Qui est Juan José Saer ?
Nom complet : Juan José Saer.
Naissance : 28 juin 1937 (Serodino, Argentine).
Mort : 11 juin 2005 (Villejuif, France) à 67 ans.
Activité : Écrivain, romancier, nouvelliste, poète et essayiste argentin.
Notoriété : Auteur majeur de la littérature argentine contemporaine, notamment de L’Ancêtre, Glosa, L’Occasion et L’Enquête.
Où se trouve la tombe de Juan José Saer ?
Les cendres de Juan José Saer reposent au columbarium du cimetière du Père-Lachaise, division 87. Elles sont déposées dans la case numéro 25722.

Le monument funéraire de Juan José Saer au Père-Lachaise
Juan José Saer ne possède pas de tombe monumentale : après sa crémation, ses cendres ont été placées dans une case du columbarium du Père-Lachaise.
Les photographies ci-dessous montrent le columbarium et ses galeries.


Biographie de Juan José Saer
Juan José Saer naît le 28 juin 1937 à Serodino, petite localité de la province de Santa Fe, au cœur de la plaine argentine. Ses parents sont issus d’une famille syrienne originaire de Damas. Son père tient un commerce de village, dans un environnement où se croisent immigrants européens et levantins, habitants des campagnes et voyageurs de passage. Cette enfance provinciale fournit à l’écrivain un territoire mental qu’il ne cessera jamais d’explorer : les rives du Paraná, la ville de Santa Fe, les îles, la chaleur, les pluies, les chemins et les conversations ordinaires deviennent la matière récurrente de son œuvre.

Santa Fe, les études et les premiers livres
Adolescent, Saer poursuit sa scolarité à Santa Fe. Il entreprend ensuite des études de droit et de philosophie à l’Université nationale du Littoral, sans rechercher une carrière juridique. La littérature, le cinéma et les débats intellectuels occupent rapidement le centre de sa vie. Il fréquente des écrivains et artistes de la région, collabore à la presse et enseigne l’histoire du cinéma dans cette même université. Son intérêt pour l’image en mouvement laissera une trace durable dans une prose attentive au cadrage, à la durée et aux variations du point de vue.
Il publie très tôt. Le recueil de nouvelles En la zona paraît en 1960, suivi du roman Responso en 1964, de Palo y hueso en 1965 et de La vuelta completa en 1966. Ces textes installent déjà « la zone », espace littéraire inspiré de Santa Fe et du littoral argentin. Saer y fait revenir les mêmes lieux et un groupe de personnages — Carlos Tomatis, Pichón Garay, Ángel Leto, Washington Noriega ou le Matemático — dont les existences se croisent d’un livre à l’autre. Ce dispositif évoque Faulkner, mais Saer lui donne une forme personnelle fondée sur la perception et l’incertitude.

Le départ pour la France sans rupture avec l’Argentine
En 1968, une bourse permet à Saer de s’installer en France. Il vit à Rennes puis à Paris et enseigne la littérature latino-américaine à l’université de Rennes. Ce déplacement devient définitif, mais il ne transforme pas son œuvre en littérature d’exil au sens attendu du terme. Presque tous ses récits continuent de revenir vers la province de Santa Fe. L’éloignement aiguise même la précision de ce territoire : l’Argentine de Saer n’est ni un décor pittoresque ni une image nostalgique, mais un monde reconstruit par la mémoire, la phrase et le doute.
Cicatrices, publié en 1969, fait entendre plusieurs voix autour d’un même événement. Le Limonier réel, paru en 1974, étire une journée de Nouvel An sur les rives du Paraná et montre combien la répétition, les gestes et les sensations peuvent déplacer la narration. La Mayor, en 1976, puis Nadie nada nunca, en 1980, approfondissent cette recherche. Saer refuse les catégories commodes : il se tient à distance du réalisme magique alors associé au succès international du roman latino-américain, mais ne renonce jamais au réel. Il cherche plutôt à montrer que le réel résiste aux mots et que toute perception demeure partielle.
L’Ancêtre et la reconnaissance internationale
Avec L’Ancêtre (El entenado), publié en 1983, son nom atteint un public beaucoup plus large. Le roman prend pour point de départ une chronique du XVIe siècle : un jeune mousse survit au massacre de l’équipage d’une expédition espagnole et vit pendant des années au sein d’un peuple amérindien. Revenu en Europe, devenu très âgé, il tente de comprendre ce qu’il a vu et le rôle de témoin qui lui fut assigné. Saer transforme l’aventure historique en méditation sur la mémoire, le langage et la disparition. La traduction française de Laure Bataillon contribue fortement à sa réception en France.
Glosa, publié en 1986, adopte une construction apparemment plus simple : deux hommes marchent ensemble dans les rues de Santa Fe et commentent une fête à laquelle aucun d’eux n’a assisté. À travers leurs paroles, le passé se recompose sans jamais devenir certain. Le roman fait aussi entrer l’histoire politique argentine dans l’univers de « la zone », en laissant apparaître les violences et les ruptures qui pèseront sur le destin des personnages. L’année suivante, L’Occasion reçoit le prix Nadal en Espagne. Cette distinction confirme la reconnaissance de Saer dans le monde hispanophone.

