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SIEYÈS Emmanuel-Joseph

Qui est Emmanuel-Joseph Sieyès ?

Nom complet : Emmanuel-Joseph Sieyès.
Naissance : 3 mai 1748 (Fréjus, France).
Mort : 20 juin 1836 (Paris, France) à 88 ans.
Activités : homme d’Église, essayiste, théoricien politique et homme d’État.
Notoriété : auteur de Qu’est-ce que le Tiers-État ?, acteur majeur de la Révolution française et l’un des organisateurs du coup d’État du 18 Brumaire.

Où se trouve la tombe d’Emmanuel-Joseph Sieyès ?

La tombe d’Emmanuel-Joseph Sieyès se trouve dans la division 30 du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 30

Le monument funéraire d’Emmanuel-Joseph Sieyès au Père-Lachaise

La sépulture d’Emmanuel-Joseph Sieyès, située dans la 30e division du Père-Lachaise, prend la forme d’une chapelle funéraire en pierre claire à l’architecture néoclassique particulièrement soignée. Sa façade est encadrée par deux pilastres sculptés et surmontée d’une large corniche décorée.

Au-dessus de la porte métallique ajourée apparaît simplement le nom « SIEYES », gravé en grandes lettres. La partie supérieure de la façade est ornée de bas-reliefs représentant des miroirs accompagnés de serpents, ainsi que d’un motif central sculpté qui enrichit le décor du monument.

La porte en métal, travaillée de motifs géométriques et végétaux, complète cette composition très architecturée. Par ses proportions, ses pilastres, sa corniche et son décor symbolique, la tombe de Sieyès possède ainsi l’apparence d’un véritable petit édifice funéraire, caractéristique des chapelles élevées au Père-Lachaise au XIXe siècle.

Tombe d’Emmanuel-Joseph Sieyès dans la division 30 du Père-Lachaise
Tombe d’Emmanuel-Joseph Sieyès au Père-Lachaise. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie d’Emmanuel-Joseph Sieyès

Emmanuel-Joseph Sieyès naît à Fréjus le 3 mai 1748 dans une famille de sept enfants. Son père, Honoré Sieyès, exerce la charge de contrôleur des actes et maître de poste. Le jeune Emmanuel aurait préféré une carrière militaire, mais sa santé fragile et les choix familiaux l’orientent vers l’Église. Cette voie lui procure une solide formation intellectuelle sans faire de lui un homme de dévotion mystique : il considère rapidement l’état ecclésiastique comme un cadre professionnel et social.

Du séminaire aux fonctions ecclésiastiques

Après des études chez les doctrinaires de Draguignan, il entre en 1762 au séminaire Saint-Sulpice à Paris. Il y étudie la théologie, mais se passionne surtout pour la philosophie, les sciences et les penseurs politiques des Lumières. Ordonné prêtre en 1772, il obtient en 1773 un canonicat à Tréguier auprès de l’évêque Joseph de Lubersac. Lorsque celui-ci devient évêque de Chartres, Sieyès le suit et occupe successivement les fonctions de chanoine, de chancelier de l’évêché et de vicaire général.

Ce parcours lui donne une connaissance directe de l’organisation du clergé d’Ancien Régime. Malgré ses compétences, il constate que les charges les plus prestigieuses restent largement réservées à la noblesse. L’expérience nourrit sa critique des privilèges de naissance. En 1787, il devient conseiller commissaire à la Chambre supérieure du clergé de France, tout en élaborant une réflexion personnelle sur la représentation politique, la souveraineté et l’organisation de la nation.

Portrait d’Emmanuel-Joseph Sieyès par Jacques-Louis David
Portrait d’Emmanuel-Joseph Sieyès, d’après Jacques-Louis David. Wikimedia Commons, domaine public.

Le théoricien du tiers état

La convocation des États généraux pour 1789 transforme Sieyès en écrivain politique. Il publie d’abord un Essai sur les privilèges, puis, en janvier 1789, la brochure qui le rend célèbre : Qu’est-ce que le Tiers-État ? Son raisonnement repose sur une affirmation décisive : le tiers état accomplit l’essentiel des activités utiles à la société et constitue, à lui seul, la nation. Les ordres privilégiés ne peuvent donc prétendre parler au nom du pays.

