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PISSARRO Camille

Qui est Camille Pissarro ?

Nom complet : Jacob Abraham Camille Pissarro.
Naissance : 10 juillet 1830 (Charlotte-Amélie, Antilles danoises, actuel territoire des Îles Vierges des États-Unis).
Mort : 13 novembre 1903 (Paris, France) à 73 ans.
Activités : peintre, dessinateur et graveur franco-danois.
Notoriété : membre fondateur de l’impressionnisme, puis acteur du néo-impressionnisme, seul artiste présent aux huit expositions impressionnistes.

Où se trouve la tombe de Camille Pissarro ?

La tombe de Camille Pissarro se trouve dans la division 7 du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 7

Le monument funéraire de Camille Pissarro au Père-Lachaise

La sépulture de Camille Pissarro est un monument familial de pierre, composé d’une dalle légèrement inclinée et d’une stèle verticale où sont gravés plusieurs noms. L’ensemble est sobre, sans portrait ni décor sculpté spectaculaire. Aux côtés de Camille Pissarro reposent notamment son épouse Julie Vellay, sa mère Rachel Pissarro, née Pomié, ainsi que son fils Paul-Émile Pissarro, lui-même peintre.

Vue générale de la tombe de Camille Pissarro au Père-Lachaise
Vue générale de la tombe familiale de Camille Pissarro dans la division 7. Photo Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Stèle et inscriptions de la tombe familiale Pissarro
La stèle portant les noms de Camille Pissarro et de membres de sa famille. Photo Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Biographie de Camille Pissarro

Camille Pissarro naît le 10 juillet 1830 à Charlotte-Amélie, sur l’île de Saint-Thomas, alors possession danoise des Antilles. Il grandit dans une famille juive commerçante. Son père, Frédéric Abraham Gabriel Pissarro, est d’origine française et sa mère, Rachel Manzano-Pomié, appartient à une famille établie dans l’île. Ce milieu insulaire, ouvert aux circulations maritimes et aux rencontres de populations, donne au futur peintre une enfance très éloignée des paysages français auxquels son nom sera ensuite associé.

De Saint-Thomas à Caracas

À douze ans, Pissarro est envoyé en France pour étudier dans une pension de Passy dirigée par Auguste Savary. Celui-ci remarque ses dispositions pour le dessin et l’encourage à observer directement la nature. Revenu à Saint-Thomas en 1847, le jeune homme travaille dans le commerce familial, sans abandonner ses carnets. Il dessine le port, les rues, les habitants et les activités quotidiennes. Son père envisage pour lui une carrière dans les affaires, mais sa vocation artistique se précise.

La rencontre avec le peintre danois Fritz Melbye lui offre une issue. En 1852, Pissarro quitte Saint-Thomas avec lui et s’installe à Caracas, au Venezuela. Pendant près de deux ans, les deux artistes travaillent ensemble, peignent sur le motif et vivent de leurs dessins. Les études réalisées à Caracas témoignent déjà d’un intérêt durable pour les paysages habités, les marchés, les travailleurs et les scènes ordinaires. Cette première rupture avec les attentes familiales confirme sa décision de devenir peintre.

Paris, Corot et les chemins du paysage moderne

En 1855, Pissarro rejoint Paris, au moment de l’Exposition universelle. Il découvre les œuvres de Delacroix, Courbet, Ingres, Daubigny et des peintres de Barbizon. Il fréquente plusieurs ateliers et l’Académie Suisse, lieu de formation libre où il rencontre Claude Monet, Paul Cézanne et Armand Guillaumin. Camille Corot devient une référence essentielle. De lui, Pissarro retient le travail en plein air, l’attention aux variations atmosphériques et une manière de construire le paysage sans l’asservir au pittoresque académique.

La Côte du Jallais à Pontoise peinte par Camille Pissarro en 1867
La Côte du Jallais, Pontoise, 1867, huile sur toile de Camille Pissarro. Metropolitan Museum of Art, Wikimedia Commons, domaine public.

Pissarro expose au Salon à partir de 1859, mais ses relations avec l’institution restent difficiles. Il participe au Salon des refusés de 1863 et cherche progressivement une voie indépendante. Ses paysages de La Roche-Guyon, Louveciennes et Pontoise donnent une place nouvelle aux routes, aux champs cultivés, aux maisons modestes et aux silhouettes de paysans. Dans La Côte du Jallais, Pontoise, présenté au Salon de 1868, la campagne n’est plus un décor idéalisé : elle devient un espace construit par le travail humain et observé avec une grande rigueur.

