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GOLUBEVA Katerina

Qui est Katerina Golubeva ?

Nom complet : Ekaterina Nikolaïevna Goloubeva, dite Katerina Golubeva.
Naissance : 9 octobre 1966 (Léningrad, URSS, aujourd’hui Saint-Pétersbourg, Russie).
Mort : 3 août 2011 (Paris, France) à 44 ans.
Activité : actrice et scénariste russo-française.
Notoriété : interprète majeure du cinéma d’auteur européen, notamment chez Šarūnas Bartas, Claire Denis, Leos Carax et Bruno Dumont.

Où se trouve la tombe de Katerina Golubeva ?

La tombe de Katerina Golubeva se trouve dans la division 73 du cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 73
Plan du cimetière du Père-Lachaise : Katerina Golubeva repose dans la division 73.

Le monument funéraire de Katerina Golubeva au Père-Lachaise

La sépulture est une tombe basse et sobre, couverte d’une dalle claire. Une plaque sombre porte le nom de l’actrice sous la forme « Katerine Golubeva », accompagné des années 1966-2011. Des galets, des fleurs, des bougies et de petits objets déposés par les visiteurs viennent parfois personnaliser ce lieu de mémoire.

Tombe de Katerina Golubeva au Père-Lachaise
Vue d’ensemble de la tombe de Katerina Golubeva, division 73. Photo : Père-Lachaise.com / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Plaque funéraire de Katerina Golubeva
Détail de la sépulture de Katerina Golubeva au cimetière du Père-Lachaise. Photo : Guilhem Vellut / Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Biographie de Katerina Golubeva

Katerina Golubeva naît sous le nom d’Ekaterina Nikolaïevna Goloubeva le 9 octobre 1966 à Léningrad, l’actuelle Saint-Pétersbourg. Sa jeunesse se déroule dans l’Union soviétique de la fin des années 1960 et 1970, au sein d’une ville où le théâtre, la musique et le cinéma occupent une place culturelle considérable. Très tôt attirée par le jeu, elle s’oriente vers une formation d’actrice et rejoint l’Institut national de la cinématographie de Moscou, le VGIK, l’une des grandes écoles historiques du cinéma soviétique.

Bâtiment principal du VGIK à Moscou
Bâtiment principal du VGIK à Moscou, où Katerina Golubeva étudia le cinéma. Photo : ВГИК / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Des débuts dans le cinéma soviétique

Elle apparaît à l’écran au milieu des années 1980. Dans Apprenez à danser, réalisé par Leonid Martyniouk, puis dans Le Conte de l’amant du peintre de Nadejda Kocheverova, elle acquiert une première expérience devant la caméra. Ces productions appartiennent encore au système des studios soviétiques, avec ses genres, ses équipes permanentes et ses méthodes de formation exigeantes.

Son jeu se distingue moins par la démonstration que par l’attention, le silence et une façon très physique d’habiter le cadre. Ce registre deviendra sa marque. Golubeva ne construit pas ses personnages par l’explication : elle laisse affleurer l’inquiétude, l’opacité ou le désir à travers un regard, une immobilité, un déplacement. Cette présence attire bientôt des cinéastes qui cherchent à renouveler le récit et la représentation des corps.

La rencontre avec Šarūnas Bartas

Le tournant décisif vient de sa rencontre avec le réalisateur lituanien Šarūnas Bartas, dont elle partage un temps la vie. Le cinéma de Bartas privilégie les paysages, les visages et les durées plutôt que les dialogues. Golubeva trouve dans cet univers une place centrale. Elle joue dans Trois jours, présenté en 1991, où deux jeunes Lituaniens traversent Kaliningrad et rencontrent deux jeunes femmes russes. Le film impose une atmosphère de fin de monde, en prise avec l’effondrement du bloc soviétique.

