Qui est Yılmaz Güney ?
Nom complet : Yılmaz Pütün, dit Yılmaz Güney.
Naissance : 1er avril 1937 (Yenice, province d’Adana, Turquie).
Mort : 9 septembre 1984 (Paris, France) à 47 ans.
Activité : réalisateur, scénariste, acteur, metteur en scène et écrivain turc d’origine kurde.
Surnom : « Çirkin Kral », le « Roi laid ».
Notoriété : auteur de Umut, Le Troupeau, Yol et Le Mur ; Palme d’or au Festival de Cannes en 1982.
Où se trouve la tombe de Yılmaz Güney ?
La tombe de Yılmaz Güney se trouve dans la division 62 du cimetière du Père-Lachaise, avenue du Boulevard, en première ligne.

Le monument funéraire de Yılmaz Güney au Père-Lachaise
Le monument funéraire de Yılmaz Güney est une création contemporaine en aluminium conçue par l’architecte Erdal Sorgucu. Son dessin géométrique et dépouillé tranche avec les chapelles de pierre voisines. Le nom « YILMAZ GUNEY » et les dates « 1937-1984 » identifient la sépulture.
La tombe est devenue un lieu de rassemblement lors des anniversaires de sa naissance et de sa mort. Elle rappelle à la fois l’artiste couronné à Cannes, le prisonnier politique et l’exilé qui ne revit jamais son pays après 1981.


Biographie de Yılmaz Güney
Yılmaz Pütün naît le 1er avril 1937 à Yenice, près d’Adana, dans le sud de la Turquie. Ses parents, d’origine kurde, sont des ouvriers agricoles sans terre venus s’installer dans la plaine de Cilicie. L’enfance se déroule dans un milieu rural pauvre, au contact des saisonniers, des petits paysans et des travailleurs déplacés. Cette expérience nourrit plus tard un cinéma attentif à ceux que la société turque maintient à ses marges. Adolescent, il travaille dans les champs, mais aussi pour des sociétés qui transportent et projettent des films dans les villages de la région. Le cinéma devient à la fois un métier et une fenêtre ouverte sur un autre monde.

Les débuts dans le cinéma populaire
Après des études secondaires à Adana, il s’inscrit successivement dans l’enseignement supérieur à Ankara et à Istanbul, sans achever de cursus. Il écrit des nouvelles et fréquente les milieux littéraires de gauche. À la fin des années 1950, il rencontre le réalisateur Atıf Yılmaz, qui l’emploie comme assistant, scénariste et acteur. Yılmaz choisit alors le nom de Güney, qui signifie « sud » en turc, en référence à sa région natale.
Ses premiers films s’inscrivent dans le cinéma commercial turc de Yeşilçam. Il joue des hommes rudes, pauvres et rebelles, souvent hors-la-loi, qui affrontent des propriétaires fonciers, des notables ou des bandes rivales. Son physique éloigné des jeunes premiers traditionnels et son jeu intense lui valent le surnom de « Çirkin Kral », le « Roi laid ». Dans les années 1960, il tourne à un rythme impressionnant et devient l’un des acteurs les plus populaires du pays.
Cette célébrité lui donne peu à peu les moyens de produire, d’écrire et de mettre en scène ses propres films. Derrière les récits d’action apparaît une observation de plus en plus précise des inégalités, de la violence sociale et du poids des traditions. Güney cherche à rapprocher le cinéma populaire d’un réalisme politique inspiré par son expérience du sud anatolien.
Umut, le tournant du réalisme social
En 1970, Umut — L’Espoir — marque une rupture. Güney y interprète Cabbar, un cocher d’Adana dont la survie dépend d’un cheval et d’une voiture délabrée. Après un accident, l’homme s’enfonce dans la pauvreté et place ses dernières espérances dans la recherche d’un trésor imaginaire. Filmé dans les rues et les quartiers populaires, le récit associe une grande sobriété visuelle à une critique directe des rapports sociaux.
Umut est souvent considéré comme l’un des actes fondateurs du nouveau cinéma turc. Le film refuse le héros invincible qui avait fait la renommée de l’acteur : son personnage est impuissant face à un système économique qui le dépasse. La censure turque limite sa diffusion, mais l’œuvre circule à l’étranger et impose Güney comme auteur. Ağıt, Acı et Umutsuzlar prolongent ce travail sur la paysannerie, la fatalité et les structures de domination.
La prison au cœur de la création
Les convictions politiques de Güney lui valent très tôt la surveillance des autorités. Dès 1961, il est emprisonné pour un texte jugé favorable au communisme. Après le coup d’État militaire de 1971, il est de nouveau arrêté et condamné pour avoir aidé des militants révolutionnaires. L’amnistie de 1974 lui rend la liberté, mais pour quelques mois seulement.
En septembre 1974, lors d’une altercation dans un restaurant de Yumurtalık, le procureur Sefa Mutlu est tué par balle. Güney est accusé du meurtre, condamné en 1976 à dix-neuf ans de prison et maintient son innocence. Cette affaire reste une fracture majeure de sa biographie : elle ne peut être séparée de son œuvre, mais ne doit pas davantage être réduite à une légende politique. Le cinéaste passe désormais l’essentiel de son temps en détention.

