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PLANCHON Roger

Qui est Roger Planchon ?

Nom complet : Roger Émile Planchon.
Naissance : 12 septembre 1931 (Saint-Chamond, France).
Mort : 12 mai 2009 (Paris, France) à 77 ans.
Activités : directeur de théâtre, metteur en scène, dramaturge, cinéaste et comédien français.
Notoriété : figure majeure de la décentralisation théâtrale et directeur du Théâtre national populaire de Villeurbanne.

Où se trouve la tombe de Roger Planchon ?

La tombe de Roger Planchon se trouve dans la division 22 du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 22

Le monument funéraire de Roger Planchon au Père-Lachaise

La sépulture de Roger Planchon est un monument très sobre. Le nom du metteur en scène, ses années de naissance et de mort ainsi que sa qualité d’homme de théâtre y sont lisibles sans décor monumental.

Vue générale de la tombe de Roger Planchon au Père-Lachaise
Vue générale de la tombe de Roger Planchon dans la division 22. Photo Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Dalle et stèle de la sépulture de Roger Planchon
La dalle et la stèle de Roger Planchon au cimetière du Père-Lachaise. Wikimedia Commons, licence Creative Commons.

Biographie de Roger Planchon

Roger Planchon naît le 12 septembre 1931 à Saint-Chamond, dans la Loire. Ses parents ont quitté le monde rural de l’Ardèche pour chercher du travail dans la région industrielle lyonnaise. Son père est d’abord plongeur dans un hôtel avant de tenir un bistrot à Lyon, tandis que sa mère travaille comme femme de chambre. Le garçon partage ainsi son enfance entre les quartiers populaires de Lyon et la ferme de son grand-père, à Borée, sur les hauts plateaux ardéchois. Cette double appartenance, urbaine et paysanne, nourrira durablement son écriture et son regard sur les rapports sociaux.

Une vocation née pendant la guerre

La Seconde Guerre mondiale marque profondément son adolescence. Encore très jeune, il sert de messager à des maquisards dans l’Ardèche et reçoit la croix de guerre à treize ans. Après l’école primaire, il entre dans un établissement religieux où un professeur attentif lui fait découvrir la poésie, la peinture et surtout le cinéma. Planchon se passionne pour les images, mais il lit aussi avec avidité les textes dramatiques et les revues qui rendent compte des expériences scéniques européennes.

Autodidacte pour l’essentiel, il suit à Lyon les cours d’art dramatique de Suzette Guillaud. Il y rencontre Alain Mottet, Claude Lochy et Robert Gilbert, futurs compagnons de route. En 1948, à dix-sept ans, il constitue une première troupe amateur. Il joue Shakespeare, Courteline ou René Char, apprend simultanément le métier d’acteur, la direction de comédiens et l’organisation matérielle d’un spectacle. Les représentations données dans des salles modestes ou lors de festivals lui enseignent qu’une troupe doit conquérir son public au lieu d’attendre qu’il vienne spontanément au théâtre.

Le Théâtre de la Comédie à Lyon

En 1952, Planchon fonde le Théâtre de la Comédie, rue des Marronniers à Lyon. La salle est petite, les moyens réduits et l’équilibre financier fragile, mais le lieu joue tous les soirs, fait alors exceptionnel hors de Paris. Planchon veut installer une activité permanente et ne pas se limiter à quelques tournées. Il programme des auteurs contemporains encore peu connus en France, dont Arthur Adamov, Eugène Ionesco et Michel Vinaver, tout en relisant Kleist, Gogol, Shakespeare et Molière.

Photographies du spectacle Les Trois Mousquetaires mis en scène par Roger Planchon
Les Trois Mousquetaires, spectacle mis en scène par Roger Planchon au Théâtre de la Cité en 1963. Photo Roger Pic, BnF via Wikimedia Commons, domaine public.

La découverte de Bertolt Brecht est décisive. Planchon rencontre le dramaturge allemand en 1954 et monte bientôt Grand-peur et misère du Troisième Reich. Il retient de Brecht l’idée que la mise en scène ne doit pas seulement illustrer un texte, mais en révéler les mécanismes historiques, économiques et politiques. Cette influence n’efface pas son goût du spectacle populaire, du burlesque, de la machinerie et du récit d’aventures. Ses adaptations des Trois Mousquetaires mêlent ainsi énergie de tréteaux, cinéma, humour et regard critique sur l’Histoire.