Sa vie familiale prend également forme. Pissarro partage la vie de Julie Vellay, fille d’un vigneron bourguignon qui travaillait comme domestique chez ses parents. Leur union rencontre d’abord l’hostilité de la famille du peintre. Le couple se marie à Londres en 1871 et élève une nombreuse famille. Plusieurs de leurs enfants — Lucien, Georges dit Manzana, Ludovic-Rodo et Paul-Émile — deviendront artistes. Julie assure une stabilité essentielle malgré les déménagements, les difficultés financières et l’irrégularité des ventes.

L’exil londonien et la naissance de l’impressionnisme

Lorsque éclate la guerre franco-prussienne de 1870, Pissarro se réfugie avec sa famille à Londres. Il y retrouve Monet et découvre les paysages de Constable et Turner à la National Gallery. Il peint les quartiers du sud de Londres, notamment Norwood, Sydenham et Crystal Palace, attentif aux effets changeants du ciel et à la transformation des banlieues. Il rencontre aussi le marchand Paul Durand-Ruel, qui jouera un rôle décisif dans la diffusion de l’impressionnisme.

À son retour en France, il découvre qu’une grande partie des œuvres laissées dans sa maison de Louveciennes a été détruite pendant la guerre. Cette perte considérable ne ralentit pas son travail. Installé à Pontoise, il peint côte à côte avec Cézanne. Leur dialogue transforme les deux artistes : Pissarro aide Cézanne à clarifier sa palette et à travailler sur le motif, tandis que la construction puissante de Cézanne renforce chez Pissarro le souci de la structure.

Autoportrait de Camille Pissarro en 1873
Autoportrait de Camille Pissarro, 1873. Musée d’Orsay, Wikimedia Commons, domaine public.

En 1873, Pissarro participe activement à la création de la Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs et graveurs. L’objectif est d’organiser des expositions indépendantes, sans jury ni récompense. La première ouvre en avril 1874 dans l’ancien atelier du photographe Nadar. Monet, Degas, Renoir, Sisley, Morisot et Cézanne y côtoient Pissarro. La critique raille bientôt ces artistes sous le nom d’« impressionnistes », mais le groupe transforme durablement les conditions de présentation et de perception de la peinture moderne.

Pissarro est le seul peintre à participer aux huit expositions impressionnistes organisées entre 1874 et 1886. Cette fidélité ne signifie pas immobilité. Il joue souvent un rôle de médiateur entre des personnalités difficiles, défend l’autonomie du groupe et accueille les recherches des plus jeunes. Degas, Monet, Renoir et Cézanne respectent son jugement. Gauguin vient travailler auprès de lui à Pontoise, où il reçoit des conseils pratiques et découvre une conception exigeante de la peinture sur le motif.

Gelée blanche à Pontoise de Camille Pissarro, 1873
Gelée blanche, jeune paysanne faisant du feu, 1873. Musée d’Orsay, Wikimedia Commons, domaine public.

Peindre la campagne et ceux qui la travaillent

Dans les années 1870, Pissarro construit l’un des ensembles les plus cohérents de l’impressionnisme. Ses paysages de Pontoise, d’Osny et des villages voisins montrent des chemins creux, des vergers, des coteaux, des toits, des récoltes et des scènes de marché. Il peint par touches visibles, juxtapose les couleurs et cherche à restituer la lumière d’un moment précis. Mais l’atmosphère ne dissout jamais entièrement la composition : routes, arbres et maisons organisent fermement l’espace.

Les paysans occupent une place centrale dans cette œuvre. Pissarro les représente travaillant, se reposant, gardant des troupeaux ou se rendant au marché. Il évite l’idéalisation sentimentale comme la dramatisation misérabiliste. Les figures appartiennent au paysage sans être réduites à des accessoires. Cette attention correspond à ses convictions libertaires. Lecteur de Pierre Kropotkine et d’Élisée Reclus, proche de milieux anarchistes, Pissarro se méfie de l’autorité, de l’académisme et de la société bourgeoise. Ses convictions s’expriment davantage dans ses lettres, ses dessins et ses choix de sujets que dans une peinture de propagande.

La reconnaissance tarde pourtant. Ses tableaux se vendent difficilement et le soutien de Durand-Ruel demeure irrégulier selon les crises du marché. Pissarro doit nourrir sa famille et connaît pendant longtemps une réelle précarité. Il continue néanmoins d’expérimenter, produit des dessins et des estampes, travaille avec Degas à des projets de gravure et échange une correspondance abondante avec ses fils. Son autorité morale dans le groupe contraste avec sa situation matérielle fragile.

