Catégories
Tombe

PAPUS

Qui est Papus ?

Nom complet : Gérard Anaclet Vincent Encausse, dit Papus.
Naissance : 13 juillet 1865 (La Corogne, Espagne).
Mort : 25 octobre 1916 (Paris, France) à 51 ans.
Activités principales : médecin, écrivain, occultiste et organisateur du martinisme moderne.

Où se trouve la tombe de Papus ?

Papus est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, division 93. Sa concession porte le numéro 3 C 1904.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan général des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Papus au Père-Lachaise

La sépulture se présente comme un tombeau de pierre sobre, fermé par une dalle et surmonté d’une croix. L’inscription principale identifie Gérard Encausse sous le nom de Papus et rappelle ses trois visages publics : médecin, philosophe et écrivain. Elle mentionne aussi sa fonction de grand maître de l’Ordre martiniste.

Le monument est également lié à la mémoire de son fils, le docteur Philippe Encausse (1906-1984), qui contribua après la Seconde Guerre mondiale à faire revivre le martinisme en France et à préserver l’héritage intellectuel de son père.

Tombe de Papus au Père-Lachaise
Vue d’ensemble de la tombe de Papus, division 93. Photo : Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Croix et inscriptions de la tombe de Papus
Détail de la croix et du monument funéraire de Papus. Photo : Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Papus

Gérard Encausse naît le 13 juillet 1865 à La Corogne, en Galice. Son père, Louis Encausse, est un chimiste français ; sa mère est espagnole. La famille s’installe à Paris alors qu’il est encore enfant. Il y reçoit sa formation et grandit dans une capitale où se croisent, à la fin du XIXe siècle, le positivisme scientifique, les nouvelles pratiques médicales, le spiritisme et un puissant regain d’intérêt pour les traditions ésotériques.

Un étudiant en médecine attiré par les sciences occultes

Encausse entreprend des études de médecine et fréquente les hôpitaux parisiens. Il s’intéresse à l’anatomie, à l’histologie et aux méthodes thérapeutiques de son époque, mais refuse de séparer entièrement l’étude du corps de celle de la psychologie et des croyances. Il obtient son doctorat après une thèse consacrée aux analogies histologiques entre les organes. Dans sa pratique, il recourt aussi à des méthodes alors discutées ou périphériques, comme l’hypnose, l’électrothérapie, l’homéopathie et la dosimétrie.

Avec son père, il participe à un établissement de soins rue Rodier, à Paris, où sont proposés bains, massages et fumigations. Il consulte également à Tours. Ses écrits montrent toutefois que son ambition dépasse la médecine clinique : il cherche une vision globale de l’être humain, reliant le physique, le psychique et le spirituel. Cette volonté de synthèse devient le fil conducteur de toute son œuvre.

Portrait gravé de Gérard Encausse dit Papus
Portrait de Gérard Encausse, dit Papus. Bibliothèque interuniversitaire de Santé, via Wikimedia Commons, Licence Ouverte 1.0.

La naissance de « Papus »

Au milieu des années 1880, le jeune médecin lit Éliphas Lévi, Louis Lucas et les auteurs qui ont renouvelé en France l’étude de la magie, de la kabbale et du symbolisme. Il adopte le pseudonyme de Papus, nom emprunté au Nuctaméron attribué à Apollonius de Tyane, où il désigne un génie associé à la médecine. Ce choix résume son projet : faire dialoguer la pratique du médecin avec une philosophie initiatique de la nature et de l’homme.

Il adhère en 1887 à la Société théosophique, mais s’en éloigne quelques années plus tard. Il reproche à son orientation de privilégier les traditions orientales au détriment des courants occidentaux. Autour de lui se forme bientôt un milieu très actif où se rencontrent Stanislas de Guaita, Joséphin Péladan, François-Charles Barlet, Lucien Chamuel et de nombreux chercheurs indépendants. Papus excelle moins comme érudit solitaire que comme animateur : il fonde des groupes, lance des revues, organise des cours et met des personnes en relation.