La brochure connaît un succès immédiat. Sa formule en trois questions — ce qu’est le tiers état, ce qu’il a été politiquement et ce qu’il demande à devenir — donne une expression nette aux attentes de réforme. Sieyès défend le vote par tête, l’égalité civile et une représentation fondée sur les individus plutôt que sur les ordres. Sa pensée distingue le « pouvoir constituant », détenu par la nation, des pouvoirs institués par une constitution : une distinction appelée à marquer durablement le droit public.

Page de titre de Qu’est-ce que le Tiers-État de Sieyès en 1789
Page de titre de Qu’est-ce que le Tiers-État ?, publié en 1789. Wikimedia Commons, domaine public.

La naissance de l’Assemblée nationale

Élu député du clergé de Paris aux États généraux, Sieyès choisit de siéger avec les représentants du tiers état. En juin 1789, il joue un rôle central dans le processus qui transforme les États généraux en Assemblée nationale. Il propose la réunion des trois ordres et soutient que les députés vérifiés représentent la grande majorité de la nation. La dénomination d’« Assemblée nationale », adoptée le 17 juin, traduit cette rupture de souveraineté.

Trois jours plus tard, lorsque les députés trouvent leur salle fermée, ils se réunissent dans la salle du Jeu de paume. Sieyès participe à la rédaction de la formule par laquelle ils jurent de ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution à la France. Il siège ensuite à l’Assemblée constituante et intervient dans les débats sur les institutions. Il contribue notamment à la réflexion qui conduit au découpage du royaume en départements.

Le Serment du Jeu de paume représenté par Jacques-Louis David
Le Serment du Jeu de paume, par Jacques-Louis David, vers 1791. Musée national du château de Versailles / Wikimedia Commons, domaine public.

Un révolutionnaire prudent

Sieyès ne correspond pourtant pas au modèle du tribun populaire. Travailleur de cabinet, méfiant envers les foules et les formes de démocratie directe, il cherche des mécanismes institutionnels capables de canaliser la souveraineté nationale. Il refuse la notion de mandat impératif et privilégie le gouvernement représentatif. À ses yeux, les citoyens choisissent des représentants chargés de vouloir pour la nation, sans devoir consulter constamment leurs électeurs.

Après la Constituante, il se tient momentanément en retrait, puis est élu en septembre 1792 député de la Sarthe à la Convention nationale. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort sans appel au peuple ni sursis. Durant la Terreur, il intervient peu et survit en restant discret. À ceux qui lui demanderont plus tard ce qu’il a fait pendant cette période, la tradition attribue cette réponse lapidaire : « J’ai vécu. »

Fête de la Fédération du 14 juillet 1790 au Champ-de-Mars
La Fête de la Fédération au Champ-de-Mars, le 14 juillet 1790. Wikimedia Commons, domaine public.

De la Convention au Directoire

Après la chute de Robespierre, Sieyès retrouve une influence visible. Il entre au Comité de salut public en 1795, préside la Convention et participe aux débats constitutionnels. Il refuse cependant de siéger au Directoire lors de sa création, estimant que la Constitution de l’an III repose sur un équilibre mal conçu. Élu au Conseil des Cinq-Cents, il poursuit ses réflexions sur un exécutif plus stable et sur la sélection des gouvernants.

En 1798, il est envoyé comme ambassadeur à Berlin. Sa mission consiste notamment à maintenir la neutralité prussienne dans les conflits européens. De retour en France, il entre finalement au Directoire en mai 1799. Le régime est alors affaibli par les crises militaires, financières et politiques. Sieyès cherche une révision constitutionnelle, mais les procédures légales lui paraissent trop lentes. Il se rapproche des hommes favorables à un changement de régime.

