Qui est Honoré Daumier ?
Date de naissance : 26 février 1808 (Marseille, France).
Date du décès : 10 février 1879 (Valmondois, Seine-et-Oise, France), à 70 ans.
Activité principale : Graveur, caricaturiste, peintre et sculpteur.
Nom de naissance : Honoré Victorin Daumier.
Où se trouve la tombe d’Honoré Daumier ?
La tombe d’Honoré Daumier se trouve dans la division 24 du cimetière du Père-Lachaise, près des sépultures de Camille Corot et de Charles-François Daubigny.

Le monument funéraire d’Honoré Daumier au Père-Lachaise
La sépulture d’Honoré Daumier est sobre. Une dalle horizontale, entourée d’une lourde chaîne, porte l’épitaphe : « Ci-gyt Daumier, l’homme de bien, le grand artiste, le grand citoyen. » Elle rappelle la place singulière que ses proches accordaient à l’artiste : ni seulement un dessinateur de presse, ni seulement un peintre, mais un observateur exigeant de son temps. D’abord inhumé à Valmondois en 1879, il est transféré au Père-Lachaise l’année suivante, dans un voisinage d’amis peintres qui donne à ce secteur de la division 24 une forte cohérence artistique.
Biographie d’Honoré Daumier
Honoré Victorin Daumier naît à Marseille le 26 février 1808. Son père, Jean-Baptiste Louis Daumier, vit de petits métiers mais nourrit des ambitions littéraires ; sa mère, Cécile Catherine Philip, tient la famille dans une situation matérielle fragile. En 1814, les Daumier gagnent Paris, où le jeune garçon découvre une capitale populaire, judiciaire et politique qui deviendra la matière première de son œuvre. Il ne reçoit pas une longue formation académique. Il travaille tôt, notamment comme commissionnaire, et apprend surtout en regardant la rue, les visages, les postures et les rapports de pouvoir. Cette expérience directe explique la force physique de ses personnages, toujours pris dans une attitude révélatrice.
L’apprentissage du dessin et de la lithographie
À Paris, Daumier suit des cours de dessin et fréquente l’atelier du lithographe Charles Ramelet. La lithographie, alors en plein essor, lui convient parfaitement : elle permet de dessiner vite, de faire circuler l’image dans les journaux et d’atteindre un vaste public. Il travaille d’abord pour des éditeurs, puis rencontre Charles Philipon, fondateur de La Caricature. Après la révolution de Juillet 1830, la presse illustrée devient un espace de débat d’une vitalité exceptionnelle. Daumier y trouve sa voix. Ses images ne cherchent pas le joli trait : elles serrent les corps, exagèrent un menton, une bedaine, un regard, afin de révéler une fonction sociale ou une hypocrisie politique.

Une satire politique qui mène à la prison
La monarchie de Juillet fournit à Daumier ses premiers grands adversaires. En décembre 1831, sa lithographie Gargantua représente Louis-Philippe sous les traits d’un géant vorace, recevant les richesses du pays et transformant la faveur royale en récompenses pour les députés dociles. L’attaque est si directe qu’elle entraîne poursuites, amende et emprisonnement à Sainte-Pélagie en 1832. Cette expérience ne le fait pas taire. Il comprend cependant que le dessin de presse est une arme exposée à la censure et qu’il faut, pour durer, déplacer sans cesse les formes de la critique.
En 1834, après le massacre de civils commis rue Transnonain, Daumier produit une lithographie devenue emblématique. La scène ne caricature personne : dans une chambre dévastée, les corps d’une famille assassinée imposent au spectateur le silence et l’horreur. L’image affirme que la lithographie peut aussi être un témoignage moral. La loi de septembre 1835 renforce la censure politique ; La Caricature disparaît. Daumier se tourne alors plus largement vers la satire des mœurs pour Le Charivari, journal auquel il restera associé pendant près de trente ans.

Le théâtre quotidien de la société parisienne
La force de Daumier est de transformer les scènes ordinaires en théâtre humain. Avocats, magistrats, députés, bourgeois, locataires, blanchisseuses, voyageurs de troisième classe et amateurs d’art deviennent les acteurs récurrents de ses séries. Les Gens de justice observent avec une ironie féroce le langage du droit, les robes, les retards et les arrangements. Les bourgeois de Paris, souvent persuadés de leur importance, sont saisis dans les embarras domestiques, les engouements culturels ou les ambitions de salon. Daumier ne se contente pas de faire rire : il met en évidence une comédie sociale où chacun protège ses intérêts derrière des mots respectables.
Son trait évolue selon les supports. La lithographie privilégie le contraste et la rapidité, le dessin cherche une expression plus condensée, la peinture prend le temps de modeler les volumes par de larges masses sombres. Ces trois pratiques se nourrissent l’une l’autre. On estime son œuvre imprimée à plusieurs milliers de lithographies : une production immense, réalisée dans les contraintes permanentes du journal. La répétition ne l’appauvrit pas ; elle devient au contraire son laboratoire. En quelques lignes, Daumier donne une démarche, un rang social, une inquiétude ou une prétention.

