Qui est Hélène Lazareff ?
Nom complet : Hélène Gordon-Lazareff.
Nom de naissance : Hélène Gordon.
Naissance : 21 septembre 1909 (Rostov-sur-le-Don, Russie).
Mort : 16 février 1988 (Le Lavandou, France) à 78 ans.
Activité : Journaliste et directrice de presse.
Notoriété : Fondatrice et directrice du magazine féminin Elle, lancé en 1945.
Où se trouve la tombe d’Hélène Lazareff ?
La tombe d’Hélène Lazareff se trouve dans la division 7 du cimetière du Père-Lachaise, avenue Rachel, huitième ligne.

Le monument funéraire d’Hélène Lazareff au Père-Lachaise
La sépulture familiale des Lazareff est un monument bas et sobre, composé d’une dalle sombre précédée d’une bordure de pierre. Les inscriptions identifient Pierre Lazareff, Hélène Gordon-Lazareff et Nina Lazareff.
Hélène repose auprès de son époux Pierre Lazareff, fondateur de France-Soir, mort en 1972, et de Nina Lazareff. L’ensemble est régulièrement fleuri. Deux journalistes : Pierre dans la grande presse quotidienne populaire, Hélène dans le renouvellement de la presse féminine.
Biographie d’Hélène Lazareff
Hélène Gordon naît le 21 septembre 1909 à Rostov-sur-le-Don, dans l’Empire russe. Elle grandit dans une famille juive fortunée : son père, Boris Gordon, est industriel et possède des intérêts dans la presse. La révolution russe bouleverse cette enfance privilégiée. La famille quitte le pays, passe par Constantinople et finit par s’établir à Paris en 1920. Hélène apprend très tôt à se déplacer entre plusieurs langues, plusieurs milieux et plusieurs cultures, aptitude qui nourrira son regard de journaliste.

De la Russie à Paris
À Paris, Hélène est scolarisée au lycée Victor-Duruy. Lectrice passionnée, elle étudie ensuite les lettres et l’ethnologie à la Sorbonne. Elle fréquente le musée d’Ethnographie du Trocadéro, devenu musée de l’Homme, et participe à une mission de terrain en Afrique dans l’entourage de Marcel Griaule. Cette expérience lui fournit la matière de ses premiers textes publiés dans L’Intransigeant. Elle découvre ainsi que l’observation, le récit et la mise en scène des informations peuvent transformer une expérience en sujet de presse.
En 1929, elle épouse Paul Raudnitz, dont elle a une fille, Michèle. Le mariage se termine quelques années plus tard. Sa vie professionnelle prend alors une place croissante. Elle entre dans la presse à une époque où les rédactions restent largement dirigées par des hommes et où les pages destinées aux femmes ou aux enfants sont souvent considérées comme secondaires. Hélène Gordon comprend au contraire qu’elles peuvent accueillir un journalisme inventif, attentif à la vie quotidienne et aux mutations sociales.
L’apprentissage de la presse moderne
Elle travaille pour Paris-Soir, dirigé par Jean Prouvost, puis participe à Marie Claire. Elle se familiarise avec la fabrication d’un magazine populaire : choix des sujets, rythme des rubriques, importance de la photographie, titres courts et relation directe avec le lectorat. Dans les bureaux de Paris-Soir, elle rencontre Pierre Lazareff, journaliste brillant et organisateur de presse. Ils se marient en 1939.
La guerre interrompt cette ascension. Juifs et exposés aux campagnes antisémites, Hélène et Pierre Lazareff quittent la France en 1940. Après un passage par le Canada, ils s’installent à New York. Hélène travaille pour Harper’s Bazaar et collabore au New York Times. La presse américaine lui révèle une formule plus visuelle, plus pratique et plus libre dans son ton que de nombreux périodiques français d’avant-guerre. Elle observe aussi la place nouvelle prise par les femmes dans la société américaine mobilisée par le conflit.
La naissance de Elle en 1945
De retour à Paris après la Libération, Pierre reprend la direction de France-Soir. Hélène conçoit de son côté un hebdomadaire féminin inspiré par les méthodes américaines, mais adapté à la reconstruction française. Avec Marcelle Auclair et une petite équipe, elle lance Elle. Le premier numéro paraît le 21 novembre 1945, dans un pays encore soumis aux pénuries de papier et de produits courants.

Le projet associe mode, beauté, décoration, cuisine, culture et informations pratiques. Hélène Lazareff veut proposer du « sérieux dans la frivolité » et de « l’ironie dans le grave ». Le magazine ne se contente pas de présenter des vêtements inaccessibles : il explique comment les adapter, les confectionner ou les porter. Sa maquette claire, ses photographies et son ton complice rompent avec une presse féminine plus conventionnelle.
Le succès est rapide : le premier tirage atteint environ 110 000 exemplaires. Hélène Lazareff dirige avec une autorité réputée redoutable, mais sait aussi repérer des talents et renouveler ses équipes. Elle travaille notamment avec Françoise Giroud, qui participe à définir l’équilibre entre mode, reportages et grands sujets de société. Le magazine s’adresse à une lectrice moderne, citadine, active ou désireuse de gagner en autonomie, sans se présenter pour autant comme un organe militant.

Une directrice influente
Dans les années 1950 et 1960, Elle devient l’un des grands titres de la presse française et dépasse le million d’exemplaires. Le journal accompagne l’essor du prêt-à-porter, l’équipement des foyers, le tourisme et l’entrée croissante des femmes dans la vie professionnelle. Hélène Lazareff soutient les créateurs qu’elle juge novateurs et donne une forte visibilité à la mode parisienne. Elle impose une exigence de rapidité : un magazine doit sentir l’époque, devancer les désirs et rendre immédiatement lisible ce qui change.

Son influence dépasse la rédaction. À partir de 1952, Hélène et Pierre Lazareff reçoivent le dimanche dans leur propriété de la Grille Royale à Louveciennes. Journalistes, écrivains, artistes, responsables politiques et personnalités étrangères s’y rencontrent. Ces déjeuners forment un lieu de sociabilité et d’information où se croisent les mondes de la presse, du spectacle et du pouvoir. La personnalité d’Hélène, surnommée « la tsarine », contribue à la légende du couple.

Dernières années
À la fin des années 1960, la société et la presse changent rapidement. Les aspirations féministes, la télévision et de nouveaux concurrents obligent les magazines à se réinventer. Hélène Lazareff demeure associée à la formule qu’elle a créée, mais sa santé se dégrade. Les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer apparaissent au début des années 1970.
La mort de Pierre Lazareff en avril 1972 constitue une rupture personnelle et professionnelle. Hélène quitte la direction effective de Elle en 1973 et se retire progressivement au Lavandou, dans le Var. Elle y meurt le 16 février 1988, à 78 ans. Elle est inhumée au Père-Lachaise auprès de Pierre. Le magazine qu’elle avait lancé dans les difficultés de l’après-guerre est devenu une marque internationale, tandis que sa manière d’unir information, service, culture et mode a durablement transformé la presse féminine.
Principales réalisations
- Reportages pour L’Intransigeant après une mission ethnographique en Afrique
- Collaborations à Paris-Soir et Marie Claire
- Travail à New York pour Harper’s Bazaar et le New York Times pendant la Seconde Guerre mondiale
- Fondation de l’hebdomadaire Elle en 1945
- Direction de Elle de 1945 à 1973
Distinctions et fonctions
- Journaliste de presse écrite
- Fondatrice et directrice du magazine Elle
- Collaboratrice de titres français et américains
- Personnalité majeure de la presse féminine française de l’après-guerre