La compagnie acquiert rapidement une réputation nationale. Pourtant, les déficits menacent régulièrement son existence. La municipalité lyonnaise finit par lui accorder une aide, reconnaissant la valeur d’une aventure qui attire de nouveaux spectateurs. Planchon comprend très tôt que la création artistique et l’institution sont indissociables : pour construire un répertoire, employer durablement des comédiens et toucher un large public, il faut disposer d’un outil de production stable.

Villeurbanne et la décentralisation théâtrale

En 1957, la municipalité de Villeurbanne lui confie son théâtre municipal. Le Théâtre de la Cité naît dans une commune ouvrière voisine de Lyon. Planchon y développe une politique ambitieuse de créations, de tournées et d’action culturelle. Il obtient une troupe permanente en 1959, puis le statut de centre dramatique national en 1963. Sa démarche s’inscrit dans la décentralisation théâtrale engagée après la guerre, mais elle possède un caractère propre : il ne s’agit pas seulement de transporter les classiques en province, mais de faire naître loin de Paris un véritable centre de décision artistique.

Photographies des Âmes mortes mises en scène par Roger Planchon en 1960
Les Âmes mortes d’Arthur Adamov d’après Gogol, mises en scène par Roger Planchon en 1960. BnF via Wikimedia Commons, domaine public.

Ses mises en scène renouvellent la lecture des classiques. Dans George Dandin, Bérénice, Richard III ou Le Tartuffe, costumes, décors, déplacements et objets rendent visibles les conflits de classe, de pouvoir et de désir. Son Tartuffe, créé en 1962 puis repris à plusieurs reprises, devient emblématique. Planchon ne présente plus le personnage comme un dévot âgé et austère, mais comme un homme jeune et séduisant dont la présence bouleverse la maison d’Orgon. Cette interprétation, dans laquelle il tient lui-même le rôle, suscite débats et admiration.

Scène du Tartuffe mis en scène par Roger Planchon en 1962
Le Tartuffe de Molière dans la mise en scène de Roger Planchon, 1962. Photo Roger Pic, BnF via Wikimedia Commons, domaine public.

Planchon défend un « théâtre populaire » qui ne simplifie ni les œuvres ni les idées. Il organise des rencontres, invente des formes d’animation culturelle et cherche à rapprocher le théâtre de la cité réelle. Au printemps 1968, Villeurbanne devient l’un des lieux où les directeurs de centres dramatiques et de maisons de la culture débattent de leurs missions. Planchon réclame alors davantage de pouvoir pour les créateurs, tout en mesurant les limites d’une démocratisation culturelle décidée uniquement par les institutions.

Du Théâtre de la Cité au TNP

En 1972, le Théâtre de la Cité reçoit le nom de Théâtre national populaire, jusque-là attaché au Palais de Chaillot et à Jean Vilar. Cette transmission constitue une reconnaissance nationale. Planchon partage la direction avec l’administrateur Robert Gilbert et invite Patrice Chéreau à conduire une partie de la création artistique. La coexistence de deux metteurs en scène puissants est parfois tendue, mais elle donne au TNP un rayonnement considérable. Après le départ de Chéreau, Planchon poursuivra l’aventure, puis partagera la direction avec Georges Lavaudant entre 1986 et 1996.

Le répertoire associe auteurs classiques et écritures contemporaines : Brecht, Shakespeare, Racine, Molière, Marivaux, Calderón, Adamov, Vinaver, Pinter ou Ionesco. Planchon sait également confier la scène à de jeunes artistes et accompagne plusieurs générations de comédiens. Annie Girardot, Jean Carmet, Michel Serrault, Daniel Gélin, Claude Brasseur, Gérard Desarthe ou Robin Renucci figurent parmi ceux qu’il dirige ou côtoie. L’aventure de Villeurbanne transforme durablement la géographie du théâtre français.

Photographies de Par-dessus bord mis en scène par Roger Planchon en 1973
Par-dessus bord de Michel Vinaver, mis en scène par Roger Planchon au Théâtre de la Cité en 1973. Photo Roger Pic, BnF via Wikimedia Commons, domaine public.

Dramaturge et acteur de ses propres spectacles

Planchon ne se contente pas de mettre en scène les autres. Dès La Remise, créée en 1962, il écrit des pièces où l’Histoire collective traverse des familles, des villages et des destins individuels. Patte blanche, Bleus, blancs, rouges ou les Libertins, L’Infâme, Le Cochon noir, Alice par d’obscurs chemins et Le Radeau de la Méduse explorent notamment la mémoire rurale, les conflits politiques, le désir et la violence sociale. Son écriture dense refuse la psychologie isolée des conditions historiques.