Le réalisateur Šarūnas Bartas
Šarūnas Bartas, réalisateur de Trois jours, Corridor et Few of Us. Photo : Oleksandr Husev / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Elle retrouve Bartas pour Corridor en 1994. Le film, presque dépourvu de paroles, observe les habitants d’un immeuble délabré et transforme les gestes quotidiens en fragments de mémoire. Dans Few of Us, tourné au milieu des années 1990 en Sibérie, Golubeva interprète une jeune femme étrangère au sein d’une communauté tofalar isolée. Son visage et sa silhouette deviennent le point de passage entre le paysage immense, la violence sourde et la solitude.

Leur collaboration se prolonge avec The House en 1997. Katerina Golubeva en cosigne le scénario. Cette participation montre que son rapport aux films ne se limite pas à l’interprétation : elle contribue à la conception d’un récit volontairement fragmentaire, organisé autour d’une maison, de ses habitants et de visions énigmatiques. Avec Bartas, elle s’affirme comme l’une des présences les plus singulières du cinéma européen né de l’après-URSS.

Claire Denis et le passage vers la France

Installée en France, Golubeva rencontre Claire Denis, qui lui confie le rôle de Daiga dans J’ai pas sommeil, sorti en 1994. Inspiré librement d’un fait divers, le film croise plusieurs trajectoires parisiennes. Daiga, jeune Lituanienne venue chercher du travail, découvre une ville étrangère et peu accueillante. Le regard de Golubeva donne au personnage une force silencieuse : observatrice et marginale, elle devient l’un des fils conducteurs d’un récit éclaté.

La réalisatrice Claire Denis
Claire Denis, qui dirigea Katerina Golubeva dans J’ai pas sommeil et L’Intrus. Photo : Nicolas Genin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

Cette première collaboration inscrit l’actrice dans le cinéma d’auteur français. Golubeva tourne ensuite dans Le Garçu de Maurice Pialat, sorti en 1995. Elle y apparaît aux côtés de Gérard Depardieu dans le dernier long métrage du cinéaste. Là encore, elle s’intègre à un univers où les rapports humains se révèlent par les gestes, les tensions et les silences plus que par les explications.

Dix ans après J’ai pas sommeil, Claire Denis la rappelle pour L’Intrus. Le film voyage du Jura à la Corée et au Pacifique autour d’un homme en quête d’une greffe du cœur et d’un fils perdu. Golubeva y incarne une présence énigmatique, liée aux frontières incertaines entre rêve, souvenir et réalité. Sa façon d’exister dans l’image correspond parfaitement à la narration sensorielle de Denis.

Pola X, le rôle le plus exposé

En 1999, Leos Carax lui confie le rôle d’Isabelle dans Pola X, adaptation libre de Pierre ou les Ambiguïtés d’Herman Melville. Face à Guillaume Depardieu, elle joue une jeune femme surgie du passé qui affirme être la sœur du héros. Leur rencontre bouleverse l’existence privilégiée de Pierre et entraîne les personnages dans une relation passionnelle et destructrice.

Le réalisateur Leos Carax
Leos Carax, réalisateur de Pola X et compagnon de Katerina Golubeva. Photo : Georges Biard / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Pola X offre à Golubeva son rôle français le plus ample. Sa voix, son accent et son visage portent l’ambiguïté du film, partagé entre mélodrame, inceste mythique et descente sociale. Le tournage et la sortie sont très commentés, mais le film divise fortement la critique et rencontre peu de spectateurs. Avec le temps, il devient pourtant une œuvre importante dans la filmographie de Carax et reste indissociable de l’interprétation de Golubeva.

L’actrice devient la compagne de Leos Carax. Leur fille, Nastya Golubeva Carax, naît en 2004. Cette vie familiale demeure largement tenue à l’écart des médias, conformément à la grande discrétion de Katerina Golubeva. Elle continue de choisir des projets exigeants, sans chercher une carrière fondée sur la célébrité ou la multiplication des rôles.