Papus à sa table de travail
Portrait du docteur Gérard Encausse, dit Papus, peint en 1899 par Auguste-Émile Deslandes. Wikimedia Commons, domaine public.

Revues, enseignement et réseaux ésotériques

En 1888, il fonde la revue L’Initiation, destinée à diffuser des travaux sur le spiritisme, la franc-maçonnerie, le magnétisme et les traditions ésotériques. Il anime aussi Le Voile d’Isis. Ces périodiques jouent un rôle essentiel : ils offrent une tribune à plusieurs générations d’auteurs et donnent à un public cultivé accès à des sujets jusque-là dispersés dans des cercles confidentiels.

Le Groupe indépendant d’études ésotériques, créé en 1889, coordonne conférences et enseignements. Il devient ensuite la Faculté libre des sciences hermétiques. On y aborde l’histoire des religions, la kabbale, l’alchimie, le tarot et la philosophie hermétique. Papus participe parallèlement à l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, fondé autour de Stanislas de Guaita. Son activité débordante lui vaut parfois le surnom de « Balzac de l’occultisme ». Cette fécondité suscite aussi des critiques : certains spécialistes lui reprochent des synthèses trop rapides ou une érudition inégale, notamment dans ses exposés de la kabbale.

Couverture de la revue L’Initiation fondée par Papus
Couverture de L’Initiation en 1894, revue fondée par Papus. Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

La constitution de l’Ordre martiniste

Le nom de Papus reste surtout attaché au renouveau du martinisme. En 1888, Gérard Encausse et Augustin Chaboseau confrontent les transmissions initiatiques qu’ils disent avoir reçues séparément. Ils décident d’unir leurs filiations et de structurer un ordre inspiré de Louis-Claude de Saint-Martin, philosophe mystique du XVIIIe siècle surnommé le « Philosophe inconnu ». En 1891, un Suprême Conseil est constitué et Papus est choisi comme grand maître.

Sous son impulsion, des loges et groupes martinistes apparaissent en France puis à l’étranger. L’organisation se veut accessible à des hommes et à des femmes et insiste sur le perfectionnement intérieur, l’étude et la fraternité. Papus correspond avec des disciples dans de nombreux pays et transforme un héritage jusqu’alors transmis dans de petits cercles en un mouvement international. Il ne faut cependant pas confondre ce martinisme moderne avec toutes les organisations qui ont ensuite repris ce nom : elles se sont divisées, réorganisées et parfois opposées après sa mort.

Un auteur populaire du tarot et de la magie

Papus publie une quantité exceptionnelle de livres, brochures, articles et almanachs. Son Traité élémentaire de science occulte, paru en 1888, expose sous une forme pédagogique les correspondances qu’il établit entre l’homme, la nature et le cosmos. Le Tarot des Bohémiens, publié l’année suivante, contribue à diffuser une lecture occultiste du tarot. L’ouvrage connaît plusieurs traductions et exerce une influence durable sur les pratiques ésotériques du XXe siècle, même si ses hypothèses historiques sur l’origine des cartes ne sont plus retenues par la recherche moderne.

Dans ses livres, Papus aime les tableaux, les schémas et les classifications. Il veut rendre lisibles des traditions complexes et proposer au lecteur une méthode graduée. Cette dimension pédagogique explique une part de son succès. Elle explique aussi les réserves de ses adversaires, qui voient dans ses rapprochements entre médecine, symbolisme, traditions religieuses et analogies naturelles une construction spéculative plutôt qu’une démonstration scientifique.

Page de titre du Tarot des Bohémiens de Papus
Page de titre de l’édition anglaise de 1892 du Tarot des Bohémiens de Papus. Wikimedia Commons, domaine public.

