Qui est Silvia Monfort ?
Nom complet : Simonne Marguerite Favre-Bertin.
Naissance : 7 juin 1923 (Paris, France).
Mort : 30 mars 1991 (Paris, France) à 67 ans.
Nom de scène : Silvia Monfort.
Activité : comédienne, metteuse en scène, écrivaine et directrice de théâtre.
Notoriété : grande interprète tragique et militante du théâtre populaire.
Où se trouve la tombe de Silvia Monfort ?
La tombe de Silvia Monfort se trouve dans la division 93 du cimetière du Père-Lachaise. Elle repose dans la sépulture familiale Callé, auprès notamment de son grand-père Georges Callé, ancien maire du 4e arrondissement de Paris.

Le monument funéraire de Silvia Monfort au Père-Lachaise
La comédienne est inhumée dans le caveau de la famille Callé. La dalle funéraire, réalisée par l’entrepreneur Edmond Pachy, est dominée par une grande croix de bronze ornée d’une branche d’olivier. Cette œuvre, datée de 1926, porte la signature de Charles Favre-Bertin, père de Silvia Monfort et gendre de Georges Callé. À l’avant figure l’inscription « Sépulture Callé ». Une plaque de marbre, très simple, rappelle le nom de scène de l’artiste et ses dates : « Silvia Monfort, 1923-1991 ».

Biographie de Silvia Monfort
Une enfance parisienne et une vocation précoce
Silvia Monfort naît sous le nom de Simonne Marguerite Favre-Bertin, le 7 juin 1923, au 11 bis rue Elzévir, dans le quartier du Marais. Sa famille est implantée depuis plusieurs générations dans ce secteur de Paris. Son père, Charles-Maurice Favre-Bertin, est sculpteur. La disparition précoce de sa mère conduit à son placement en pension. Élève brillante au lycée Victor-Hugo puis au lycée Victor-Duruy, elle obtient très jeune son baccalauréat. Son père envisage pour elle une carrière à la manufacture des Gobelins, mais elle choisit le théâtre et suit les cours de Jean Hervé et de Jean Valcourt.

Le cinéma et la Résistance
Sa carrière commence au cinéma en 1943 avec Les Anges du péché de Robert Bresson. La même période l’engage dans une tout autre aventure. Aux côtés de Maurice Clavel, qu’elle épousera, elle participe à la Résistance en Eure-et-Loir. Elle prend part à des missions de liaison et aux combats de la Libération. Cet engagement lui vaut la Croix de guerre 1939-1945 et la Bronze Star Medal américaine. Il marque durablement sa conception de l’action collective et du service public, qu’elle transposera ensuite dans son travail théâtral.
Après la guerre, le cinéma lui offre plusieurs rôles remarqués. Elle apparaît dans L’Aigle à deux têtes de Jean Cocteau, Le Secret de Mayerling de Jean Delannoy, Les Évadés de Jean-Paul Le Chanois et La Pointe Courte, premier long métrage d’Agnès Varda. Son visage intense et sa diction singulière s’accordent cependant plus profondément avec la scène, qui devient le centre de sa vie artistique.
Cocteau, Jean Vilar et le théâtre populaire
En 1945, son interprétation dans La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca attire l’attention. Edwige Feuillère la choisit ensuite comme lectrice dans L’Aigle à deux têtes de Cocteau, d’abord présenté à Bruxelles puis au théâtre Hébertot. Maurice Clavel lui fait rencontrer Jean Vilar. Silvia Monfort rejoint alors l’aventure naissante du Festival d’Avignon et du Théâtre national populaire. Elle joue dans L’Histoire de Tobie et de Sara de Claudel dès 1947, puis incarne Chimène dans Le Cid aux côtés de Gérard Philipe.
Le projet de Vilar correspond à ses convictions : proposer les grands textes à un public qui n’a pas nécessairement accès aux salles traditionnelles, privilégier l’esprit de troupe et placer l’acteur au service de l’œuvre. Elle aborde Corneille, Racine, Beaumarchais et Claudel sans renoncer aux auteurs contemporains. Cette exigence, associée à un jeu dépouillé et à une voix grave, fait d’elle l’une des tragédiennes françaises les plus reconnaissables de sa génération.
Phèdre, Électre et les grandes héroïnes
Silvia Monfort construit son répertoire autour de personnages féminins confrontés au pouvoir, à la passion et au destin. Elle interprète plusieurs fois Phèdre, sur scène comme à la télévision, et en propose des lectures successives plutôt qu’un rôle figé. Elle est également Électre chez Sophocle, Marie Stuart chez Schiller, le Sphinx de La Machine infernale, Lucrèce Borgia chez Victor Hugo, Roxane dans Bajazet et Marguerite de Bourgogne dans La Tour de Nesle.