Il monte souvent ses propres textes et joue dans plusieurs de ses spectacles. Sa présence massive, son débit reconnaissable et son sens du comique lui permettent d’incarner aussi bien Tartuffe que George Dandin, Arnolphe ou Harpagon. L’acteur ne cherche pas à disparaître derrière le personnage : il met en évidence les contradictions du rôle, ses calculs et ses aveuglements. Cette manière de jouer prolonge sa conception de la mise en scène comme interprétation critique.

Portrait de Roger Planchon au Festival d’Avignon en 1984
Roger Planchon au Festival d’Avignon en 1984. Photo Fernand Michaud, BnF via Wikimedia Commons, domaine public.

Le cinéma, devant et derrière la caméra

Le cinéma, sa première passion, accompagne toute sa carrière. Il apparaît dès les années 1950 devant la caméra et devient un acteur de composition recherché. Il joue notamment pour Robert Bresson, Costa-Gavras, Édouard Molinaro, Claude Berri ou Gérard Oury. Le grand public le reconnaît dans des rôles secondaires où son autorité physique et sa diction donnent immédiatement du relief à un personnage.

Comme réalisateur, Planchon privilégie les récits historiques. Louis, enfant roi, sorti en 1993, revient sur l’enfance de Louis XIV pendant la Fronde. Lautrec, en 1998, retrace la vie du peintre Henri de Toulouse-Lautrec et vaut à Régis Royer une nomination au César du meilleur espoir masculin. Il réalise aussi George Dandin ou le Mari confondu et Le Radeau de la Méduse. Ses films prolongent ses préoccupations théâtrales : rapports de pouvoir, relecture de l’Histoire et attention au cadre social dans lequel évoluent les personnages.

Les dernières années

En 2002, Christian Schiaretti lui succède à la direction du TNP. Après quarante-cinq années passées à Villeurbanne, Planchon ne cesse pas de créer. Il fonde sa propre compagnie au Studio 24 et poursuit son travail d’écriture et de mise en scène. Il monte notamment Célébration de Harold Pinter, puis Œdipe 2007 à Colone et Amédée ou comment s’en débarrasser d’Eugène Ionesco. Cette activité tardive témoigne d’une curiosité restée intacte pour les auteurs contemporains comme pour les œuvres du répertoire.

En 2005, il confie ses archives au département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France. Décors, photographies, manuscrits, notes de mise en scène et documents administratifs permettent de mesurer l’ampleur d’un travail où l’artiste fut aussi bâtisseur d’institution. Roger Planchon meurt d’une crise cardiaque à Paris le 12 mai 2009. Il est inhumé au Père-Lachaise, dans la division 22. Son parcours demeure étroitement associé à l’histoire du théâtre public français : il a montré qu’une création exigeante pouvait se construire durablement hors de Paris, au contact d’une ville et d’un public populaire.

Œuvres principales de Roger Planchon

  • La Remise (1962), pièce de théâtre.
  • Bleus, blancs, rouges ou les Libertins (1967), pièce de théâtre.
  • L’Infâme (1969), pièce de théâtre.
  • Le Cochon noir (1973), pièce de théâtre.
  • Gilles de Rais (1976), pièce de théâtre.
  • Alice par d’obscurs chemins (1983), pièce de théâtre.
  • Le Radeau de la Méduse (1995), théâtre puis cinéma.
  • George Dandin ou le Mari confondu (1987), film.
  • Louis, enfant roi (1993), film.
  • Lautrec (1998), film.
  • Mises en scène marquantes du Tartuffe, de Bérénice, Richard III, Par-dessus bord et Le Triomphe de l’amour.

Distinctions et fonctions

  • Fondateur du Théâtre de la Comédie de Lyon en 1952.
  • Directeur du Théâtre de la Cité de Villeurbanne à partir de 1957.
  • Directeur du Théâtre national populaire de Villeurbanne de 1972 à 2001.
  • Prix Ibsen en 1974 pour Le Cochon noir.
  • Prix Georges-Lerminier du Syndicat de la critique.
  • Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en 1998.
  • Chevalier de la Légion d’honneur.
  • Croix de guerre 1939-1945.
  • Archives confiées à la Bibliothèque nationale de France en 2005.