Voyages en Russie : histoire et légendes

La réputation de Papus lui ouvre les portes de milieux aristocratiques européens. Il voyage en Russie, notamment en 1901 avec le guérisseur lyonnais Nizier Anthelme Philippe, dit Maître Philippe. Ils sont introduits auprès de membres de la famille impériale, et Papus rencontre l’impératrice Alexandra. Ces séjours ont nourri de nombreuses histoires : on lui a notamment attribué une séance au cours de laquelle il aurait évoqué le tsar Alexandre III devant Nicolas II. Les sources solides ne permettent pas de tenir cet épisode spectaculaire pour un fait établi. Il appartient davantage à la légende construite autour de l’occultiste qu’à sa biographie vérifiable.

Papus n’en joue pas moins un rôle réel de passeur entre les cercles français et russes. Ses ouvrages circulent, des groupes martinistes s’organisent et sa conception d’un ésotérisme chrétien occidental trouve des lecteurs au-delà de la France. En 1908, il participe à l’organisation à Paris d’un grand congrès réunissant des représentants de sociétés spiritualistes et maçonniques. L’événement illustre son talent pour fédérer, mais aussi la diversité parfois contradictoire des courants qu’il cherche à rapprocher.

Le médecin, la famille et la transmission

Derrière le personnage public, Gérard Encausse demeure un praticien soucieux de soulager ses patients. Ses méthodes reflètent une époque où l’hypnose, le magnétisme et certaines thérapeutiques électriques côtoient les progrès rapides de la médecine expérimentale. Il ne convient donc ni de présenter toutes ses propositions comme scientifiquement validées, ni de réduire son activité médicale à un simple décor : il a reçu une formation régulière et exercé comme médecin.

Il épouse Jeanne Robert. Leur fils Philippe Encausse, né en 1906, devient lui aussi médecin et joue plus tard un rôle majeur dans la conservation des archives et la réorganisation du mouvement martiniste. Cette continuité familiale contribue à fixer la mémoire de Papus, dont les livres continuent d’être réédités bien après sa disparition.

La guerre, l’épuisement et la mort

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Papus sert comme médecin militaire. Il est affecté sur le front et soigne les soldats dans des conditions éprouvantes. Sa santé, déjà fragilisée par le diabète, se dégrade. Rendu à la vie civile, il meurt à Paris le 25 octobre 1916, à l’âge de 51 ans. Ses proches et ses disciples voient dans cet épuisement la conséquence d’un engagement médical sans mesure pendant le conflit.

Sa disparition désorganise les réseaux qu’il avait patiemment fédérés. Plusieurs héritiers revendiquent ensuite sa filiation et donnent naissance à des branches distinctes du martinisme. Malgré ces divisions, son empreinte demeure profonde : Papus a façonné le vocabulaire, les formes d’enseignement et l’imaginaire de l’ésotérisme francophone moderne. Son œuvre documente aussi une période singulière où médecins, écrivains, artistes et chercheurs de spiritualité partageaient parfois les mêmes revues et les mêmes salons.

Papus médecin militaire pendant la Première Guerre mondiale
Portrait du docteur Gérard Encausse, dit Papus, en uniforme de médecin militaire. Wikimedia Commons, domaine public.

Œuvres principales de Papus

  • Traité élémentaire de science occulte (1888)
  • Le Tarot des Bohémiens (1889)
  • Traité méthodique de science occulte (1891)
  • La Cabbale, tradition secrète de l’Occident (1892)
  • La Science des mages (1892)
  • Traité élémentaire de magie pratique (1893)
  • L’Âme humaine avant la naissance et après la mort (1898)
  • Martinésisme, willermosisme, martinisme et franc-maçonnerie (1899)
  • L’Occultisme et le Spiritualisme (1902)
  • Le Tarot divinatoire (1909)
  • Ce que doit savoir un maître maçon (1910)

Fonctions et héritage

  • Cofondateur et grand maître de l’Ordre martiniste moderne.
  • Fondateur de la revue L’Initiation et animateur du Voile d’Isis.
  • Fondateur du Groupe indépendant d’études ésotériques, devenu Faculté libre des sciences hermétiques.
  • Membre actif de l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.
  • Médecin et médecin militaire pendant la Première Guerre mondiale.
  • Auteur majeur de la vulgarisation occultiste francophone à la charnière des XIXe et XXe siècles.