Elle ne sépare jamais le répertoire classique de la création moderne. Elle joue Tennessee Williams, Jean-Paul Sartre, Eugène Ionesco, Jacques Audiberti et Alain Decaux. Dans Le Mal court, elle donne à Alarica une énergie ironique très éloignée de la solennité tragique. Avec Les Rosenberg ne doivent pas mourir, elle participe à un théâtre directement lié aux débats politiques et judiciaires de son temps. Sa curiosité la conduit aussi vers la danse, le mime et des formes scéniques peu familières au public français.

Sur les routes avec les Tréteaux de France
Dans les années 1960, elle rejoint Jean Danet et les Tréteaux de France. La troupe se déplace sous chapiteau et joue dans des villes, des quartiers et des lieux éloignés des circuits habituels. Monfort y retrouve l’idéal du TNP, mais dans une forme encore plus mobile. Elle défend l’alternance entre les classiques et les auteurs vivants, participe aux choix artistiques et mesure directement la réaction de publics très divers. Ces tournées, en France comme à l’étranger, lui donnent une expérience décisive de la décentralisation culturelle.

La fondation des Carrés
À partir de 1972, Silvia Monfort devient également bâtisseuse de lieux. Elle ouvre le Carré Thorigny dans un ancien entrepôt du Marais, son quartier d’enfance. Le mot « Carré » exprime sa volonté de dépasser le cadre d’un théâtre conventionnel. Elle souhaite accueillir textes classiques, créations contemporaines, danse, chanson, cirque et mime. Elle donne leur chance à de jeunes compagnies et invite le public à circuler entre les disciplines.
Le Carré connaît plusieurs implantations. Après Thorigny, l’aventure se poursuit au Nouveau Carré puis à Vaugirard, sous chapiteaux installés près du parc Georges-Brassens. Avec Alexis Grüss, elle favorise aussi la création d’une école de cirque et de mime. Les difficultés matérielles sont constantes, mais Monfort mène parallèlement son activité de comédienne, de metteuse en scène et de programmatrice. En 1986, la Ville de Paris décide enfin la construction d’un bâtiment durable conçu par l’architecte Claude Parent.

Écrivaine et femme de théâtre
Silvia Monfort publie aussi des romans et des récits, parmi lesquels Il ne m’arrivera rien, Aimer qui vous aima, Le Droit Chemin, La Raïa, Les Ânes rouges et Une allure pour l’amour. Cette activité littéraire prolonge son attention aux caractères, à la mémoire et aux choix moraux. Sa correspondance avec Pierre Gruneberg, publiée après sa mort sous le titre Lettres à Pierre, 1965-1991, documente de l’intérieur les tournées, les répétitions et les combats quotidiens nécessaires pour faire vivre un théâtre.
Les dernières années
À la fin des années 1980, elle continue à jouer et à diriger malgré la maladie. Sa dernière apparition sur scène a lieu en 1989 dans Les Deux Voies, spectacle consacré à Jean Cocteau. Elle épouse Pierre Gruneberg en mai 1990. Atteinte d’un cancer du poumon, elle meurt à Paris le 30 mars 1991, quelques mois avant l’achèvement du théâtre qu’elle avait voulu. Le bâtiment ouvre en 1992 sous le nom de théâtre Silvia-Monfort. Son parcours résume près d’un demi-siècle de combats pour rapprocher l’exigence artistique et l’accès populaire à la culture.
Œuvres principales de Silvia Monfort
- Les Anges du péché, film de Robert Bresson (1943).
- L’Aigle à deux têtes, théâtre puis film de Jean Cocteau (1946-1948).
- Le Cid de Corneille, rôle de Chimène au TNP (1954).
- La Pointe Courte, film d’Agnès Varda (1955).
- Marie Stuart de Schiller (1963).
- Électre de Sophocle, plusieurs productions à partir de 1965.
- Phèdre de Racine, rôle repris à plusieurs périodes de sa carrière.
- Le Mal court de Jacques Audiberti (années 1960).
- Lucrèce Borgia de Victor Hugo (1975).
- Les Perses d’Eschyle (1984).
Distinctions et fonctions
- Croix de guerre 1939-1945 pour son engagement dans la Résistance.
- Bronze Star Medal des États-Unis.
- Chevalier de la Légion d’honneur en 1973.
- Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en 1983.
- Fondatrice et directrice du Carré Thorigny puis du Carré Silvia Monfort.
- Actrice du Théâtre national populaire et des Tréteaux de France.