Qui est Christian Pineau ?
Nom complet : Christian Paul Francis Pineau.
Naissance : 14 octobre 1904 (Chaumont, France).
Mort : 5 avril 1995 (Paris, France) à 90 ans.
Activités : syndicaliste, résistant, déporté, homme politique et écrivain français.
Notoriété : cofondateur de Libération-Nord, Compagnon de la Libération, ministre des Affaires étrangères et signataire des traités de Rome.
Où se trouve la tombe de Christian Pineau ?
La tombe de Christian Pineau se trouve dans la division 97 du cimetière du Père-Lachaise, avenue transversale nº 3, première ligne.

Le monument funéraire de Christian Pineau au Père-Lachaise
Christian Pineau repose dans une sépulture familiale en granit gris, aux lignes simples et horizontales. La dalle porte son nom, ses dates et ses principales qualités officielles : ancien ministre, grand officier de la Légion d’honneur et Compagnon de la Libération. Plusieurs plaques rappellent plus précisément son engagement. L’une rend hommage au président fondateur du mouvement Libération-Nord ; une autre est dédiée par ses camarades du block 34 de Buchenwald. Son épouse, Blanche Pineau, née Bloys, y repose également.


Biographie de Christian Pineau
Christian Pineau naît le 14 octobre 1904 à Chaumont, en Haute-Marne, où son père, officier, commande une garnison. Devenu orphelin de père à quatorze ans, il poursuit ses études à l’École alsacienne de Paris. Il obtient une licence en droit et le diplôme de l’École libre des sciences politiques. Cette solide formation aurait pu le conduire vers une carrière administrative classique. Elle nourrit au contraire un parcours où les responsabilités professionnelles s’accompagnent très tôt d’un intérêt pour les questions sociales et d’un engagement syndical de plus en plus affirmé.
Du monde bancaire au syndicalisme
Pineau entre dans le secteur bancaire, d’abord à la Banque de France, puis à la Banque de Paris et des Pays-Bas. Il découvre de l’intérieur les conditions de travail des employés de banque et rompt progressivement avec le milieu conservateur dont il est issu. À partir du milieu des années 1930, son activité syndicale devient centrale. Il milite à la CGT, occupe des responsabilités au sein de la Fédération des employés de banque et devient secrétaire du Conseil économique de la confédération.
En 1937, il fonde la revue Banque et Bourse, conçue comme un outil d’information et de réflexion pour les salariés du secteur financier. Son engagement lui coûte sa place dans la banque à la suite des conflits sociaux de la période. En 1939, il rejoint le cabinet de son beau-père, l’écrivain Jean Giraudoux, alors commissaire général à l’Information. Ce passage par l’administration de l’information complète son expérience de journaliste et lui donne une connaissance concrète des mécanismes de l’État à la veille de la guerre.

