Catégories
Tombe

OUSSEKINE Malik

Qui est Malik Oussekine ?

Nom complet : Malik Oussekine.
Naissance : 16 octobre 1964 (Versailles, France).
Mort : 6 décembre 1986 (Paris, France) à 22 ans.
Activité : Étudiant à l’École supérieure des professions immobilières.
Notoriété : Victime de violences policières commises après une manifestation étudiante contre le projet de loi Devaquet.

Où se trouve la tombe de Malik Oussekine ?

La tombe de Malik Oussekine se trouve dans la division 75 du cimetière du Père-Lachaise, chemin Bernard, sur la première ligne.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 75
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise : Malik Oussekine repose dans la division 75.

Le monument funéraire de Malik Oussekine au Père-Lachaise

Le monument de Malik Oussekine adopte une architecture d’inspiration orientale. La stèle claire, surmontée d’un arc, porte son nom, ses années de naissance et de mort ainsi que plusieurs inscriptions consacrées à sa mémoire. On y lit notamment une citation évoquant les calamités inscrites dans un livre avant leur survenue, ainsi que la phrase : « Ils pourront couper toutes les fleurs, mais ils n’empêcheront pas la venue du printemps. » Une plaque offerte par la ville de Montluçon rappelle également son décès du 6 décembre 1986.

Vue générale de la tombe de Malik Oussekine au Père-Lachaise
Vue générale de la tombe de Malik Oussekine dans la division 75. Photographie : Nenea hartia, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Inscriptions et ornements de la tombe de Malik Oussekine
Détail des inscriptions et des ornements de la sépulture. Photographie : Nenea hartia, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Malik Oussekine

Un jeune Français d’origine algérienne

Malik Oussekine naît le 16 octobre 1964 dans une famille française d’origine algérienne. Il grandit à Meudon-la-Forêt, au sein d’une fratrie soudée. Son père, venu d’Algérie, exerce plusieurs métiers avant de mourir en 1978. Sa mère Aïcha et ses frères et sœurs occupent une place essentielle dans la vie du jeune homme, puis dans le combat pour établir les circonstances de sa mort.

Malik suit une formation à l’École supérieure des professions immobilières. Il est décrit par ses proches comme discret et réservé. Il souffre d’une grave insuffisance rénale et doit subir plusieurs séances de dialyse chaque semaine. L’un de ses frères entreprend les démarches nécessaires pour lui donner un rein. Cette maladie est une contrainte importante de son quotidien, mais elle ne résume ni sa personnalité ni les causes de son décès.

En décembre 1986, la France connaît sa première cohabitation. Jacques Chirac est Premier ministre, Charles Pasqua ministre de l’Intérieur et Robert Pandraud ministre délégué chargé de la Sécurité. Dans les universités, le projet de réforme présenté par Alain Devaquet suscite un mouvement massif. Les étudiants redoutent notamment une sélection accrue à l’entrée des établissements et une hausse des inégalités entre universités.

Le mouvement contre le projet Devaquet

À l’automne 1986, assemblées générales, grèves et manifestations se multiplient. Le mouvement s’étend aux lycéens et rassemble des centaines de milliers de jeunes. À Paris, les cortèges sont marqués par une tension croissante entre manifestants, groupes violents et forces de l’ordre. Les affrontements et les opérations de dispersion deviennent particulièrement durs dans le Quartier latin.

Manifestation étudiante contre le projet de loi Devaquet en 1986
Manifestation contre le projet de réforme universitaire Devaquet en 1986. Photographie : Franck Schneider, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Pour intervenir rapidement dans les rues, la police utilise notamment les pelotons de voltigeurs motocyclistes. Chaque moto transporte un conducteur et un policier muni d’une matraque, chargé de poursuivre les personnes qui se dispersent. Cette unité, mobile et difficile à contrôler dans des rues encombrées, est déjà critiquée pour la violence de ses interventions.

Dans la soirée du 5 décembre, une nouvelle manifestation se déroule à Paris. Malik Oussekine se trouve dans le Quartier latin, mais rien n’établit qu’il participe aux affrontements. Les éléments recueillis par l’enquête et les témoignages le présentent au contraire comme un jeune homme cherchant à échapper à la charge de policiers. Peu après minuit, il entre dans l’immeuble du 20, rue Monsieur-le-Prince.

La nuit du 5 au 6 décembre 1986

Paul Bayzelon, habitant de l’immeuble et fonctionnaire au ministère des Finances, ouvre la porte à Malik. Deux policiers du peloton de voltigeurs s’engouffrent dans le hall. Le jeune homme est frappé à coups de matraque et de pied. Il s’effondre. Les secours tentent de le ranimer, puis le transportent à l’hôpital Cochin, où sa mort est constatée.

