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RUTY Charles-Étienne-François

Qui est Charles-Étienne-François Ruty ?

Nom complet : Charles-Étienne-François Ruty.
Naissance : 4 novembre 1774 (Besançon, France).
Mort : 24 avril 1828 (Paris, France) à 53 ans.
Activité : Général de division, officier d’artillerie et homme politique.
Notoriété : Général du Premier Empire, inventeur de l’obusier Ruty, conseiller d’État et pair de France.

Où se trouve la tombe de Charles-Étienne-François Ruty ?

La tombe de Charles-Étienne-François Ruty se trouve dans la division 38 du cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Le caveau familial accueille également plusieurs membres de sa famille, dont ses fils Charles-Louis Ruty et Anatole-Marie-Théodore Ruty.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 38
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise. La tombe du général Ruty se situe dans la division 38.

Le monument funéraire de Charles-Étienne-François Ruty au Père-Lachaise

Le monument familial est une haute stèle de pierre dont la partie supérieure porte le buste sculpté du général. Son uniforme et ses décorations rappellent immédiatement la carrière militaire de l’artilleur, tandis que les inscriptions réunissent la mémoire de plusieurs générations de la famille Ruty. Le portrait en relief domine une composition verticale sobre, conçue pour être lisible depuis l’allée. La pierre, aujourd’hui marquée par le temps, conserve les noms de Charles-Étienne-François Ruty, de Charles-Louis Ruty, mort enfant en 1824, et d’Anatole-Marie-Théodore Ruty, qui hérita plus tard du titre familial et siégea à la Chambre des pairs.

Vue générale de la tombe du général Ruty au Père-Lachaise
Vue générale du monument familial Ruty, division 38. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Buste de Charles-Étienne-François Ruty sur sa tombe
Détail du buste du général Ruty au sommet de sa sépulture. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Charles-Étienne-François Ruty

Charles-Étienne-François Ruty naît à Besançon le 4 novembre 1774. Il est le fils de Denis François Ruty, procureur au parlement de Besançon, et de Marguerite Guyot. Il grandit donc dans un milieu de juristes et de notables provinciaux, au moment où l’Ancien Régime entre dans sa dernière décennie. Son choix se porte pourtant sur une carrière scientifique et militaire : il rejoint l’école d’artillerie de Châlons, l’une des institutions chargées de former les officiers d’une arme devenue essentielle sur les champs de bataille. La Révolution accélère son entrée dans le service. Il sort de l’école avec le grade de sous-lieutenant le 6 octobre 1793.

Portrait du général Charles-Étienne-François Ruty
Portrait de Charles-Étienne-François Ruty en uniforme de général. Wikimedia Commons, domaine public.

Un jeune artilleur dans les guerres de la Révolution

Affecté comme lieutenant en second au 2e régiment d’artillerie de l’armée du Nord, Ruty connaît immédiatement le feu. Le 13 septembre 1793, à Comines, un éclat d’obus le blesse à la jambe au cours d’un affrontement prolongé contre une batterie ennemie. Cette première blessure inaugure une carrière où ses compétences techniques s’accompagnent d’une exposition directe au combat. Passé à l’armée de Rhin-et-Moselle, il devient capitaine le 22 février 1794 et participe aux opérations conduites sur la frontière orientale.

Le siège de Kehl, entre octobre 1796 et janvier 1797, constitue une épreuve particulièrement dure. Lors d’une attaque autrichienne contre un ouvrage avancé, Ruty tient sa position avec quelques canonniers. Une balle lui traverse la mâchoire et le renverse. Un sergent le transporte hors du danger et reçoit ensuite un brevet d’honneur pour ce sauvetage. Ruty reprend pourtant le service et poursuit son ascension dans une armée où l’expérience des sièges, le calcul des trajectoires et la maîtrise des approvisionnements sont décisifs.

