Qui est le comte de Volney ?
Nom complet : Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais, dit Volney.
Naissance : 3 février 1757 (Craon, France).
Mort : 25 avril 1820 (Paris, France) à 63 ans.
Activités : philosophe, orientaliste, historien, linguiste, voyageur et homme politique.
Notoriété : auteur du Voyage en Syrie et en Égypte et des Ruines, député du tiers état en 1789, sénateur et pair de France.
Où se trouve la tombe du comte de Volney ?
La tombe du comte de Volney se trouve dans la division 41 du cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Le monument funéraire du comte de Volney au Père-Lachaise

La sépulture de Constantin-François de Chassebœuf, comte de Volney, située dans la 41e division du Père-Lachaise, prend la forme très inhabituelle d’une petite pyramide de pierre à base carrée. Le monument est attesté sous cette forme dès les premières décennies du XIXe siècle : un guide du Père-Lachaise publié en 1853 le décrit déjà comme une « petite pyramide de pierre ».
La face principale porte une inscription très simple : « À F. Volney, pair de France ». La pyramide, aujourd’hui fortement patinée et partiellement couverte de mousses et de lichens, constitue pratiquement à elle seule tout le monument. Contrairement au texte actuel de la page, il n’y a ni porte, ni colonnes, ni soubassement monumental donnant l’aspect d’un sanctuaire.
Cette forme pyramidale prend un relief particulier dans le cas de Volney, grand voyageur et orientaliste qui séjourna en Égypte et en Syrie entre 1782 et 1785 avant de publier son Voyage en Égypte et en Syrie. Une étude universitaire consacrée à Volney précise même que ses restes reposent sous une pyramide reproduisant, à petite échelle, celle de Khéops.

Biographie du comte de Volney
Constantin-François Chassebœuf naît le 3 février 1757 à Craon, dans l’actuel département de la Mayenne. Fils d’un avocat, il perd sa mère à l’âge de deux ans et est élevé dans un cadre provincial. Son père lui fait d’abord porter le nom de Boisgirois. Émancipé à dix-sept ans, le jeune homme gagne Paris, où il étudie la médecine, l’histoire et les langues. Il se choisit bientôt le nom de Volney, formé selon l’explication traditionnelle à partir de Voltaire et de Ferney.
Un jeune savant attiré par l’Orient
À Paris, Volney fréquente les milieux intellectuels des Lumières. Il s’intéresse à l’histoire des civilisations, à la géographie et aux langues orientales, qu’il veut étudier au contact des pays et non seulement dans les livres. En 1782, il prépare méthodiquement un long voyage : il s’exerce à la marche et s’habitue aux privations qu’il prévoit de rencontrer. Il part ensuite pour l’Empire ottoman, séjourne en Égypte puis en Syrie et en Palestine. Dans un couvent du Mont-Liban, il approfondit sa connaissance de l’arabe.

Ce séjour de plusieurs années fonde sa réputation. Volney observe les paysages, les productions agricoles, les structures politiques, les communautés religieuses et les conditions de vie. À son retour, il publie en 1787 le Voyage en Syrie et en Égypte pendant les années 1783, 1784 et 1785. L’ouvrage se distingue par une volonté d’enquête et une attention aux réalités matérielles. Il refuse l’exotisme facile et cherche les causes politiques, économiques et géographiques des situations qu’il décrit.

De l’observation au combat politique
Volney publie ensuite des Considérations sur la guerre des Turcs et de la Russie. Catherine II lui fait remettre une médaille, qu’il renverra lorsque la Russie entrera en guerre contre la France révolutionnaire. En 1788, il fonde à Rennes le journal La Sentinelle du peuple, ouvert aux idées nouvelles. Élu député du tiers état de la sénéchaussée d’Anjou aux États généraux de 1789, il prête le serment du Jeu de paume et participe à l’Assemblée nationale constituante, dont il devient secrétaire en 1790.
À la tribune, il défend les principes libéraux et intervient sur l’organisation politique, les finances et les questions coloniales. Il fait partie de cette génération d’intellectuels qui veut appliquer l’analyse rationnelle aux institutions. Après la Constituante, il séjourne en Corse, où il tente de mettre en pratique ses idées agronomiques. Il achète un domaine et cherche à améliorer les cultures, mais les troubles politiques rendent l’expérience difficile.

