Qui est Henry de Triqueti ?
Nom complet : Henri Joseph François de Triqueti, baron de Triqueti.
Naissance : 24 octobre 1803 (Conflans-sur-Loing, France).
Mort : 11 mai 1874 (Paris, France) à 70 ans.
Activité principale : sculpteur et peintre.
Notoriété : représentant de la sculpture romantique, auteur des portes en bronze de l’église de la Madeleine et du décor de la chapelle du prince Albert au château de Windsor.
Où se trouve la tombe d’Henry de Triqueti ?
La tombe d’Henry de Triqueti se trouve dans la division 42 du cimetière du Père-Lachaise, chemin des Anglais. Il y repose avec son épouse Julia Philippine Forster et leur fils Édouard-Henry.

Le monument funéraire d’Henry de Triqueti au Père-Lachaise

La sépulture d’Henry de Triqueti, située dans la 42e division du Père-Lachaise, est dominée par un grand haut-relief en bronze réalisé par le sculpteur lui-même et daté d’août 1862. Intitulée La Résurrection de Lazare, l’œuvre représente le Christ debout devant une figure agenouillée, dans une composition verticale encadrée par une haute niche de pierre.
Le relief mesure environ 1,60 mètre de haut et constitue l’élément essentiel du monument. Au-dessus de la scène est gravée une parole de l’Évangile selon saint Jean évoquant la résurrection et la vie, qui donne directement son sens religieux à l’ensemble.
Cette sépulture fut d’abord conçue à la mémoire de son fils Édouard-Henry de Triqueti, mort en 1861 à l’âge de 21 ans des suites de blessures reçues en tentant de retenir un cheval emporté. Henry de Triqueti y fut ensuite inhumé en 1874, puis son épouse Julia Philippine Forster en 1875. Les inscriptions rappellent ces trois membres de la famille et font du monument à la fois une œuvre personnelle du sculpteur et un mémorial familial.


Biographie d’Henry de Triqueti
Une enfance cultivée à Conflans-sur-Loing
Henry de Triqueti naît le 24 octobre 1803 au château du Perthuis, à Conflans-sur-Loing, près de Montargis. Son père, Michel de Triqueti, appartient à une famille d’origine piémontaise et a représenté le roi de Sardaigne à Amsterdam. Sa mère évolue dans un milieu cultivé où les arts, l’histoire et les langues tiennent une place importante. Cette enfance privilégiée lui donne très tôt accès aux collections, aux livres et aux conversations qui nourriront une œuvre marquée par la littérature, la Bible et l’histoire européenne.
Le peintre Anne-Louis Girodet, ami et voisin de la famille, encourage ses premiers essais. Triqueti s’oriente d’abord vers la peinture et fréquente à la fin des années 1820 l’atelier de Louis Hersent, portraitiste reconnu. Il apprend le dessin, l’organisation d’une composition et l’étude de la figure humaine. Pourtant, son intérêt se déplace progressivement vers le volume, le relief et les objets. Il choisit la sculpture sans abandonner le regard du peintre, sensible aux effets de surface et aux rapports de couleur.

L’essor d’un sculpteur romantique
Au tournant des années 1830, la sculpture française se libère partiellement des modèles néoclassiques. Triqueti participe à ce renouvellement avec Félicie de Fauveau, Antonin Moine, Jean-Jacques Feuchère et Jehan Duseigneur. Ces artistes rapprochent sculpture monumentale, arts décoratifs et imaginaire médiéval. Triqueti présente ses œuvres au Salon et se fait remarquer en 1831. Son art conjugue précision du modelé, goût du récit et attention aux objets précieux.
Il ne se limite pas à la statuaire. Il dessine des épées, des coupes, des candélabres, des dagues et des aiguières dont le décor emprunte à l’Ancien Testament ou à la littérature. Son Aiguière des mères israélites, modelée en 1835 et présentée en bronze au Salon de 1836, réunit plusieurs figures maternelles bibliques. Ce travail illustre sa capacité à faire d’un objet d’usage une œuvre narrative où forme, ornement et signification religieuse sont étroitement liés.

Les portes de la Madeleine
La commande qui établit durablement sa réputation arrive en 1831 : les portes monumentales en bronze de l’église de la Madeleine, à Paris. Le chantier l’occupe pendant une décennie. Triqueti conçoit un vaste programme de bas-reliefs consacré aux Dix Commandements. Chaque panneau traduit une prescription morale en scène figurée, lisible par le fidèle tout en s’intégrant à l’architecture sévère de l’édifice.
Lors de leur achèvement en 1841, ces portes comptent parmi les réalisations majeures de la sculpture religieuse sous la monarchie de Juillet. Leur ampleur, la richesse de leur iconographie et la maîtrise technique du bronze imposent Triqueti comme un artiste recherché par les pouvoirs publics et par la famille d’Orléans. Il devient ce que la critique appellera plus tard le « sculpteur des princes ».

