Qui est Charles André Pozzo di Borgo ?
Nom complet : Charles André Pozzo di Borgo.
Naissance : 8 mars 1764 (Alata, Corse, France).
Mort : 15 février 1842 (Paris, France) à 77 ans.
Activité : Homme politique corse, militaire et diplomate au service de la Russie.
Notoriété : Adversaire de Napoléon Bonaparte, ambassadeur de Russie à Paris puis à Londres.
Où se trouve la tombe de Charles André Pozzo di Borgo ?
La tombe de Charles André Pozzo di Borgo se trouve dans la division 57 du cimetière du Père-Lachaise, en bordure de l’avenue des Ailantes, près du chemin Bourget.

Le monument funéraire de Charles André Pozzo di Borgo au Père-Lachaise
La sépulture de Charles André Pozzo di Borgo, située dans la 57e division du Père-Lachaise, est dominée par un important buste en bronze représentant le diplomate. Réalisé vers 1839-1840 par Benedetto Pistrucci, le portrait repose sur un haut piédestal de pierre qui porte le nom de Pozzo di Borgo.
Derrière le buste s’élève une grande croix de pierre, tandis que la concession est délimitée par un muret orné de médaillons sculptés et de motifs héraldiques. Cette disposition donne à l’ensemble une composition très structurée, dans laquelle le portrait du défunt occupe immédiatement le premier plan.
Le bronze, aujourd’hui marqué par une patine verte, accentue encore la présence du visage et contraste avec la pierre claire du monument. Par l’association du buste, de la croix et des emblèmes familiaux, la tombe rappelle à la fois la carrière diplomatique de Pozzo di Borgo et l’importance de sa lignée corse.


Biographie de Charles André Pozzo di Borgo
Charles André Pozzo di Borgo naît le 8 mars 1764 à Alata, près d’Ajaccio, dans une famille de la noblesse corse peu fortunée. L’île se trouve encore sous souveraineté génoise et ne devient française qu’en 1768. Comme Napoléon Bonaparte, né l’année suivante, Pozzo appartient donc à une génération dont l’identité se construit au croisement de la tradition insulaire, de la culture italienne et de la nouvelle administration française.
Une jeunesse corse auprès des Bonaparte
Il reçoit d’abord l’enseignement d’un religieux, puis achève sa formation à l’université de Pise. À son retour en Corse, il fréquente Joseph et Napoléon Bonaparte. Les deux familles, apparentées de loin et longtemps proches dans la politique locale, évoluent alors autour de Pascal Paoli, le chef historique de l’indépendance corse rappelé d’exil au début de la Révolution française. Cette proximité initiale rendra leur rupture ultérieure d’autant plus profonde.

En 1789, Pozzo di Borgo participe à la délégation chargée de demander l’intégration politique de la Corse à la France révolutionnaire. Il est ensuite élu député de la Corse à l’Assemblée législative en 1791. À Paris, il siège parmi les constitutionnels et s’intéresse particulièrement aux questions diplomatiques. La chute de la monarchie, en août 1792, bouleverse toutefois les équilibres auxquels il était attaché.
La rupture avec Napoléon et l’expérience anglo-corse
De retour dans l’île, Pozzo se rapproche étroitement de Paoli et devient procureur général syndic, responsable du gouvernement civil corse. Napoléon et Joseph Bonaparte, liés au camp jacobin, s’opposent désormais aux paolistes. La rivalité politique se transforme en inimitié personnelle et durable. Lorsque la Convention accuse Paoli de trahison, la Corse se soulève contre les autorités françaises ; les Bonaparte doivent quitter l’île en 1793.
Pozzo participe ensuite au royaume anglo-corse placé sous la souveraineté de George III. Président du Conseil d’État, il tente de défendre une large autonomie insulaire, mais l’expérience prend fin en 1796 avec le retrait britannique et le retour des troupes françaises. Proscrit par le régime, il s’exile. Commence alors une longue vie de diplomate sans patrie véritable, entièrement orientée vers la lutte contre le pouvoir de Napoléon.
Au service des coalitions européennes
Après des séjours à Londres et sur le continent, Pozzo di Borgo entre en 1804 au service du tsar Alexandre Ier grâce à l’appui du prince Adam Czartoryski. Sa connaissance de la France, de la Corse et du caractère de Napoléon fait de lui un conseiller précieux. Il participe à plusieurs missions auprès des cours européennes et des armées alliées. La paix de Tilsit entre la Russie et la France, en 1807, l’oblige temporairement à s’éloigner du service russe.