Les Ruines, méditation sur les empires
En 1791 paraît son ouvrage le plus célèbre, Les Ruines, ou Méditation sur les révolutions des empires. Partant de la contemplation des vestiges de Palmyre, Volney imagine un dialogue philosophique sur la naissance et la chute des sociétés. Il y examine le despotisme, l’ignorance, les inégalités et le rôle des religions. Le livre porte l’ambition universaliste des Lumières : les peuples, malgré la diversité de leurs croyances, sont soumis aux mêmes lois naturelles et peuvent rechercher une morale commune fondée sur la raison.
Le succès est considérable et international. Traduit dans de nombreuses langues, le texte circule en Europe et dans les Amériques. Son anticléricalisme et sa critique comparée des traditions religieuses suscitent cependant des controverses durables. Volney complète cette réflexion avec La Loi naturelle, ou Catéchisme du citoyen français, exposé moral dans lequel les devoirs humains découlent de la conservation de soi, du travail et de la vie en société.
La Terreur, l’enseignement et le voyage américain
Proche des Girondins, Volney est arrêté pendant la Terreur et reste emprisonné jusqu’après la chute de Robespierre. Libéré, il participe aux institutions savantes de la République. Il enseigne l’histoire à l’École normale en 1794 et propose une méthode critique : confronter les sources, se méfier des récits héroïques et rechercher les conditions matérielles qui expliquent les événements. En 1795, il est élu à l’Institut national, dans la classe des sciences morales et politiques.
La même année, il part pour les États-Unis, où il séjourne environ trois ans. Il rencontre notamment Thomas Jefferson et observe la jeune république, son territoire, son climat, ses populations et ses tensions. Son enquête débouche sur le Tableau du climat et du sol des États-Unis d’Amérique, publié en 1803. Il y rassemble données géographiques et observations sociales, tout en portant un regard critique sur l’esclavage et sur le traitement réservé aux peuples autochtones.

Sénateur, académicien et opposant prudent
De retour en France, Volney accueille favorablement le coup d’État du 18 Brumaire, espérant la stabilisation du pays. Bonaparte le nomme membre du Sénat conservateur en 1799. L’accord ne dure pas. Volney s’oppose au Concordat et prend ses distances avec l’évolution autoritaire du régime. Il demeure toutefois sénateur, reçoit le titre de comte de l’Empire en 1808 et est fait commandeur de la Légion d’honneur.
Parallèlement, sa reconnaissance intellectuelle grandit. Il entre à l’Académie française en 1803, au fauteuil 24. Sous la Restauration, Louis XVIII le nomme pair de France. Il défend alors les libertés constitutionnelles avec modération. Son parcours, de la Constituante à la Chambre des pairs, traverse ainsi plusieurs régimes sans effacer la continuité de ses convictions rationalistes et libérales.
Les langues au cœur des dernières recherches
Dans ses dernières années, Volney revient avec insistance aux langues orientales. Il cherche un système de transcription capable de rendre les sons de l’arabe, du persan et du turc en caractères européens. Sa Simplification des langues orientales, puis L’Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques, témoignent de cette ambition pédagogique et comparative. Il ne conçoit pas la linguistique comme un simple inventaire : l’étude des langues doit aider à comprendre les migrations, les échanges et l’histoire des peuples.

Il institue par testament un prix destiné à encourager les recherches sur l’origine des langues. Décerné par l’Institut de France, le prix Volney perpétue cette part de son travail. Le philosophe meurt à Paris le 25 avril 1820, dans sa maison de la rue de Vaugirard. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Sa pyramide funéraire rappelle le voyageur, tandis que ses livres continuent d’être étudiés à la croisée de la philosophie des Lumières, de l’orientalisme, de la géographie et de l’histoire politique.
Œuvres principales
- Voyage en Syrie et en Égypte pendant les années 1783, 1784 et 1785 (1787).
- Considérations sur la guerre des Turcs et de la Russie (1788).
- Les Ruines, ou Méditation sur les révolutions des empires (1791).
- La Loi naturelle, ou Catéchisme du citoyen français (1793).
- Simplification des langues orientales (1795).
- Leçons d’histoire prononcées à l’École normale (1795).
- Tableau du climat et du sol des États-Unis d’Amérique (1803).
- L’Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques (1819).
Distinctions et fonctions
- Député du tiers état aux États généraux de 1789 et membre de l’Assemblée constituante.
- Membre de l’Institut national à partir de 1795.
- Membre du Sénat conservateur à partir de 1799.
- Élu à l’Académie française en 1803, fauteuil 24.
- Commandeur de la Légion d’honneur.
- Comte de l’Empire en 1808.
- Pair de France sous la Restauration.
- Fondateur par testament du prix Volney consacré aux recherches linguistiques.