Réaliser à distance
La prison n’interrompt pas son activité. Güney écrit des romans, des récits et surtout des scénarios extrêmement détaillés. Des collaborateurs tournent à l’extérieur en suivant ses indications, puis lui rendent compte du travail. Zeki Ökten réalise ainsi Sürü — Le Troupeau — en 1978, chronique d’une famille nomade kurde entraînée dans un voyage tragique vers Ankara. Le film montre la disparition d’un mode de vie, les conflits familiaux et la violence des rapports économiques.
Düşman — L’Ennemi — également mis en scène par Zeki Ökten, poursuit cette exploration de la pauvreté urbaine. Güney conçoit ensuite Yol en détention. Le projet suit plusieurs prisonniers autorisés à rentrer chez eux pendant une permission. Chacun découvre un pays soumis à la loi martiale, à la misère et à des normes familiales oppressantes. Şerif Gören assure le tournage sur le terrain à partir des instructions de Güney.
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L’évasion et la Palme d’or de Yol
En octobre 1981, Yılmaz Güney profite d’une permission pour s’évader. Il quitte la Turquie, rejoint l’Europe et arrive à Marseille le 15 octobre. La France lui accorde le statut de réfugié. Les négatifs de Yol sont sortis clandestinement du pays ; en Suisse puis à Paris, il reprend le montage, réécrit certaines parties et donne au film sa forme définitive.
Présenté au Festival de Cannes en mai 1982, Yol reçoit la Palme d’or à l’unanimité, ex æquo avec Missing de Costa-Gavras, ainsi que le prix de la critique internationale. Cette consécration donne une visibilité mondiale au cinéma de Güney. Le film est signé avec Şerif Gören, qui en a dirigé le tournage, tandis que Güney en a écrit le scénario, conçu la mise en scène à distance et supervisé le montage final.
Le succès accroît aussi la confrontation avec l’État turc. Ses films et ses textes sont interdits, de nouvelles condamnations sont prononcées et il est déchu de sa nationalité turque en 1983. Güney devient apatride. En exil, il soutient la reconnaissance de la culture kurde et participe à la création de l’Institut kurde de Paris.

Le Mur et les dernières années
Son dernier long métrage, Duvar — Le Mur — est tourné en France et sort en 1983. Inspiré d’une révolte d’enfants détenus dans la prison centrale d’Ankara, le film reconstitue l’univers carcéral avec des acteurs en partie non professionnels. La violence des gardiens, les solidarités entre détenus et la volonté de préserver une dignité humaine résument plusieurs thèmes constants de son œuvre.
Atteint d’un cancer de l’estomac, Yılmaz Güney meurt à Paris le 9 septembre 1984, à 47 ans. Ses obsèques rassemblent une foule importante d’artistes, de militants et de membres de la diaspora kurde. Il est enterré au Père-Lachaise. Son cinéma demeure longtemps interdit ou censuré en Turquie avant d’y être progressivement redécouvert dans les années 1990. Sa filmographie, réalisée entre studios populaires, villages anatoliens, prisons et exil, a profondément renouvelé la représentation des classes populaires et de la question kurde à l’écran.
Œuvres principales
- Hudutların Kanunu — La Loi de la frontière (1966), acteur et scénariste.
- Seyyit Han (1968), réalisateur, scénariste et acteur.
- Umut — L’Espoir (1970), réalisateur, scénariste et acteur.
- Ağıt — Élégie (1971), réalisateur et acteur.
- Acı — La Douleur (1971), réalisateur, scénariste et acteur.
- Sürü — Le Troupeau (1978), scénario de Yılmaz Güney, réalisation de Zeki Ökten.
- Düşman — L’Ennemi (1979), scénario de Yılmaz Güney, réalisation de Zeki Ökten.
- Yol — La Permission (1982), scénario et conception de Yılmaz Güney, tournage dirigé par Şerif Gören.
- Duvar — Le Mur (1983), réalisateur et scénariste.
Distinctions et récompenses
- Prix du meilleur acteur au Festival international du film d’Antalya pour Hudutların Kanunu (1967).
- Prix du meilleur acteur à Antalya pour Bir Çirkin Adam (1970).
- Récompenses nationales pour Umut, Acı et Ağıt au début des années 1970.
- Prix du roman Orhan-Kemal pour Boynu Bükük Öldüler (1972).
- Palme d’or du Festival de Cannes, ex æquo, pour Yol (1982).
- Prix FIPRESCI de la critique internationale à Cannes pour Yol (1982).