Le gisant du duc d’Orléans
La mort accidentelle du prince Ferdinand-Philippe d’Orléans en 1842 donne lieu à une nouvelle commande prestigieuse. Triqueti réalise le gisant du prince pour la chapelle élevée sur le lieu du drame, devenue l’église Notre-Dame-de-Compassion. Le duc est représenté étendu dans son uniforme, avec une dignité retenue. Le monument unit ressemblance, sentiment du deuil et référence à la tradition médiévale des tombeaux princiers.
Cette proximité avec la dynastie d’Orléans lui vaut d’autres travaux et consolide sa place dans le monde officiel. Il participe également au décor du tombeau de Napoléon aux Invalides et exécute des portraits, des médaillons et des statues pour plusieurs édifices publics. Sa statue de l’architecte Pierre Lescot, destinée au palais du Louvre, et son Gaston Fébus, aujourd’hui conservé au château de Pau, témoignent de son goût pour les figures historiques.

1848, la religion et l’Angleterre
La révolution de 1848 bouleverse à la fois le régime politique qui le protégeait et son parcours personnel. Blessé sur une barricade, Triqueti traverse une période de profonde réflexion religieuse et se rapproche du protestantisme. Après la chute de Louis-Philippe, il séjourne davantage en Angleterre, où ses attaches familiales et artistiques sont déjà solides. Son épouse, Julia Philippine Forster, est la petite-fille du sculpteur anglais Thomas Banks.
Le sculpteur trouve outre-Manche un nouveau cercle de commanditaires. Il travaille pour l’aristocratie, exécute des portraits et entretient des liens avec la cour britannique. Son œuvre y est appréciée pour son alliance de culture française, de sensibilité religieuse et de références à l’art médiéval et renaissant. Il mène dès lors une carrière partagée entre la France et la Grande-Bretagne.
La chapelle du prince Albert à Windsor
En 1864, la reine Victoria et sa fille, la princesse royale de Prusse, lui confient le décor de la chapelle Wolsey au château de Windsor, transformée en mémorial du prince Albert, mort trois ans plus tôt. Triqueti consacre les dix dernières années de sa vie à ce projet considérable. Il compose un ensemble de scènes bibliques et de figures symboliques destiné à célébrer les vertus chrétiennes du prince consort.
Pour ces panneaux, il développe une technique de mosaïque de marbres colorés souvent désignée par le terme italien tarsia. Des éléments de marbre de différentes teintes, taillés et incrustés, forment figures, inscriptions et ornements. La matière devient couleur sans perdre la présence physique de la sculpture. Ce décor, inhabituel dans l’art britannique du XIXe siècle, constitue l’aboutissement de ses recherches sur l’union entre architecture, relief et arts décoratifs.

Un artiste, un collectionneur et un passeur
Triqueti dessine et écrit autant qu’il sculpte. Sa culture littéraire nourrit ses sujets consacrés à Dante, Pétrarque, Shakespeare ou aux héroïnes bibliques. Il s’intéresse aussi à la pédagogie artistique et rassemble une collection. À Montargis, il participe à la conception du musée fondé autour de Girodet et donne de nombreuses œuvres. Le musée Girodet conserve aujourd’hui un fonds majeur, enrichi par ses héritiers, qui permet de suivre toutes les facettes de son activité.
Dans sa vie privée, il forme plusieurs élèves, dont la sculptrice britannique Susan Durant, devenue son assistante et sa proche collaboratrice. Leur relation donne naissance en 1869 à un fils, Henry Paul Harvey. Cette dimension franco-britannique dépasse donc les seules commandes : elle traverse sa famille, ses amitiés, son atelier et la réception de son œuvre.
Les dernières années
Jusqu’à ses derniers mois, Henry de Triqueti poursuit le décor de Windsor tout en gardant son domicile parisien. Il meurt le 11 mai 1874 au 65, rue d’Amsterdam, dans le 8e arrondissement de Paris. Il est inhumé deux jours plus tard au Père-Lachaise. Le relief qu’il avait créé après la mort de son fils devient alors son propre monument funéraire.
Longtemps moins connu du grand public que les grands statuaires officiels de son siècle, Triqueti occupe pourtant une place originale dans l’art romantique. Sa carrière relie la monarchie de Juillet à la cour de Victoria, la sculpture monumentale aux objets précieux, et la tradition funéraire médiévale aux expérimentations polychromes. Les portes de la Madeleine, le gisant du duc d’Orléans et la chapelle du prince Albert demeurent les trois grands jalons d’une œuvre européenne.
Œuvres principales
- Portes en bronze de l’église de la Madeleine à Paris, 1831-1841.
- Aiguière des mères israélites, modèle de 1835, bronze présenté au Salon de 1836.
- Gisant du duc Ferdinand-Philippe d’Orléans, 1842, Notre-Dame-de-Compassion à Paris.
- La Mort de Cléopâtre, plusieurs versions et études, années 1850.
- Statue de Pierre Lescot, 1857, palais du Louvre.
- Gaston Fébus, 1864, musée national du château de Pau.
- Décor en marbres incrustés de la chapelle du prince Albert au château de Windsor, 1864-1874.
- La Résurrection de Lazare, haut-relief en bronze de la tombe familiale, 1862.
Distinctions et fonctions
- Sculpteur officiel très sollicité sous la monarchie de Juillet.
- Commandes de la famille d’Orléans et de la reine Victoria.
- Participant au décor du tombeau de Napoléon Ier aux Invalides.
- Concepteur et important donateur du musée de Montargis, aujourd’hui musée Girodet.
- Œuvres conservées notamment au musée du Louvre, au musée Girodet, au château de Pau, au Metropolitan Museum of Art et au château de Windsor.