Qui est BRASSEUR Pierre ?
Date de naissance : 22 décembre 1905 (Paris, France).
Date du décès : 14 août 1972 (Brunico, Italie) à 66 ans.
Activité principale : Acteur, scénariste, auteur dramatique.
Nom de naissance : Pierre-Albert Espinasse.
Où est la tombe de Pierre Brasseur ?
La tombe est située dans la division 59.

Le monument funéraire de Pierre Brasseur au Père-Lachaise
Pierre Brasseur repose dans la division 59, dans le tombeau de la famille Brasseur. La sépulture, en pierre claire, porte son nom et accueille également son fils Claude Brasseur, inhumé en 2020. Ce monument familial rassemble ainsi deux générations très populaires du cinéma français. Son décor est sobre : l’intérêt du lieu tient avant tout à cette continuité de comédiens, prolongée par Alexandre Brasseur, petit-fils de Pierre.

Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Tombe de la famille Brasseur, division 59.

ManoSolo13241324 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Tombe de Pierre et Claude Brasseur au Père-Lachaise.
Biographie de Pierre Brasseur
Pierre Brasseur a été l’une des présences les plus reconnaissables du théâtre et du cinéma français du XXe siècle. Sa voix râpeuse, sa diction souple, son goût de la démesure et une manière inimitable de faire cohabiter la désinvolture, l’ironie et la gravité lui ont permis d’échapper aux emplois trop étroits. Il fut le truand inquiétant du Quai des brumes, l’acteur flamboyant des Enfants du paradis, un médecin glaçant dans Les Yeux sans visage, mais aussi un très grand interprète de scène. Derrière le nom de Brasseur, devenu emblématique, se trouve Pierre-Albert Espinasse, héritier d’une dynastie de comédiens et créateur d’un style qui lui appartient entièrement.

Farabola / Bridgeman Images, domaine public, via Wikimedia Commons.
Pierre Brasseur en Italie, lors du tournage d’Il bell’Antonio, en 1960.
Il naît le 22 décembre 1905, dans le 17e arrondissement de Paris. Son père, Georges Espinasse, est acteur ; sa mère, Germaine Brasseur, est comédienne et appartient elle-même à une famille de théâtre. Pierre porte d’abord le nom d’Espinasse, puis adopte le nom de scène de sa mère. Son père meurt alors qu’il n’a pas un an. L’enfance du futur acteur se déroule dans un univers où la scène est une réalité quotidienne, sans que cette hérédité lui assure un parcours facile. Après avoir échoué au concours d’entrée du Conservatoire, il suit les cours de Harry Baur et de Fernand Ledoux au théâtre Maubel.
Ses débuts sont précoces. Il apparaît au théâtre et au cinéma dès le milieu des années 1920, notamment dans La Fille de l’eau de Jean Renoir. Il écrit aussi des pièces, fréquente les milieux de Montparnasse et se rapproche de poètes, de peintres et de gens de théâtre. Cette période ne fait pas encore de lui une vedette, mais elle fixe plusieurs traits de son personnage public : une énergie insolente, un goût des marges et une confiance dans la parole. Sa carrière avance par rôles successifs, tantôt légers, tantôt plus sombres, avant que les années 1930 ne lui offrent une visibilité nouvelle.

Sacem / Wikimedia Commons, domaine public.
Photo d’identité de Pierre Brasseur, vers 1943.
Le cinéma poétique des années d’avant-guerre révèle son visage. Dans Le Quai des brumes de Marcel Carné, sorti en 1938 sur un scénario et des dialogues de Jacques Prévert, il interprète Lucien, le petit malfrat qui pèse sur le destin de Nelly, jouée par Michèle Morgan. Face à Jean Gabin, il compose un personnage nerveux et dangereux, bien loin du séducteur de boulevard. Le film demeure l’un des grands classiques du réalisme poétique français, et Brasseur y prouve que son jeu peut tenir dans l’inquiétude, le sous-entendu et la menace.
La guerre et l’Occupation n’interrompent pas son activité. Il tourne notamment dans Lumière d’été de Jean Grémillon et travaille au théâtre. Mais c’est en 1945 que son nom atteint une dimension internationale grâce aux Enfants du paradis de Marcel Carné, sur un scénario de Prévert. Il y incarne Frédérick Lemaître, acteur populaire, grandiloquent, généreux et fragile. Ce rôle ne cherche pas à reproduire exactement le comédien historique : Brasseur lui donne une liberté, une cadence et une joie de jouer qui font du personnage l’un des cœurs du film. Le tournage, commencé pendant la guerre, fut long et difficile ; l’œuvre devient pourtant, à sa sortie, un monument du cinéma français.