Le 18 Brumaire et Bonaparte

Sieyès a besoin d’un général capable d’assurer l’opération. Après avoir envisagé plusieurs noms, il s’accorde avec Napoléon Bonaparte, revenu d’Égypte. Les journées des 18 et 19 Brumaire an VIII, les 9 et 10 novembre 1799, renversent le Directoire. Sieyès démissionne avec Roger Ducos tandis que les Conseils sont transférés à Saint-Cloud. L’intervention militaire et la dispersion du Conseil des Cinq-Cents ouvrent la voie au Consulat.

Sieyès devient l’un des trois consuls provisoires et prépare un projet constitutionnel complexe. Il imagine une hiérarchie de listes de confiance, un « grand électeur » placé au sommet de l’État et plusieurs organes chargés de distribuer les fonctions. Bonaparte rejette les éléments qui limiteraient son pouvoir et impose une Constitution de l’an VIII donnant la prééminence au Premier consul. Sieyès, écarté du véritable exécutif, accepte la présidence du Sénat conservateur et le domaine de Crosne.

Coup d’État du 18 Brumaire au Conseil des Cinq-Cents à Saint-Cloud
Bonaparte face aux députés du Conseil des Cinq-Cents lors du coup d’État du 18 Brumaire. Dessin de Jean-Baptiste Lesueur / Wikimedia Commons, CC0.

Sénateur, comte et académicien

Sous le Consulat puis l’Empire, Sieyès siège au Sénat et en devient président. Il est nommé grand officier de la Légion d’honneur, puis grand-croix, et reçoit le titre de comte de l’Empire en 1808. Son rôle politique actif se réduit, mais il demeure une autorité intellectuelle et institutionnelle. Membre de l’Institut dès 1795, il est élu en 1803 à la deuxième classe, future Académie française, au fauteuil précédemment occupé par Jean-Sylvain Bailly.

En 1814, il vote la déchéance de Napoléon. La seconde Restauration lui est néanmoins hostile en raison de son vote régicide lors du procès de Louis XVI. La loi de 1816 contre les régicides le contraint à l’exil. Il s’installe à Bruxelles et perd son fauteuil académique. Il ne rentre en France qu’après la révolution de Juillet 1830. En 1832, il retrouve une place à l’Institut, au sein de l’Académie des sciences morales et politiques.

Les dernières années

Sieyès passe ses dernières années à Paris, retiré de la vie politique quotidienne mais attentif aux évolutions du régime représentatif. Il meurt le 20 juin 1836, à 88 ans. Son inhumation au Père-Lachaise clôt un parcours qui traverse l’Ancien Régime, la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet.

Son œuvre ne forme pas un système philosophique achevé, mais elle a fourni plusieurs notions fondamentales au vocabulaire constitutionnel moderne. L’idée de nation comme source de toute souveraineté, la distinction entre pouvoir constituant et pouvoirs constitués, ainsi que sa défense du gouvernement représentatif ont exercé une influence durable. Son parcours reste toutefois indissociable de ses choix politiques : le vote de la mort de Louis XVI, la prudence sous la Terreur et sa participation au 18 Brumaire révèlent un théoricien soucieux d’ordre autant que de transformation.

Principaux écrits d’Emmanuel-Joseph Sieyès

  • Essai sur les privilèges (1788).
  • Qu’est-ce que le Tiers-État ? (1789).
  • Vues sur les moyens d’exécution dont les représentants de la France pourront disposer en 1789.
  • Préliminaire de la Constitution. Reconnaissance et exposition raisonnée des droits de l’homme et du citoyen (1789).
  • Dire de l’abbé Sieyès sur la question du veto royal (1789).

Fonctions et distinctions

  • Député aux États généraux et à l’Assemblée nationale constituante.
  • Député à la Convention nationale et président de la Convention.
  • Membre du Conseil des Cinq-Cents.
  • Ambassadeur de France à Berlin.
  • Membre du Directoire puis consul provisoire.
  • Président du Sénat conservateur et comte de l’Empire.
  • Membre de l’Institut, de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques.
  • Grand-croix de la Légion d’honneur.