Il poursuit néanmoins son action contre l’Empire. Il séjourne notamment à Vienne, à Constantinople et en Grande-Bretagne, cherchant à rapprocher les adversaires de Napoléon. Il se rend aussi en Suède auprès de Jean-Baptiste Bernadotte, ancien maréchal français devenu prince héritier. En 1813, il reçoit le grade de général dans l’armée russe. Plus qu’un chef militaire de terrain, il est un agent politique et un négociateur chargé d’établir une stratégie commune entre des puissances aux intérêts souvent divergents.
Pendant la campagne de 1813-1814, il accompagne les Alliés et plaide pour une distinction entre Napoléon et la nation française. Au congrès de Francfort, il contribue à la déclaration promettant à la France la paix et le maintien de ses « limites naturelles » si elle renonce à l’Empire. Napoléon refuse ces propositions. Lorsque les armées coalisées entrent à Paris au printemps 1814, Pozzo di Borgo devient commissaire général du gouvernement provisoire et soutient le retour des Bourbons.
L’homme de confiance du tsar à Paris
La Restauration ouvre la période la plus importante de sa carrière. Alexandre Ier le nomme représentant de la Russie auprès de Louis XVIII ; il devient ensuite ambassadeur. Durant les Cent-Jours, Pozzo rejoint le roi en Belgique et accompagne les échanges avec Wellington. Après Waterloo, il s’efforce d’éviter que la victoire des Alliés ne se transforme en démembrement ou en affaiblissement durable de la France.

Au congrès de Vienne puis dans les conférences de la Sainte-Alliance, sa position est singulière : serviteur du tsar, adversaire acharné de Napoléon, il devient pourtant l’un des défenseurs d’un retour rapide de la France dans le concert européen. Il soutient le ministère modéré du duc de Richelieu et travaille à réduire les indemnités et la durée de l’occupation étrangère. Le congrès d’Aix-la-Chapelle de 1818, qui met fin à l’occupation et réintègre la France parmi les grandes puissances, marque l’aboutissement de cette politique.
Installé dans la haute société parisienne, Pozzo exerce une influence considérable à la cour et dans les milieux diplomatiques. Il tente de rapprocher durablement la Russie et la monarchie restaurée. Ses dépêches à Saint-Pétersbourg analysent avec finesse les divisions françaises, la force des souvenirs révolutionnaires et les dangers d’une réaction excessive. Ses relations avec Metternich sont difficiles : le chancelier autrichien le juge trop favorable aux intérêts français et trop indulgent envers les tendances libérales.
Entre deux monarchies
Louis XVIII apprécie ses conseils et lui accorde la dignité de pair de France en 1818. Pozzo reçoit aussi le titre de comte ; en 1827, Nicolas Ier le fait comte héréditaire de l’Empire russe. Pourtant, son influence diminue sous Charles X. Il désapprouve les orientations les plus réactionnaires du régime et comprend que la monarchie ne peut ignorer les transformations politiques issues de la Révolution.

La révolution de Juillet 1830 place le diplomate dans une situation délicate. Nicolas Ier répugne à reconnaître Louis-Philippe, arrivé au pouvoir après le renversement de Charles X. Pozzo contribue à prévenir une rupture entre Paris et Saint-Pétersbourg. Il entretient avec le nouveau gouvernement français des rapports suffisamment confiants pour sauvegarder les relations bilatérales, mais cette proximité nourrit les soupçons de certains responsables russes.
Londres, la retraite et les dernières années
En 1835, il est transféré à l’ambassade de Russie à Londres, où il succède au prince de Lieven. Âgé de plus de soixante-dix ans et déjà éprouvé par la maladie, il retrouve Wellington et les responsables britanniques qu’il connaît depuis les guerres napoléoniennes. Son expérience demeure précieuse, mais sa santé l’empêche bientôt de soutenir le rythme de la vie diplomatique. Il demande sa retraite en 1839.

Pozzo di Borgo revient alors à Paris, ville où il avait représenté la Russie pendant plus de vingt ans. Il y meurt le 15 février 1842. Son parcours résume les bouleversements d’une génération passée de la Corse de Paoli à l’Europe du congrès de Vienne. Ennemi constant de Napoléon, il ne fut pas seulement un opposant personnel : son action contribua à coordonner les coalitions, puis à restaurer la place de la France dans l’équilibre européen après 1815. Sa correspondance diplomatique, publiée plus tard par sa famille, demeure une source importante sur la Restauration et les relations franco-russes.
Œuvres principales
Principales réalisations politiques et diplomatiques : député de Corse à l’Assemblée législative (1791-1792) ; procureur général syndic puis président du Conseil d’État de la Corse anglo-corse ; conseiller diplomatique d’Alexandre Ier ; missions auprès des puissances coalisées contre Napoléon ; commissaire général du gouvernement provisoire en 1814 ; représentant de la Russie au congrès de Vienne ; action en faveur de la réduction de l’occupation alliée et du retour de la France dans le concert européen au congrès d’Aix-la-Chapelle.
Distinctions et fonctions
Fonctions principales : général au service de la Russie à partir de 1813 ; ministre plénipotentiaire puis ambassadeur de Russie à Paris de 1814 à 1835 ; ambassadeur de Russie à Londres de 1835 à 1839 ; pair de France à partir de 1818.
Titres : comte en 1816 ; comte héréditaire de l’Empire russe en 1827.