Peindre au-delà de la caricature
Daumier veut pourtant être reconnu comme peintre. Ses toiles sont longtemps peu visibles et se vendent mal, mais elles constituent l’autre versant de son travail. Dans Le Wagon de troisième classe, les voyageurs ne sont pas des types comiques : ils forment une communauté silencieuse, accablée par la fatigue et le poids de la vie. Les Saltimbanques, les scènes de théâtre, les amateurs d’estampes et les récits de Don Quichotte lui permettent de travailler une matière plus libre, faite d’ocres, de noirs et de gris. Les formes semblent parfois à peine dégagées de la toile ; elles gagnent ainsi une densité et une gravité qui annoncent des sensibilités ultérieures.
La sculpture occupe elle aussi une place décisive. Ses bustes en terre crue des Célébrités du Juste Milieu proposent une galerie de parlementaires de la monarchie de Juillet, saisis avec une vigueur presque brutale. Ratapoil, figure longiligne et inquiétante, incarne l’agitateur bonapartiste des années 1850. Daumier ne sculpte pas pour orner : il pense la tête et le corps comme des volumes de caractère. Les bronzes diffusés après sa mort ont fait mieux connaître cette part longtemps confidentielle de son œuvre.

Vie familiale, amitiés et dernières années
En 1846, Daumier épouse Alexandrine Dassy. Leur vie demeure modeste et dépendante des commandes de presse, malgré une réputation importante dans les milieux artistiques. Baudelaire admire son génie de dessinateur, Delacroix le défend, et Corot lui restera fidèlement attaché. Mais le public qui apprécie la caricature ne mesure pas encore pleinement la valeur de ses peintures. En 1860, Le Charivari réduit fortement sa collaboration. La perte de revenus est sérieuse, même si elle lui laisse davantage de temps pour peindre.
À partir de 1865, Daumier vit avec sa femme à Valmondois. Corot achète ou met à sa disposition une maison afin de lui éviter l’expulsion ; cette aide est devenue l’un des épisodes les plus touchants de l’amitié entre artistes au XIXe siècle. La vue de Daumier diminue progressivement, jusqu’à le priver presque entièrement de son travail. L’État lui accorde une pension en 1877. En 1878, Durand-Ruel organise une rétrospective de ses dessins et peintures sous la présidence de Victor Hugo : reconnaissance tardive, mais capitale, d’un peintre que les critiques les plus attentifs avaient déjà compris.

Honoré Daumier meurt à Valmondois le 10 février 1879. Il est d’abord enterré dans le cimetière du village, puis transféré au Père-Lachaise en 1880 selon le souhait de ses proches. Sa place, longtemps jugée secondaire parce qu’il travaillait pour les journaux, apparaît aujourd’hui majeure. Il a fait de l’image imprimée un langage de liberté, donné à la peinture des humbles une intensité nouvelle et apporté à la sculpture un sens exceptionnel de la psychologie. Ses personnages restent immédiatement reconnaissables parce qu’ils ne sont jamais de simples caricatures : ils portent la fatigue, l’avidité, la vanité, l’inquiétude et parfois la dignité silencieuse de la vie moderne.
Cette reconnaissance posthume ne relève pas d’un simple changement de goût. Elle tient à l’unité d’une œuvre qui traverse les genres sans perdre son attention aux êtres. La violence politique de ses estampes, la solitude de ses voyageurs, l’ombre de ses salles d’audience ou la tension de ses bustes relèvent d’un même regard. Daumier préfère la justesse d’un geste à l’anecdote et la présence d’un corps à la convention du portrait officiel. C’est cette exigence qui fait de lui l’un des grands chroniqueurs visuels du XIXe siècle.
Œuvres principales
- Gargantua, lithographie, 1831.
- Rue Transnonain, le 15 avril 1834, lithographie, 1834.
- Le Ventre législatif, lithographie, 1834.
- Série des Gens de justice, 1845-1848.
- Le Wagon de troisième classe, vers 1862-1864.
- Ratapoil, modèle sculpté, vers 1851.
- Les bustes des Célébrités du Juste Milieu.
- Les séries consacrées à Don Quichotte et aux saltimbanques.
Distinctions et repères
- Collaborateur majeur de La Caricature puis du Charivari.
- Première grande rétrospective de ses dessins et peintures chez Durand-Ruel en 1878, sous la présidence de Victor Hugo.
- Une pension de l’État lui est accordée en 1877.
- Sa tombe du Père-Lachaise est inscrite au titre des monuments historiques.