Une actrice du cinéma radical

En 2003, Bruno Dumont la choisit pour Twentynine Palms. Tourné dans le désert californien, le film suit un couple qui traverse les paysages arides dans un état de désir, de tension et d’isolement croissants. Golubeva joue Katia face à David Wissak. L’expérience est rude, la mise en scène expose les corps et la violence sans protection, et le film provoque des réactions contrastées lors de sa présentation à la Mostra de Venise.

Le réalisateur Bruno Dumont
Bruno Dumont, réalisateur de Twentynine Palms. Photo : YellowFratello / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Son interprétation demeure pourtant l’un des points de force du film. Elle rend perceptibles la fragilité, l’ennui, l’incompréhension et la colère d’un couple enfermé dans un espace trop vaste. Cette capacité à faire surgir une histoire intérieure avec très peu d’effets explique la fidélité que lui témoignent des auteurs aussi différents que Bartas, Denis, Carax et Dumont.

Dans les années suivantes, elle travaille encore avec des cinéastes venus de plusieurs pays. Elle apparaît dans 977 de Nikolaï Khomeriki, présenté à Cannes en 2006, puis dans I’m the Same, I’m an Other de Caroline Strubbe et dans American Widow de C. S. Leigh. Sa filmographie reste relativement courte, mais elle dessine une remarquable cohérence : Golubeva privilégie des œuvres où le personnage ne se livre jamais entièrement et où l’image conserve une part d’inconnu.

Dernières années et disparition

Katerina Golubeva meurt à Paris le 3 août 2011, à quarante-quatre ans. Les premières annonces publiques diffusées dans les jours suivants donnent parfois une date différente et restent imprécises sur les circonstances du décès. En l’absence d’information officielle incontestable, celles-ci ne doivent pas être transformées en récit certain.

Sa disparition suscite de nombreux hommages dans le monde du cinéma. Leos Carax dédie à sa mémoire Holy Motors, présenté en 2012, film dans lequel leur fille Nastya apparaît brièvement. Pour les cinéphiles, Katerina Golubeva reste associée à une période particulièrement inventive du cinéma européen : celle où des réalisateurs issus de Russie, de Lituanie et de France explorent de nouvelles formes narratives après la fin du monde soviétique.

Son parcours ne se mesure ni au nombre de films ni à une accumulation de récompenses. Il tient à la qualité des rencontres et à une présence immédiatement reconnaissable. De Trois jours à Pola X, de J’ai pas sommeil à Twentynine Palms, elle a donné forme à des personnages d’étrangères, de voyageuses et de femmes difficiles à saisir, dont le silence devient une véritable matière de cinéma. Elle repose désormais au Père-Lachaise, dans la division 73.

Filmographie principale

  • Apprenez à danser de Leonid Martyniouk (1985)
  • Le Conte de l’amant du peintre de Nadejda Kocheverova (1987)
  • Trois jours de Šarūnas Bartas (1991)
  • J’ai pas sommeil de Claire Denis (1994)
  • Corridor de Šarūnas Bartas (1994)
  • Le Garçu de Maurice Pialat (1995)
  • Few of Us de Šarūnas Bartas (1996)
  • The House de Šarūnas Bartas — interprète et coscénariste (1997)
  • Pola X de Leos Carax (1999)
  • Twentynine Palms de Bruno Dumont (2003)
  • L’Intrus de Claire Denis (2004)
  • 977 de Nikolaï Khomeriki (2006)
  • I’m the Same, I’m an Other de Caroline Strubbe (2013, sortie posthume)

Distinctions et fonctions

  • Actrice du cinéma soviétique, russe, lituanien et français
  • Coscénariste de The House de Šarūnas Bartas (1997)
  • Plusieurs films présentés dans de grands festivals internationaux, notamment Cannes et Venise
  • Holy Motors de Leos Carax (2012) dédié à sa mémoire