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SAINT EXUPÉRY Consuelo

Qui est Consuelo de Saint-Exupéry ?

Nom complet : Consuelo Suncín Sandoval.
Nom d’usage : Consuelo de Saint-Exupéry.
Naissance : 10 avril 1901 (Armenia, Salvador).
Mort : 28 mai 1979 (Grasse, France) à 78 ans.
Activité : Écrivaine, journaliste, peintre et sculptrice salvadorienne et française.
Notoriété : Artiste et mémorialiste, épouse d’Antoine de Saint-Exupéry et figure associée à la rose du Petit Prince.

Où se trouve la tombe de Consuelo de Saint-Exupéry ?

Consuelo de Saint-Exupéry repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la 89e division. Sa sépulture est partagée avec son deuxième époux, l’écrivain et diplomate guatémaltèque Enrique Gómez Carrillo.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise. La tombe de Consuelo de Saint-Exupéry se trouve dans la division 89.

Le monument funéraire de Consuelo de Saint-Exupéry au Père-Lachaise

La sépulture de Consuelo de Saint-Exupéry, située dans la 89e division du Père-Lachaise, se compose d’une longue dalle de pierre claire terminée par une haute stèle au relief irrégulier, presque sculptée comme un bloc brut. Cette forme volontairement peu géométrique donne au monument une apparence très singulière parmi les tombes voisines.

La partie supérieure de la stèle est ornée d’un visage en bronze patiné de vert, placé au-dessus des inscriptions consacrées à Enrique Gómez Carrillo et à Consuelo de Saint-Exupéry. On peut également y lire l’épitaphe « En éveil parmi tant de choses endormies ».

Sur la dalle sont disposés plusieurs éléments commémoratifs, dont une croix métallique, une plaque ornée de roses en relief et des fleurs déposées par les visiteurs. L’ensemble associe ainsi pierre brute, bronze et objets de souvenir, donnant à la tombe un caractère à la fois intime et très personnel.

Tombe de Consuelo de Saint-Exupéry et Enrique Gómez Carrillo au Père-Lachaise
Tombe de Consuelo de Saint-Exupéry et d’Enrique Gómez Carrillo, division 89. Photographie : ManoSolo13241324, Wikimedia Commons, CC0.
Stèle funéraire de Consuelo de Saint-Exupéry au Père-Lachaise
Stèle de la sépulture Gómez Carrillo et Consuelo de Saint-Exupéry. Photographie : Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Consuelo de Saint-Exupéry

Consuelo Suncín Sandoval naît le 10 avril 1901 à Armenia, au Salvador, dans une famille de propriétaires terriens liée à la culture du café. Très tôt attirée par les arts et les lettres, elle reçoit une éducation qui dépasse le cadre attendu pour une jeune femme de son milieu. Elle étudie au Salvador, puis voyage au Mexique, aux États-Unis et en Europe. Cette mobilité, rare à l’époque, nourrit une personnalité indépendante, cosmopolite et résolument créatrice.

Une Salvadorienne dans les avant-gardes

À San Francisco puis à Mexico, Consuelo fréquente des milieux intellectuels et artistiques. Elle s’intéresse au droit, à la peinture, à la sculpture et au journalisme. Un premier mariage avec Ricardo Cárdenas est bref. Dans les années 1920, elle rencontre Enrique Gómez Carrillo, écrivain moderniste, chroniqueur et diplomate guatémaltèque réputé à Paris et en Amérique latine. Elle l’épouse, mais devient veuve en 1927. L’héritage et les relations laissés par Gómez Carrillo lui permettent de poursuivre ses voyages et de s’affirmer dans la vie culturelle internationale.

Consuelo de Saint-Exupéry dans sa jeunesse
Consuelo Suncín Sandoval dans sa jeunesse. Image transmise par Margarita Lissette Arévalo Martínez, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Petite, vive, élégante et volontiers fantasque, Consuelo se construit loin des rôles assignés. Sa langue maternelle est l’espagnol, mais elle choisira aussi le français pour écrire. Elle dessine et peint, réalise des sculptures et cultive un goût marqué pour le surréalisme. Son œuvre plastique, longtemps éclipsée par le nom de son troisième mari, témoigne pourtant d’un imaginaire personnel peuplé de figures oniriques, de visages et de formes symboliques.

La rencontre avec Antoine de Saint-Exupéry

En 1930, à Buenos Aires, l’écrivain Benjamin Crémieux présente Consuelo à Antoine de Saint-Exupéry. Celui-ci dirige alors l’exploitation de l’Aéropostale en Argentine. Leur rencontre est immédiate et passionnée. Ils se marient en avril 1931 en France. Consuelo devient française par ce mariage, sans jamais renier son identité salvadorienne ni son attachement à l’Amérique latine.

Le couple mène une existence intense, traversée par les voyages, les difficultés financières, les longues absences du pilote et les infidélités. Leur relation ne se résume cependant pas à ses crises : Consuelo relit, encourage et accompagne l’écrivain, tandis qu’Antoine reconnaît sa force imaginative. Ils partagent une même attirance pour les récits, les symboles et les êtres vulnérables. Consuelo souffre d’asthme ; sa fragilité physique et son tempérament ardent contribueront à la figure de la rose du Petit Prince, orgueilleuse, exigeante, menacée par les courants d’air mais irremplaçable.

