Qui est Jean-Henry-Louis Greffülhe ?
Nom complet : Jean-Henry-Louis, comte Greffulhe, également orthographié Greffülhe.
Naissance : 21 mai 1774 (Amsterdam, Pays-Bas).
Mort : 23 février 1820 (Paris, France) à 45 ans.
Activités : banquier, propriétaire foncier et homme politique.
Notoriété : pair de France sous la Restauration et membre d’une importante dynastie financière protestante.
Où se trouve la tombe de Jean-Henry-Louis Greffülhe ?
Jean-Henry-Louis Greffülhe repose dans la chapelle familiale située dans la division 43 du cimetière du Père-Lachaise, avenue transversale no 1.

Le monument funéraire de Jean-Henry-Louis Greffülhe au Père-Lachaise
La chapelle Greffülhe occupe une place particulière dans l’histoire du Père-Lachaise : elle est considérée comme la première grande chapelle funéraire monumentale construite dans le cimetière. Ses plans sont attribués à Alexandre-Théodore Brongniart, architecte qui conçut l’organisation du Père-Lachaise. Dessinée dès 1810, sa construction se poursuivait encore en 1816 et l’ensemble fut achevé au début des années 1820.
D’une superficie d’environ trente mètres carrés, l’édifice adopte une architecture néogothique. Sa façade est rythmée par un portail en arc brisé, des pinacles et un décor vertical qui lui donnent l’apparence d’une petite église. L’inscription « Sépulture Greffulhe » identifie le caveau familial.
La chapelle abrite plusieurs générations : Louis Greffulhe, Jean-Henry-Louis, son épouse Célestine de Vintimille du Luc, leurs fils Louis-Charles et Henri, ainsi que des descendants parmi lesquels le comte Henry Greffulhe et son épouse Élisabeth de Caraman-Chimay. L’édifice bénéficie de protections au titre des monuments historiques.


Biographie de Jean-Henry-Louis Greffülhe
Jean-Henry-Louis Greffulhe naît le 21 mai 1774 à Amsterdam dans une famille de négociants et de banquiers protestants. Ses ancêtres sont originaires de Sauve, en Languedoc. Après la révocation de l’édit de Nantes en 1685, ils quittent la France, trouvent refuge à Genève puis s’établissent aux Pays-Bas. Cette histoire d’exil religieux façonne un réseau familial et commercial qui relie Genève, Amsterdam, Londres et Paris.
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Une dynastie bancaire européenne
Son père, Louis Greffulhe, né à Genève en 1741, développe les affaires familiales à Amsterdam avant de s’installer à Paris. En 1789, il s’associe à Jacques-Marc Montz et reprend les activités de la maison Girardot et Haller, établissement auquel Jacques Necker avait été lié. La nouvelle banque, Greffulhe, Montz et Compagnie, intervient dans le commerce, le crédit et la gestion de fortunes importantes.
La Révolution française crée à la fois des occasions financières et de sérieux dangers. La maison gère notamment des intérêts de la famille d’Orléans et fournit des fonds à des émigrés. En 1793, la banque parisienne est dissoute. Montz est emprisonné, tandis que les Greffulhe quittent la France et se replient à Londres, où ils réorganisent leurs activités. Jean-Henry-Louis grandit ainsi dans un milieu où les affaires dépendent directement des événements politiques européens.
Londres, Paris et la reconstruction d’une fortune
La période révolutionnaire place la famille entre plusieurs pays. Londres devient un refuge et une place financière essentielle, tandis que la radiation des Greffulhe de la liste des émigrés facilite leur retour progressif en France. Sous l’Empire, Jean-Henry-Louis et ses proches reprennent la gestion d’une fortune désormais largement investie dans les immeubles et les propriétés foncières.
Le jeune banquier ne se contente pas de prolonger les affaires paternelles. Il entretient des relations avec des maisons de banque britanniques et françaises, maîtrise les circuits internationaux du crédit et transforme une richesse commerciale en patrimoine territorial. Cette stratégie correspond à celle de nombreuses familles financières qui cherchent, au début du XIXe siècle, à stabiliser leur position sociale par l’acquisition de terres.
Mariage et établissement en Seine-et-Marne
En 1810, Jean-Henry-Louis épouse Marie-Françoise-Célestine-Gabrielle de Vintimille du Luc, fille du général Charles-Félix de Vintimille. Cette alliance rapproche la famille de banque d’une ancienne lignée aristocratique. Le couple a notamment deux fils, Louis-Charles, né en 1814, et Urbain-Alexandre-Henri, né en 1815, qui poursuivront tous deux une carrière politique ou financière.