Bataille de Hohenlinden en 1800
La bataille de Hohenlinden, à laquelle Ruty participe comme capitaine d’artillerie. Peinture d’Henri-Frédéric Schopin, château de Versailles, Wikimedia Commons, domaine public.

Il prend part aux campagnes du Rhin et sert notamment à Hohenlinden en décembre 1800. La victoire française confirme l’importance de la mobilité et de la coordination de l’artillerie, domaines dans lesquels il se spécialise. Entre-temps, son parcours l’a conduit bien plus loin : il a suivi l’expédition d’Égypte de Bonaparte. Nommé chef de bataillon d’artillerie le 21 juillet 1798, au moment de la bataille des Pyramides, il commande l’artillerie à Aboukir le 25 juillet 1799. Sa conduite lors d’un combat livré le 1er novembre contre des troupes ottomanes débarquées près d’une branche du Nil lui vaut un sabre d’honneur.

De l’Égypte à la Grande Armée

De retour en France, Ruty devient chef de brigade et prend le commandement du 4e régiment d’artillerie à pied le 5 décembre 1801. Quelques semaines plus tard, il reçoit la direction de l’artillerie à Perpignan. La création de la Légion d’honneur vient consacrer ces années de service : il est fait chevalier le 11 décembre 1803, puis officier le 14 juin 1804. Ces récompenses distinguent moins un chef spectaculaire qu’un professionnel de l’artillerie, capable d’organiser les parcs, les pièces, les munitions et les mouvements nécessaires à une armée en campagne.

En septembre 1805, il est envoyé auprès du corps d’armée du maréchal Ney pour prendre la direction du parc d’artillerie. Il exerce ensuite les mêmes responsabilités au 6e corps de la Grande Armée. À Wesel, en 1806, il supervise l’armement de la place et reçoit les félicitations du ministre de la Guerre pour les dispositions adoptées. Promu général de brigade le 8 janvier 1807, il obtient après la campagne de Pologne des responsabilités accrues. Friedland marque une nouvelle étape dans son parcours : bientôt colonel général dans les récits administratifs, il s’impose surtout comme l’un des spécialistes sur lesquels l’Empire s’appuie pour transformer la puissance de feu en avantage opérationnel.

Bataille de Friedland en 1807
Représentation de la bataille de Friedland, campagne durant laquelle la carrière de Ruty connaît une nouvelle progression. Musée national du château de Versailles via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

L’Espagne et l’obusier Ruty

Après avoir commandé l’école d’artillerie de Toulouse en 1808, Ruty part pour la péninsule Ibérique. Il dirige l’artillerie du 7e corps d’armée et participe au siège de Ciudad Rodrigo, du 26 avril au 10 juillet 1810. Le succès de l’opération repose en grande partie sur l’ouverture méthodique des brèches et l’installation des batteries, tâches qui exigent une connaissance précise du terrain et des fortifications. Ruty se distingue également dans les combats de Santa Marta et de Villalba.

La guerre d’Espagne met les armées régulières à l’épreuve d’un relief accidenté et d’une lutte mobile. Pour répondre à ces conditions, Ruty conçoit un nouveau type d’obusier de campagne, plus adapté à la guerre en montagne. La pièce prend le nom d’« obusier Ruty ». Cette réalisation résume sa double compétence : il est à la fois commandant et technicien, attentif à l’usage concret du matériel. Napoléon l’avait déjà élevé au rang de baron de l’Empire le 11 août 1808. Ruty reçoit la croix de commandeur de la Légion d’honneur en mai 1809.

Général de division et comte de l’Empire

Le 10 janvier 1813, il est promu général de division. L’année est celle d’un effort militaire considérable pour reconstituer les forces françaises après le désastre de Russie. Le 11 septembre, il devient comte de Ruty et de l’Empire, puis reçoit en novembre le commandement en chef de l’artillerie de la Grande Armée. Cette fonction place sous sa responsabilité l’une des composantes essentielles du système napoléonien, au moment même où celui-ci doit affronter une coalition de plus en plus puissante.

