle consiste à nommer et encadrer les ministres du culte, favoriser l’enseignement, répondre aux questions religieuses et représenter le judaïsme auprès du gouvernement.

Napoléon et les représentants juifs au temps du Grand Sanhédrin
Napoléon et les représentants des communautés juives : une image de la réorganisation du judaïsme français sous l’Empire. Wikimedia Commons, domaine public.

Un savant fidèle à l’étude

Malgré ses responsabilités publiques, David Sintzheim demeure avant tout un savant. Sa bibliothèque rassemble imprimés et manuscrits, commentaires, responsa, ouvrages grammaticaux et notes personnelles. Le Yad David témoigne de son ambition de rendre accessible une matière talmudique immense. Son érudition impressionne ses contemporains, y compris les rabbins venus d’Italie et d’autres régions de l’Empire pour siéger au Sanhédrin.

Son parcours exprime une tension féconde entre continuité et transformation. Formé selon les méthodes traditionnelles, il devient le principal interlocuteur religieux d’un État moderne. Il ne renonce ni à la précision de la loi ni à l’idée que les Juifs peuvent participer pleinement à la vie civique. Cette position contribue à définir le modèle consistorial français, qui survivra aux changements de régime et marquera durablement l’histoire du judaïsme en France.

Mort et héritage

David Sintzheim meurt à Paris le 11 novembre 1812, quelques jours avant son soixante-septième anniversaire. Il est inhumé au Père-Lachaise dans la division 07. Son successeur au Consistoire central hérite d’une institution encore récente, mais déjà solidement établie. La disparition du premier grand-rabbin de France suscite un profond respect dans les communautés qui reconnaissent en lui une autorité morale et intellectuelle exceptionnelle.

Sa mémoire demeure attachée à trois réalisations majeures : la transmission d’une érudition talmudique de premier ordre, la présidence du Grand Sanhédrin de 1807 et la fondation effective du grand-rabbinat consistorial. Son tombeau, avec ses inscriptions hébraïques et françaises, résume cette double fidélité à la tradition juive et à la France. Plus de deux siècles après sa mort, il reste une figure essentielle de l’émancipation et de l’organisation du judaïsme français.

Médaille napoléonienne commémorant l’organisation du culte israélite
Médaille napoléonienne liée à la réorganisation du culte israélite sous l’Empire. Wikimedia Commons, domaine public.

Œuvre, fonctions et postérité

  • Œuvre majeure : Yad David, vaste commentaire et répertoire talmudique dont une partie fut publiée de son vivant.
  • 1786 : direction de la yeshiva fondée à Bischheim avec l’appui de Cerf Berr.
  • 1789 : représentation des Juifs d’Alsace pendant la période des États généraux et de l’Assemblée constituante.
  • 1792 : rabbin de Strasbourg.
  • 1806 : membre éminent de l’Assemblée des notables juifs convoquée par Napoléon.
  • 1807 : président du Grand Sanhédrin réuni à Paris.
  • 1808-1812 : premier grand-rabbin du Consistoire central, considéré comme le premier grand-rabbin de France.
  • Postérité : son action contribue à établir durablement l’organisation consistoriale du judaïsme français.
  • Mémoire : sa tombe de la division 07 du Père-Lachaise, portant des inscriptions hébraïques et françaises, est protégée au titre des monuments historiques.