Romans policiers, essais et poétique du doute
Dans les années 1990, Saer poursuit une œuvre désormais traduite dans de nombreuses langues. Lo imborrable paraît en 1992, puis L’Enquête (La pesquisa) en 1994. Ce dernier emprunte certains codes du roman policier : à Paris, le commissaire Morvan recherche un meurtrier en série, tandis que le récit est rapporté et discuté par les personnages de la zone argentine. L’enquête ne mène pas à une certitude rassurante ; elle devient une nouvelle manière d’interroger les faits, les récits et les interprétations.
Les Nuages, publié en 1997, met en scène la découverte d’un manuscrit relatant un voyage à travers la pampa au début du XIXe siècle. Là encore, le texte passe par plusieurs relais avant d’arriver au lecteur. Parallèlement, Saer rassemble ses réflexions dans Le Concept de fiction, La Narration-objet et d’autres essais. Il y défend une littérature autonome, exigeante, attentive à sa matière verbale. Ses références vont de Cervantès à Borges, de Joyce à Kafka et de Faulkner au Nouveau Roman français, mais son écriture conserve un rythme et une géographie immédiatement reconnaissables.

Les dernières années et La Grande
Au tournant du siècle, les récompenses se multiplient. La Grande, projet ancien et vaste roman de retour à « la zone », occupe ses dernières années. Atteint d’un cancer du poumon, Saer continue d’écrire alors que la maladie progresse. Il meurt le 11 juin 2005 à Villejuif, peu avant son soixante-huitième anniversaire. Le roman paraît à titre posthume la même année, volontairement conservé dans l’état où l’auteur l’a laissé : le dernier chapitre, correspondant au lundi dans une structure organisée par jours de la semaine, reste très bref.
Ses cendres sont déposées au columbarium du Père-Lachaise. Le choix du cimetière possède une résonance singulière : Saer avait consacré un poème au mur des Fédérés dans L’Art de raconter. Après sa mort paraissent également Travaux, recueil d’articles préparé par l’écrivain, puis ses cahiers et brouillons. Ils permettent de suivre une méthode fondée sur la lenteur, les reprises et la recherche obstinée de la phrase juste. Son œuvre forme aujourd’hui l’un des ensembles romanesques les plus cohérents de la littérature de langue espagnole de la seconde moitié du XXe siècle.
Œuvres principales
- En la zona (1960), nouvelles.
- Cicatrices (1969).
- Le Limonier réel (1974).
- Nadie nada nunca (1980).
- L’Ancêtre (1983).
- Glosa (1986).
- L’Occasion (1986).
- Le Fleuve sans rives (1991), essai.
- L’Enquête (1994).
- Les Nuages (1997).
- Le Concept de fiction (1997), essais.
- La Grande (2005, publication posthume).
- L’Art de raconter, recueil poétique constitué et remanié sur plusieurs décennies.
Distinctions et fonctions
- Enseignant d’histoire du cinéma à l’Université nationale du Littoral.
- Enseignant de littérature latino-américaine à l’université de Rennes.
- Prix Nadal pour L’Occasion en 1987.
- Prix de la Fondation El Libro pour la meilleure création littéraire de l’année en 2000.
- Prix France Culture Étranger en 2003.
- Prix Konex de platine en 2004.
- Prix de l’Union latine des littératures romanes en 2004, partagé avec Virgil Tănase.