La naissance de Libération-Nord
La défaite de 1940 et l’armistice provoquent un tournant décisif. Christian Pineau refuse l’ordre imposé par l’occupant et le régime de Vichy. En novembre, il participe à la rédaction du Manifeste du syndicalisme, signé par douze responsables de la CGT et de la CFTC. Le texte affirme l’indépendance du syndicalisme et rejette les discriminations fondées sur la race, la naissance, la religion, les opinions ou l’argent. Cette prise de position clandestine constitue l’un des premiers actes collectifs d’opposition issus du mouvement syndical.
Autour de militants socialistes et syndicalistes se structure bientôt Libération-Nord. Pineau joue un rôle déterminant dans la création et l’organisation du mouvement. Dès décembre 1940, avec l’aide d’Yvonne Tillault, il fait paraître le journal clandestin Libération. Il rédige seul ses soixante et un premiers numéros, une tâche dangereuse qui suppose de réunir des informations, d’écrire, de fabriquer et de diffuser le journal sous surveillance policière. Le mouvement s’étend grâce aux réseaux syndicaux, notamment dans les administrations, les chemins de fer et les services publics.
Pineau met également en place un service de renseignements économiques qui établit des contacts avec Londres à l’automne 1941. Membre du Comité d’action socialiste, il cherche à rapprocher les résistances intérieure et extérieure. Son objectif est politique autant que militaire : il souhaite que la France libre reconnaisse la représentativité des mouvements clandestins et affirme clairement son attachement au rétablissement des libertés démocratiques après la victoire.
Les missions de Londres, l’arrestation et Buchenwald
En mars 1942, Christian Pineau rejoint clandestinement Londres par avion. Il est le premier chef d’un grand mouvement de résistance intérieure reçu par le général de Gaulle. Chargé de missions à la fois politiques et militaires, il revient en France à la fin d’avril. Sous les pseudonymes de Francis, Garnier ou Jacques Grimaux, il contribue pour le Bureau central de renseignements et d’action à la création des réseaux Cohors et Phalanx. Il confie l’organisation de Cohors au philosophe Jean Cavaillès et se consacre au développement de Phalanx en zone sud.
La Déclaration du général de Gaulle aux mouvements de Résistance, qu’il rapporte de Londres et publie dans Libération en juin 1942, répond en partie aux attentes démocratiques de la Résistance intérieure. En septembre, Pineau est arrêté avec Jean Cavaillès lors d’une tentative de départ clandestin. Interné à Montpellier, il s’évade en novembre en sautant du train qui le conduit vers le camp de Saint-Paul-d’Eyjeaux. Malgré la traque, il reprend ses activités.
Un second voyage à Londres, en janvier 1943, lui permet de défendre l’idée d’un rassemblement national réunissant mouvements, partis et syndicats. De retour en France en mars avec Jean Moulin et le général Delestraint, il reçoit aussi la mission de préparer les questions de ravitaillement en prévision d’un débarquement allié. Le 3 mai 1943, la Gestapo l’arrête à Lyon. Interrogé pendant onze heures par Klaus Barbie, il maintient sa fausse identité. Après sept mois au fort Montluc, il est transféré à Compiègne puis déporté à Buchenwald en décembre 1943.
Au camp, Pineau rejoint notamment son beau-père Jean Giraudoux. Avec d’autres déportés, il organise des formes de solidarité et rassemble des camarades de Libération-Nord. Il survit jusqu’à la libération de Buchenwald en avril 1945. Cette expérience, qu’il racontera plus tard sans emphase dans La Simple Vérité, demeure une référence fondamentale de son engagement public. Elle explique aussi la place donnée à Buchenwald sur sa tombe du Père-Lachaise.
Du retour des camps aux responsabilités ministérielles
À peine revenu en France, Christian Pineau entre dans le gouvernement provisoire du général de Gaulle. Le 30 mai 1945, il devient ministre du Ravitaillement, un poste particulièrement exposé dans un pays encore soumis aux pénuries et au rationnement. Il doit rétablir des circuits d’approvisionnement désorganisés et répondre à l’impatience d’une population éprouvée par les privations. Son passage au ministère est bref mais marque son entrée dans la politique nationale.
Adhérent de la SFIO, il est élu dans la Sarthe aux deux Assemblées constituantes, puis député du département de 1946 à 1958. Il préside la commission des Finances et participe à la reconstruction institutionnelle de la France. Ministre des Travaux publics et des Transports de 1947 à 1948, brièvement ministre des Finances, puis de nouveau chargé des Travaux publics jusqu’en 1950, il intervient dans une période où les infrastructures, le rail et l’énergie constituent des priorités de la reconstruction.

En février 1955, le président René Coty le désigne pour former un gouvernement après la chute de Pierre Mendès France. Son investiture est cependant refusée par l’Assemblée nationale. Cet échec illustre l’instabilité de la IVe République, mais ne met pas fin à son rôle gouvernemental. L’année suivante, Guy Mollet lui confie le ministère des Affaires étrangères, qu’il conserve de février 1956 à mai 1958 dans trois gouvernements successifs.
Suez, l’Europe et la diplomatie de la IVe République
À la tête du Quai d’Orsay, Pineau affronte une conjoncture internationale tendue. La guerre d’Algérie pèse sur les relations de la France avec ses alliés et avec le monde arabe. La nationalisation du canal de Suez par Gamal Abdel Nasser déclenche en 1956 une crise majeure. Pineau participe aux négociations franco-britanniques et à la décision d’intervention aux côtés du Royaume-Uni et d’Israël. L’opération militaire, rapidement interrompue sous la pression des États-Unis et de l’Union soviétique, constitue un revers diplomatique qu’il analysera deux décennies plus tard dans un ouvrage consacré à l’année 1956.