Bibliothèque nationale de France / Gallica, domaine public.
Recueil de presse sur Un ange passe…, spectacle de Pierre Brasseur au Théâtre La Bruyère, 1946.
La reconnaissance ne le détourne pas du théâtre. Pierre Brasseur aime les textes qui lui permettent de faire entendre une personnalité entière, parfois excessive, mais toujours construite. Il joue des auteurs contemporains, se confronte à Jean-Paul Sartre et à Albert Camus, et revient régulièrement à des rôles d’acteurs ou d’aventuriers, comme dans Kean. Il écrit également pour la scène : la Bibliothèque nationale de France conserve notamment la trace de L’Enfant du dimanche, créé en 1958. Cette activité d’auteur, moins célèbre que ses films, est importante pour comprendre son désir de ne pas rester seulement un interprète.

Roger Pic / Bibliothèque nationale de France, domaine public.
Photographie de scène de L’Enfant du dimanche, texte de Pierre Brasseur, 1958.
Au cinéma, son jeu se transforme avec l’âge. Il devient une figure de pouvoir, de dérision ou de mystère. Dans Les Grandes Familles de Denys de La Patellière, il trouve un registre plus social et plus cruel. Dans Les Yeux sans visage de Georges Franju, en 1960, il incarne le docteur Génessier, chirurgien prêt à franchir toutes les limites pour rendre un visage à sa fille. La maîtrise froide de ce personnage, à l’opposé de l’exubérance de Frédérick Lemaître, témoigne de l’étendue de ses moyens. Il poursuit ensuite une carrière abondante, de Le Roi de cœur de Philippe de Broca aux films de Jean-Paul Rappeneau, de Vittorio De Sica ou d’Ettore Scola.

Catherine Prévert / Wikimedia Commons, CC BY-SA 1.0.
Pierre Brasseur dans Mon frère Jacques, film de Pierre Prévert, 1961.
Sa vie privée reste étroitement liée au monde du spectacle. Il épouse l’actrice Odette Joyeux en 1935 ; leur fils, Claude Brasseur, né l’année suivante, deviendra lui aussi un acteur majeur. Après son divorce, Pierre Brasseur épouse la pianiste Lina Magrini, puis partage ses dernières années avec la chanteuse Catherine Sauvage. La transmission familiale ne se limite pas à un nom : elle se prolonge sur les scènes et les écrans avec Claude, puis avec Alexandre Brasseur.
En 1972, Pierre Brasseur publie son autobiographie, Ma vie en vrac, titre à son image : direct, mouvant, sans volonté de lisser les contradictions. La même année, il part en Italie pour tourner La Plus Belle Soirée de ma vie d’Ettore Scola. Il meurt à Brunico, dans le Tyrol du Sud, le 14 août 1972, à la suite d’une crise cardiaque. Il avait 66 ans. Son inhumation au Père-Lachaise, dans la division 59, fait de cette tombe l’un des lieux de mémoire d’une dynastie qui a accompagné près d’un siècle de théâtre et de cinéma français.
Films, théâtre et écrits principaux
- La Fille de l’eau, Jean Renoir, 1924.
- Le Quai des brumes, Marcel Carné, 1938.
- Lumière d’été, Jean Grémillon, 1943.
- Les Enfants du paradis, Marcel Carné, 1945.
- Les Portes de la nuit, Marcel Carné, 1946.
- Les Grandes Familles, Denys de La Patellière, 1958.
- Les Yeux sans visage, Georges Franju, 1960.
- Le Roi de cœur, Philippe de Broca, 1966.
- La Plus Belle Soirée de ma vie, Ettore Scola, 1972.
- L’Enfant du dimanche, pièce de théâtre, 1958.
- Ma vie en vrac, autobiographie, 1972.
Distinctions
- Chevalier de la Légion d’honneur, 1966.
- Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres, 1967.
- Prix du Brigadier pour Cher Menteur, 1961.