Consuelo de Saint-Exupéry à Montréal en 1942
Consuelo de Saint-Exupéry photographiée à Montréal en 1942. Studio montréalais non identifié, Wikimedia Commons, domaine public au Canada.

Oppède, la guerre et Le Petit Prince

Après la défaite française de 1940, Antoine gagne les États-Unis. Consuelo demeure d’abord en zone libre. À Oppède-le-Vieux, dans le Luberon, elle rejoint un groupe de jeunes architectes et d’artistes réunis autour de Bernard Zehrfuss. Dans un village partiellement abandonné, ils imaginent des travaux collectifs et tentent de préserver une vie de création au milieu de la guerre. Cette expérience inspire à Consuelo son livre Oppède, récit à la fois autobiographique, poétique et documentaire.

Oppède-le-Vieux où séjourna Consuelo de Saint-Exupéry pendant la guerre
Vue d’Oppède-le-Vieux, lieu de l’expérience communautaire racontée par Consuelo de Saint-Exupéry dans Oppède. Photographie : Valoulemédiéviste, Wikimedia Commons, licence libre.

Elle rejoint ensuite Antoine aux États-Unis. En 1942, tandis qu’il travaille à Le Petit Prince à Long Island puis à New York, leur vie commune nourrit directement le livre. La rose est aujourd’hui largement reconnue comme un portrait transposé de Consuelo : enracinée sur un astéroïde minuscule, venue de loin, vulnérable sous sa cloche mais capable de piquer. Cette lecture ne réduit pas Consuelo à une muse ; elle éclaire plutôt le dialogue complexe entre deux créateurs qui se sont aimés et blessés.

En avril 1943, Antoine repart combattre. Le 31 juillet 1944, son avion disparaît au-dessus de la Méditerranée. Consuelo apprend la nouvelle par la presse et reste longtemps confrontée à l’incertitude. Elle devient dépositaire d’une mémoire mondiale, tout en cherchant à préserver sa propre voix. Oppède paraît d’abord à New York en 1945, puis en France chez Gallimard en 1947, accompagné de ses dessins.

Une artiste après Saint-Exupéry

Après la guerre, Consuelo poursuit la peinture et la sculpture entre la France et les États-Unis. À New York, elle collabore un temps avec Salvador Dalí, notamment autour de décors de vitrines. Leur proximité artistique se prolonge ensuite en Europe. Elle expose, écrit, fréquente des artistes et participe aux manifestations consacrées à Antoine de Saint-Exupéry, sans cesser de revendiquer une existence créatrice autonome.

Monument commémoratif consacré à Antoine de Saint-Exupéry
Monument commémoratif consacré à Antoine de Saint-Exupéry, dont l’œuvre reste étroitement liée à Consuelo. Wikimedia Commons, photographie sous licence libre.

En 1967, elle est invitée à Montréal lors de l’Exposition universelle, dont le thème « Terre des Hommes » reprend le titre du célèbre livre de son mari. Elle conserve lettres, manuscrits et souvenirs, mais ses propres textes demeurent en grande partie inédits. Son français, travaillé avec l’aide d’amis écrivains comme Denis de Rougemont, possède une liberté d’image et de rythme qui traduit l’influence de sa culture hispanophone.

Les mémoires de la rose

Consuelo meurt le 28 mai 1979 à Grasse, à l’âge de 78 ans. Elle est inhumée au Père-Lachaise auprès d’Enrique Gómez Carrillo. Sa reconnaissance littéraire s’élargit après sa mort. En 2000 paraît Mémoires de la rose, récit intime de sa vie avec Antoine, suivi de Lettres du dimanche et, en 2021, de leur correspondance. Ces publications restituent une femme lucide, drôle, jalouse parfois, mais surtout attentive à l’écriture et consciente de sa propre place dans l’histoire.

Plaque commémorative Antoine et Consuelo de Saint-Exupéry à Paris
Plaque commémorative liée à Antoine de Saint-Exupéry à Paris. La mémoire de l’écrivain est inséparable du témoignage de Consuelo. Wikimedia Commons, photographie sous licence libre.

Longtemps présentée seulement comme l’épouse ou la rose de Saint-Exupéry, Consuelo apparaît désormais comme une artiste transnationale à part entière. Née au Salvador, formée par les voyages et les avant-gardes, elle a transformé les ruptures de sa vie en récits, dessins et sculptures. Son parcours relie l’Amérique latine, Paris, Buenos Aires, New York et la Provence, et donne une autre voix à l’histoire du Petit Prince.

Œuvres principales

  • Oppède (1945 à New York ; édition française, 1947).
  • Mémoires de la rose (publication posthume, 2000).
  • Lettres du dimanche (publication posthume, 2001).
  • Correspondance 1930-1944 avec Antoine de Saint-Exupéry (édition Gallimard, 2021).
  • Peintures, dessins et sculptures présentés dans plusieurs expositions en France et à l’étranger.

Distinctions, hommages et fonctions

  • Figure inspiratrice de la rose du Petit Prince.
  • Invitée d’honneur à l’Exposition universelle de Montréal en 1967, placée sous le thème « Terre des Hommes ».
  • Son nom est associé à des expositions, colloques et publications consacrés au couple Saint-Exupéry et à la création du Petit Prince.
  • La chanson Consuelo d’Alain Souchon et Laurent Voulzy lui rend hommage en 2014.