Greffulhe acquiert le domaine de Bois-Boudran, à Fontenailles, en Seine-et-Marne. Il devient maire de la commune et administre un vaste ensemble foncier. Le château restera associé à ses descendants, qui en feront au XIXe siècle un lieu de réception fréquenté par les milieux aristocratiques et politiques. Cette implantation locale complète son influence parisienne.
Le ralliement aux Bourbons
La chute de Napoléon ouvre une nouvelle étape. Jean-Henry-Louis Greffulhe manifeste un attachement affirmé à la monarchie restaurée. Pendant les Cent-Jours, en 1815, il accompagne Louis XVIII et sa cour en exil à Gand. Ce choix politique le place parmi les soutiens les plus sûrs des Bourbons au moment où Napoléon reprend brièvement le pouvoir.
Après Waterloo et le second retour de Louis XVIII, Greffulhe revient en France avec le régime restauré. Né à Amsterdam et issu d’une famille réfugiée hors de France, il reçoit des lettres de naturalité. Son intégration à la haute société française est désormais complète : fortune bancaire, propriétés, alliance matrimoniale et fidélité dynastique se rejoignent.

Le financement de la libération du territoire
La France de 1815 est occupée par les armées alliées et doit payer une lourde indemnité de guerre. Pour accélérer l’évacuation des troupes étrangères, le gouvernement organise de grands emprunts. En 1816 et 1817, Jean-Henry-Louis Greffulhe participe au groupe de banquiers français associé aux puissantes maisons Barings de Londres et Hope d’Amsterdam.
Cette opération illustre le rôle politique des financiers après les guerres napoléoniennes. Lever des capitaux sur les marchés européens permet à l’État de rétablir son crédit et de retrouver plus rapidement sa souveraineté territoriale. Greffulhe met ainsi au service du nouveau régime les réseaux internationaux construits par sa famille au cours de plusieurs générations.
Il prend également des intérêts dans la maison Sartoris d’Escherny et Compagnie, dirigée par son cousin Pierre-Urbain Sartoris, banquier venu de Londres. Son activité reste cependant difficile à séparer de la gestion de ses domaines et de ses fonctions publiques. À la fin des années 1810, il appartient pleinement à la nouvelle élite de la Restauration.
Comte et pair de France
Louis XVIII récompense son loyalisme et sa position sociale. Greffulhe est anobli, puis reçoit le titre de comte avec constitution d’un majorat. Il est nommé pair de France en 1818. La pairie lui donne accès à la Chambre haute, installée au palais du Luxembourg, où siègent les grands dignitaires, les anciens serviteurs de l’État et les personnalités choisies par le souverain.

À la Chambre des pairs, il soutient régulièrement le gouvernement royal. Sa présence parlementaire est brève, car il meurt moins de deux ans après sa nomination, mais elle consacre son passage du monde bancaire à la haute politique. Il ne devient pas un grand orateur de la Restauration : son influence repose davantage sur sa fortune, ses réseaux et sa fidélité au régime.
Un intérêt pour l’enseignement élémentaire
Les notices contemporaines insistent aussi sur ses œuvres philanthropiques. Greffulhe soutient l’enseignement élémentaire et particulièrement la méthode d’enseignement mutuel, dite lancastérienne. Ce système permet à des élèves avancés d’aider le maître à instruire de grands groupes d’enfants. Il contribue à la fondation de l’une des premières écoles parisiennes organisées selon cette méthode.
Cet engagement s’inscrit dans les débats de la Restauration sur l’instruction populaire. Banquiers, protestants libéraux et philanthropes voient dans l’école élémentaire un moyen d’améliorer la condition sociale et morale des classes modestes. Chez Greffulhe, cette action complète l’image d’un grand propriétaire et financier soucieux d’inscrire sa fortune dans des œuvres d’utilité publique.
Une mort précoce et une succession durable
Jean-Henry-Louis Greffulhe meurt à Paris le 23 février 1820, à quarante-cinq ans. Sa disparition interrompt une carrière politique commencée seulement quelques années auparavant. Il laisse une veuve et de jeunes enfants. Célestine de Vintimille se remarie en 1826 avec le général et historien Philippe-Paul de Ségur.
Ses fils prolongent l’ascension de la famille. Louis-Charles devient banquier et pair de France ; Henri mène également une carrière politique. Les générations suivantes font du nom Greffulhe l’un des plus connus de la haute société parisienne. Le comte Henry Greffulhe, petit-fils de Jean-Henry-Louis, et son épouse Élisabeth seront liés au monde de Marcel Proust et aux modèles de l’univers des Guermantes.
Au Père-Lachaise, la chapelle construite dès 1810 précède la mort de Jean-Henry-Louis et traduit la volonté d’établir durablement la famille en France. Devenue sépulture de plusieurs générations, elle constitue à la fois un monument majeur des débuts du cimetière et le témoignage architectural d’une dynastie passée du refuge protestant et du négoce européen à la banque, à la propriété et à la pairie.
Réalisations principales
- Participation aux réseaux bancaires familiaux entre Londres et Paris
- Acquisition et développement du domaine de Bois-Boudran à Fontenailles
- Participation aux emprunts de 1816-1817 destinés à libérer le territoire français
- Soutien à l’enseignement mutuel et fondation d’une école lancastérienne à Paris
- Édification de la première grande chapelle funéraire monumentale du Père-Lachaise
Distinctions et fonctions
- Maire de Fontenailles
- Comte avec institution d’un majorat
- Pair de France à partir de 1818
- Membre de la Chambre des pairs
- Soutien financier de la monarchie restaurée