Après l’abdication de Napoléon en 1814, Ruty adhère aux actes du Sénat et poursuit sa carrière sous la monarchie restaurée. Il reçoit l’ordre de Saint-Louis et devient grand officier de la Légion d’honneur le 5 août 1814. Lorsque Napoléon revient de l’île d’Elbe en 1815, Ruty se rallie de nouveau à lui et commande l’artillerie de l’armée du Nord pendant les Cent-Jours. Ce passage d’un régime à l’autre, fréquent chez les officiers supérieurs de sa génération, traduit à la fois les ruptures politiques du temps et la volonté de préserver le service de l’État.

Statue du général Ruty à Besançon
Statue du général Ruty conservée à la bibliothèque municipale de Besançon. Photo : Toufik-de-planoise / Wikimedia Commons, CC BY-SA 1.0.

Du commandement militaire à la Chambre des pairs

La Seconde Restauration ne met pas fin à sa vie publique. Nommé lieutenant général, il devient inspecteur de plusieurs divisions militaires, puis inspecteur d’artillerie en 1816. En 1817, il prend la direction générale des poudres et salpêtres, administration stratégique dont dépend l’approvisionnement des forces armées. Il est également nommé conseiller d’État en 1818. Louis XVIII l’appelle enfin à la Chambre des pairs le 5 mars 1819. Il y siège jusqu’à sa mort, intervenant avec la discrétion d’un technicien et d’un serviteur de l’État davantage connu pour son expertise militaire que pour l’éloquence parlementaire.

Ruty épouse Lucile Lecocq, issue d’une famille liée à l’administration royale et à la Compagnie des Indes. Leur fils Anatole-Marie-Théodore Ruty sera admis à siéger à titre héréditaire à la Chambre des pairs en 1847. Charles-Étienne-François Ruty meurt à Paris le 24 avril 1828, à cinquante-trois ans, puis est inhumé au Père-Lachaise. Sa mémoire demeure étroitement associée à l’artillerie : au-delà de l’obusier qui porta son nom, son parcours illustre la professionnalisation des armes savantes entre la Révolution, l’Empire et la Restauration.

Arc de triomphe portant les noms des généraux de la Révolution et de l’Empire
L’Arc de triomphe de l’Étoile, où le nom de Ruty est gravé sur le pilier sud. Photo : Wikimedia Commons, licence libre.

Son nom figure sur le pilier sud de l’Arc de triomphe de l’Étoile, dans les colonnes consacrées aux officiers des guerres révolutionnaires et napoléoniennes. À Besançon, sa ville natale, le grand quartier d’artillerie a également reçu le nom de caserne Ruty. Ces hommages rappellent la place d’un général dont la carrière s’est construite autant dans l’organisation et l’innovation que sur les champs de bataille.

Réalisations principales

  • Service dans les armées du Nord et de Rhin-et-Moselle pendant les guerres de la Révolution.
  • Participation à l’expédition d’Égypte, aux batailles des Pyramides et d’Aboukir.
  • Direction de parcs d’artillerie de la Grande Armée et armement de la place de Wesel.
  • Commandement de l’artillerie au siège de Ciudad Rodrigo en 1810.
  • Conception de l’obusier de campagne dit « obusier Ruty », adapté notamment à la guerre de montagne.
  • Commandement en chef de l’artillerie de la Grande Armée à partir de novembre 1813.
  • Direction générale des poudres et salpêtres à partir de 1817.

Distinctions et fonctions

  • Général de brigade en 1807, puis général de division en 1813.
  • Baron de l’Empire en 1808, puis comte de Ruty et de l’Empire en 1813.
  • Grand officier de la Légion d’honneur.
  • Commandeur de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis.
  • Conseiller d’État en 1818.
  • Pair de France de 1819 à 1828.
  • Nom gravé sur le pilier sud de l’Arc de triomphe de l’Étoile.