Son action diplomatique est aussi étroitement liée à la construction européenne. Avec Guy Mollet et Maurice Faure, il participe aux négociations qui aboutissent aux traités de Rome. Le 25 mars 1957, il signe au nom de la France les textes instituant la Communauté économique européenne et la Communauté européenne de l’énergie atomique. Cette signature reste l’un des actes majeurs de sa carrière politique. Pineau défend une Europe organisée, capable de consolider la paix et de donner aux États du continent davantage de poids dans les affaires mondiales.

Retrait national, mandats locaux et œuvre d’écrivain
Hostile aux conditions du retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958, Pineau refuse l’investiture et les pouvoirs constituants demandés au Parlement. Battu aux élections législatives de novembre, il ne retrouve plus de mandat national. Il conserve toutefois son siège de conseiller général dans la Sarthe jusqu’en 1979 et demeure un temps membre des instances dirigeantes de la SFIO, puis du Parti socialiste. Entre 1963 et 1970, il exerce par ailleurs des responsabilités dans des entreprises du secteur touristique.
L’écriture occupe alors une place croissante. Influencé dans sa jeunesse par Jean Giraudoux, Pineau avait déjà pratiqué le journalisme clandestin. Il publie des contes pour enfants, des récits, des romans à dimension autobiographique et plusieurs témoignages historiques. Mon cher député évoque le monde parlementaire, tandis que L’Escalier des ombres revient sur les années d’Occupation. La Simple Vérité, 1940-1945 constitue son principal témoignage sur la Résistance et la déportation.

Il publie également 1956, Suez, retour critique sur la crise vécue comme ministre, puis Le Grand Pari. L’aventure du traité de Rome, qui restitue les négociations européennes auxquelles il avait pris part. Dans ses livres comme dans ses interventions publiques, il entretient la mémoire de Libération-Nord et de ses camarades déportés. Il préside le comité directeur du mouvement et reste associé aux commémorations de la Résistance.
Christian Pineau meurt à Paris le 5 avril 1995, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Ses obsèques sont célébrées en l’église Saint-Louis-des-Invalides avant son inhumation au cimetière du Père-Lachaise. Son parcours réunit plusieurs histoires du XXe siècle français : l’essor du syndicalisme, la Résistance intérieure, la déportation, la reconstruction politique et la naissance de l’Europe communautaire. Sa sépulture rappelle directement ces engagements par les hommages de Libération-Nord et des survivants de Buchenwald.
Œuvres principales de Christian Pineau
- Contes de je ne sais quand (1952)
- Plume et le Saumon (1954)
- L’Ourse aux pattons verts (1956)
- Cornerousse le Mystérieux (1957)
- Histoires de la forêt de Bercé (1958)
- Mon cher député (1959)
- La Simple Vérité, 1940-1945 (1960)
- L’Escalier des ombres (1963)
- 1956, Suez (1976)
- Le Grand Pari. L’aventure du traité de Rome (1991)
Distinctions et fonctions
- Compagnon de la Libération par décret du 16 octobre 1945.
- Grand officier de la Légion d’honneur.
- Croix de guerre 1939-1945 avec trois citations.
- Médaille de la Résistance française avec rosette.
- Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique.
- Grand-croix de l’ordre de Léopold de Belgique et Croix de guerre belge.
- Député socialiste de la Sarthe de 1945 à 1958 et conseiller général de 1955 à 1979.
- Ministre du Ravitaillement, des Travaux publics et des Transports, des Finances, puis des Affaires étrangères.
- Signataire pour la France des traités de Rome le 25 mars 1957.