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GUESDE Jules

Qui est Jules Guesde ?

Nom complet : Jules Bazile, dit Jules Guesde.
Naissance : 11 novembre 1845 (Paris, France).
Mort : 28 juillet 1922 (Saint-Mandé, France) à 76 ans.
Activité : journaliste et homme politique socialiste.
Notoriété : propagateur du marxisme en France, cofondateur du Parti ouvrier français puis de la SFIO, député du Nord et ministre d’État.

Où se trouve la tombe de Jules Guesde ?

Les cendres de Jules Guesde reposent dans la division 87 du cimetière du Père-Lachaise, au columbarium, dans la case n° 6323.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 87
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise : la case funéraire de Jules Guesde se trouve dans la division 87.

Le monument funéraire de Jules Guesde au Père-Lachaise

La sépulture de Jules Guesde est une case du columbarium du Père-Lachaise. Une plaque claire et dépouillée porte simplement l’inscription « Jules GUESDE 1845-1922 ». Ce choix sans décor monumental correspond à une forme de commémoration sobre : le nom et les dates suffisent à identifier l’un des fondateurs du socialisme organisé en France.

Après sa mort à Saint-Mandé, Jules Guesde est incinéré au crématorium du Père-Lachaise. Ses funérailles rassemblent des militants et des responsables socialistes venus rendre hommage au vieux dirigeant. La case n° 6323 demeure aujourd’hui son lieu de mémoire dans la galerie du columbarium.

Plaque funéraire de Jules Guesde au columbarium du Père-Lachaise
Plaque de la case funéraire de Jules Guesde au columbarium du Père-Lachaise. Wikimedia Commons, licence libre.
Case de Jules Guesde dans le columbarium du Père-Lachaise
La case n° 6323 de Jules Guesde au columbarium, en 2015. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Jules Guesde

Jules Bazile naît à Paris le 11 novembre 1845 dans une famille de cinq enfants. Son père, catholique et conservateur, dirige à Passy une institution privée d’enseignement dont les revenus restent modestes. Élève précoce, Jules obtient le baccalauréat à seize ans. Ses lectures de Victor Hugo, de Kant et des auteurs républicains l’éloignent progressivement des convictions religieuses et monarchiques de son milieu familial. Pour gagner sa vie, il entre comme employé au ministère de l’Intérieur, mais l’administration lui convient peu : le journalisme et la politique l’attirent davantage.

Jules Guesde jeune en 1871
Jules Guesde en 1871, au début de son engagement socialiste. Wikimedia Commons, domaine public.

Du journalisme républicain à l’exil

En 1867, il choisit le nom de jeune fille de sa mère, Guesde, afin de ne pas compromettre sa famille par ses articles. Il travaille dans la presse républicaine à Toulouse puis à Montpellier. En juillet 1870, un texte dans lequel il rend le régime impérial responsable de la guerre contre la Prusse lui vaut une condamnation à six mois de prison. La chute de Napoléon III lui rend la liberté.

Pendant la Commune de Paris, au printemps 1871, il défend les communards dans les journaux du Midi. Condamné à cinq années de prison, il gagne la Suisse avant son arrestation, puis séjourne en Italie. L’exil constitue une période de formation politique. Guesde fréquente des militants de différentes tendances, lit les théoriciens socialistes et s’éloigne progressivement du républicanisme radical comme des conceptions anarchistes. Lorsqu’il rentre en France en 1876, il entend donner au mouvement ouvrier une doctrine et une organisation nationales.

Une du journal Le Cri du peuple à l’époque de Jules Guesde
Une du Cri du peuple, journal du mouvement socialiste, en 1885. Wikimedia Commons, domaine public.

L’Égalité et l’introduction du marxisme en France

En 1877, Jules Guesde fonde le journal L’Égalité. Il y expose un socialisme collectiviste fondé sur l’idée que l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Ses conférences, ses brochures et son activité de journaliste contribuent à diffuser en France une lecture marxiste de la société industrielle : opposition entre capital et travail, lutte des classes, appropriation collective des moyens de production et nécessité d’un parti autonome de la classe ouvrière.

Au congrès ouvrier de Marseille de 1879, les collectivistes remportent un succès décisif. L’année suivante, Guesde et Paul Lafargue rencontrent Karl Marx et Friedrich Engels à Londres. De leurs échanges naît le programme du futur parti ouvrier. Le texte associe un objectif révolutionnaire à des revendications immédiates : réduction du temps de travail, salaire minimum, égalité juridique et politique, protection des travailleurs et conquête des municipalités.

Jules Guesde lors de ses campagnes socialistes
Portrait de Jules Guesde par E. Hautoit. Wikimedia Commons, domaine public.

La construction du Parti ouvrier français

Les divergences stratégiques divisent rapidement la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France. Les « possibilistes » de Paul Brousse privilégient les réformes municipales réalisables à court terme ; Guesde et ses proches défendent une organisation centralisée, un programme commun et l’indépendance politique du prolétariat. Après la scission de 1882, ils structurent le Parti ouvrier, qui prend en 1893 le nom de Parti ouvrier français.

Guesde parcourt alors inlassablement les régions industrielles. Son éloquence austère, son mode de vie simple et la cohérence de son discours séduisent des militants du textile et des mines, particulièrement dans le Nord. Le guesdisme devient une véritable culture politique : sections locales, presse, écoles militantes, élus municipaux et discipline collective transforment un courant doctrinal en parti durable. Roubaix, Lille, Montluçon ou Commentry comptent parmi ses principaux foyers.