L’expérience néo-impressionniste

Au milieu des années 1880, Pissarro s’intéresse aux recherches de Georges Seurat et Paul Signac. Leur méthode repose sur la séparation des tons et la juxtaposition de petites touches régulières, censées produire un mélange optique dans l’œil du spectateur. À cinquante-cinq ans, loin de défendre une position acquise, Pissarro accepte de remettre sa pratique en question. Il adopte la technique divisionniste et présente en 1886, lors de la dernière exposition impressionniste, des œuvres qui surprennent plusieurs de ses anciens compagnons.

La Récolte des pommes à Éragny de Camille Pissarro, 1888
La Récolte des pommes à Éragny, 1888, œuvre de la période néo-impressionniste de Camille Pissarro. Wikimedia Commons, domaine public.

La Récolte des pommes à Éragny illustre cette période. La scène rurale familière est construite par une multitude de touches colorées qui donnent à la lumière une vibration nouvelle. Pissarro ne reste toutefois pas longtemps prisonnier d’un système. Le travail pointilliste est lent, alors qu’il souhaite saisir rapidement les changements atmosphériques. À partir de 1890, il revient à une touche plus libre, enrichie par l’expérience de la division des couleurs.

En 1884, la famille s’est installée à Éragny-sur-Epte, dans une maison dont l’achat sera facilité par un prêt de Monet. Le jardin, les prairies, les vergers et les travaux agricoles deviennent ses motifs quotidiens. Cette installation apporte un ancrage durable après des années de déplacements. Elle devient également le centre de la vie familiale et artistique des Pissarro.

Les séries urbaines des dernières années

Dans les années 1890, une affection oculaire rend plus difficile le travail prolongé en plein air. Pissarro transforme cette contrainte en méthode. Depuis les fenêtres d’hôtels ou d’appartements, il peint des séries consacrées à Rouen, Dieppe, Le Havre et Paris. Il observe le même motif sous des lumières, des saisons et des conditions météorologiques différentes. Les quais, les ponts, les ports et les grands boulevards lui permettent d’unir l’étude atmosphérique à l’observation de la vie moderne.

Le Boulevard Montmartre la nuit peint par Camille Pissarro en 1897
Le Boulevard Montmartre, effet de nuit, 1897. National Gallery, Londres, Wikimedia Commons, domaine public.

En 1897, installé à l’Hôtel de Russie, il peint le boulevard Montmartre depuis une fenêtre élevée. La circulation des fiacres, les passants, les arbres et les façades deviennent une matière mouvante. Le Boulevard Montmartre, effet de nuit, unique scène nocturne de cette série, traduit les reflets des lumières sur la chaussée humide sans perdre la structure de l’avenue. Les séries parisiennes des Tuileries, du Louvre et du Pont-Neuf confirment que le peintre de la campagne sait aussi rendre le rythme de la métropole.

La reconnaissance internationale s’affirme enfin. Les expositions organisées par Durand-Ruel en France et aux États-Unis trouvent un public, tandis que de jeunes artistes sollicitent encore ses conseils. Pissarro reste actif jusqu’à ses dernières semaines. Il meurt à Paris le 13 novembre 1903, à soixante-treize ans, et est inhumé au Père-Lachaise. Son œuvre relie Corot et la génération de Barbizon aux expériences impressionnistes, néo-impressionnistes et postimpressionnistes. Son rôle de passeur, notamment auprès de Cézanne et Gauguin, complète une production qui a renouvelé le regard porté sur les paysages, le travail rural et la ville moderne.

Œuvres principales de Camille Pissarro

  • La Côte du Jallais, Pontoise (1867)
  • La Route de Versailles à Louveciennes (1869)
  • Gelée blanche, jeune paysanne faisant du feu (1873)
  • Les Toits rouges, coin de village, effet d’hiver (1877)
  • La Récolte des pommes à Éragny (1888)
  • Jeune Paysanne prenant son café (1881)
  • Le Boulevard Montmartre, série (1897)
  • Le Jardin des Tuileries, série (1899-1900)
  • Le Pont-Neuf, série (1901-1902)
  • Nombreux dessins, pastels, eaux-fortes et lithographies.

Distinctions et réalisations

  • Cofondateur en 1873 de la Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs et graveurs.
  • Participant à la première exposition impressionniste en 1874.
  • Seul artiste présent aux huit expositions impressionnistes, de 1874 à 1886.
  • Mentor et compagnon de travail de Paul Cézanne, Paul Gauguin et plusieurs artistes de la jeune génération.
  • Acteur du néo-impressionnisme aux côtés de Georges Seurat et Paul Signac à partir de 1885.
  • Œuvres conservées dans les grandes collections internationales, notamment au musée d’Orsay, au Metropolitan Museum of Art et à la National Gallery de Londres.