Après plusieurs échecs électoraux, Guesde est élu député de Roubaix en 1893. À la Chambre, il utilise la tribune parlementaire pour faire entendre les revendications ouvrières sans renoncer à son objectif de transformation sociale. Battu en 1898, il retrouve son siège en 1906 et reste député du Nord jusqu’à sa mort, à l’exception de cette interruption.

Dirigeants socialistes français autour de Jules Guesde
Représentation de responsables socialistes français dans L’Illustration, 1892. Wikimedia Commons, domaine public.

Face à Jaurès : les deux méthodes

À la fin du XIXe siècle, le socialisme français débat de son rapport à la République. Guesde redoute que la participation à des gouvernements bourgeois n’affaiblisse l’autonomie du mouvement ouvrier. L’entrée du socialiste Alexandre Millerand dans le gouvernement Waldeck-Rousseau en 1899 provoque une controverse majeure, d’autant que le général de Galliffet, associé à la répression de la Commune, siège dans le même cabinet. Jean Jaurès considère au contraire que la défense de la République et les réformes peuvent préparer l’émancipation sociale.

Les deux hommes confrontent publiquement leurs positions à Lille en novembre 1900. Guesde défend la lutte de classe et l’indépendance du parti ; Jaurès insiste sur la démocratie, l’action parlementaire et l’unité de toutes les forces républicaines face à la réaction. Leur débat, publié sous le titre Les Deux Méthodes, devient un texte classique de l’histoire socialiste. Malgré leurs oppositions, ils savent que la dispersion des organisations limite leur influence.

Débat politique entre Jean Jaurès et Jules Guesde
Caricature représentant un « match d’éloquence » entre Jean Jaurès et Jules Guesde. Wikimedia Commons, domaine public.

La naissance de la SFIO

En 1902, le Parti ouvrier français fusionne avec d’autres groupes marxistes pour former le Parti socialiste de France. Trois ans plus tard, sous l’impulsion de l’Internationale socialiste, ce parti rejoint la formation menée par Jaurès : la Section française de l’Internationale ouvrière, la SFIO, naît en 1905. Guesde accepte l’unité, mais son influence doctrinale décline face au rayonnement de Jaurès et à l’évolution d’un parti désormais plus large.

Il reste néanmoins une autorité morale pour de nombreux militants. Sa santé se fragilise et ses interventions deviennent moins fréquentes. Sur les questions coloniales, militaires et internationales, il continue de défendre une lecture fondée sur les rapports de classe. Son rapport à l’affaire Dreyfus illustre toutefois les limites de cette approche : longtemps réticent à s’engager dans ce qu’il considère comme un conflit interne à la bourgeoisie, il finit par soutenir la défense du droit et de la justice.

1914 : le choix de l’Union sacrée

L’assassinat de Jaurès et l’entrée dans la Première Guerre mondiale placent les socialistes devant une situation imprévue. Guesde, longtemps internationaliste et antimilitariste, estime que la France doit résister à l’impérialisme allemand. Il rejoint le gouvernement d’Union sacrée comme ministre d’État sans portefeuille en août 1914. Il demeure au gouvernement dans les cabinets de René Viviani puis d’Aristide Briand jusqu’en décembre 1916.

Ce choix marque une rupture apparente avec son refus ancien de la participation ministérielle. Guesde le présente comme une mesure exceptionnelle imposée par la défense nationale, non comme un abandon du socialisme. Il soutient l’effort de guerre et s’oppose aux minoritaires pacifistes de la SFIO. La révolution russe de 1917 ne le conduit pas à suivre les bolcheviks : il se méfie d’une prise du pouvoir qui ne respecte pas, selon lui, les conditions politiques et sociales nécessaires.

Jules Guesde ministre d’État en 1915
Jules Guesde en 1915, pendant son passage au gouvernement d’Union sacrée. Wikimedia Commons, domaine public.

Le congrès de Tours et les dernières années

Au congrès de Tours de décembre 1920, la majorité de la SFIO choisit d’adhérer à l’Internationale communiste. Guesde reste avec la minorité qui maintient l’ancienne SFIO, aux côtés notamment de Léon Blum. Ce nouveau partage du socialisme français l’affecte profondément : après avoir consacré sa vie à l’organisation et à l’unité du mouvement ouvrier, il assiste à une scission dont naît le Parti communiste.

Affaibli par l’âge et la maladie, Jules Guesde conserve son mandat de député. Il meurt à son domicile de Saint-Mandé le 28 juillet 1922, à 76 ans. Incinéré au Père-Lachaise, il laisse une œuvre moins liée à l’exercice du pouvoir qu’à la création d’organisations, de journaux et d’une tradition militante. Le mot « guesdisme » désigne encore le courant marxiste, centralisé et discipliné qu’il a contribué à implanter dans le socialisme français.

Œuvres principales

  • Collectivisme et Révolution (1879), exposé de la doctrine collectiviste.
  • Le Programme du Parti ouvrier, élaboré avec Paul Lafargue à partir de 1880.
  • Les Deux Méthodes (1900), débat public avec Jean Jaurès sur la stratégie socialiste.
  • En garde ! Contre les contrefaçons, les mirages et la fausse monnaie des réformes bourgeoises (1911).
  • La Commune de 1871, défense politique de l’insurrection parisienne.
  • Articles et éditoriaux publiés notamment dans L’Égalité, Le Socialiste et la presse ouvrière.

Distinctions et fonctions

  • Cofondateur du Parti ouvrier français avec Paul Lafargue.
  • Dirigeant du Parti socialiste de France, puis cofondateur de la SFIO en 1905.
  • Député du Nord de 1893 à 1898, puis de 1906 à 1922.
  • Ministre d’État sans portefeuille de 1914 à 1916 dans les gouvernements Viviani et Briand.
  • Principal représentant du courant marxiste français connu sous le nom de guesdisme.