Les premières communications officielles évoquent son insuffisance rénale, faisant naître l’idée que son état de santé aurait déterminé le décès. Les constatations médico-légales et les expertises établiront cependant le rôle causal des violences subies. Le fait que Malik soit malade ne retire rien à la responsabilité des coups portés. Cette précision deviendra centrale pour la famille, confrontée à des déclarations publiques qui semblent mettre en cause la victime.

La nouvelle se répand dès le matin du 6 décembre. Les récits du témoin, l’état du corps et le contexte de l’intervention policière provoquent une immense émotion. La mort de Malik Oussekine transforme la contestation universitaire en crise politique nationale. Elle révèle aussi brutalement les conséquences possibles de méthodes de maintien de l’ordre fondées sur la poursuite rapide et les coups.

Des marches silencieuses dans toute la France

Le 8 décembre, une marche silencieuse réunit plusieurs centaines de milliers de personnes à Paris. D’autres rassemblements ont lieu dans de nombreuses villes françaises. Étudiants, lycéens, enseignants, syndicats, responsables politiques et simples citoyens défilent en hommage à Malik. La retenue du cortège contraste avec les violences des jours précédents.

Marche silencieuse à Paris après la mort de Malik Oussekine
Marche silencieuse organisée à Paris après la mort de Malik Oussekine, décembre 1986. Photographie : Olivier Victor Marius Dumay, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Alain Devaquet démissionne et le gouvernement retire son projet de réforme universitaire. Le peloton des voltigeurs motocyclistes est dissous. Ces décisions ne réparent pas la perte subie par la famille Oussekine, mais elles montrent l’ampleur des conséquences politiques de l’affaire. Le nom de Malik devient inséparable de la mobilisation étudiante de 1986 et de la réflexion sur l’usage de la force par la police.

La mort d’Abdel Benyahia, un jeune homme tué par un policier quelques heures avant Malik, est également rappelée dans les mobilisations contre les violences policières. Les deux affaires ne suivent pas le même parcours judiciaire, mais leur proximité temporelle marque profondément cette fin d’année 1986.

Manifestation parisienne contre les violences policières en décembre 1986
Manifestation à Paris contre les violences policières après les morts d’Abdel Benyahia et de Malik Oussekine, décembre 1986. Photographie : Dulxolixb, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

L’enquête et le procès

La famille Oussekine se constitue partie civile. Elle est notamment défendue par les avocats Georges Kiejman et Bernard Dartevelle. L’enquête doit reconstituer une intervention très brève, identifier les policiers entrés dans le hall et déterminer le lien entre les coups et le décès. Le témoignage de Paul Bayzelon joue un rôle déterminant, tout comme les expertises médicales.

Deux policiers, le brigadier-chef Jean Schmitt et le gardien Christophe Garcia, comparaissent devant la cour d’assises de Paris en janvier 1990. Ils sont jugés pour des coups et blessures volontaires commis par des agents de la force publique dans l’exercice de leurs fonctions et ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le procès examine les actes individuels, mais aussi l’absence de préparation et la culture d’intervention des voltigeurs.

Le 28 janvier 1990, les deux hommes sont reconnus coupables. Jean Schmitt est condamné à cinq ans d’emprisonnement avec sursis et Christophe Garcia à deux ans avec sursis. La famille accueille ces peines comme une sanction de principe plutôt que comme l’aboutissement d’une vengeance. La décision affirme qu’un policier n’est pas au-dessus de la loi et que la violence illégitime commise au nom du maintien de l’ordre doit être jugée.

Une mémoire inscrite dans Paris

Au 20, rue Monsieur-le-Prince, une plaque commémorative rappelle aujourd’hui que Malik Oussekine est mort dans cet immeuble sous les coups de policiers. Le lieu est devenu un point de rassemblement lors des anniversaires de l’affaire et des mobilisations contre les violences policières. La tombe du Père-Lachaise constitue l’autre grand lieu de mémoire.

Plaque commémorative de Malik Oussekine rue Monsieur-le-Prince à Paris
Plaque commémorative apposée au 20, rue Monsieur-le-Prince, lieu de la mort de Malik Oussekine. Photographie : Sylvain Machefert, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Son nom continue d’être cité dans les débats sur les doctrines de maintien de l’ordre, la responsabilité de l’État et les relations entre la police et la population. Des manifestants l’inscrivent sur leurs pancartes aux côtés d’autres victimes. Cette présence ne confond pas des affaires séparées par des décennies : elle rappelle la continuité d’une exigence de vérité, de contrôle et de justice.

Hommage à Malik Oussekine lors d’une manifestation à Paris en 2023
Le nom de Malik Oussekine rappelé lors d’une manifestation parisienne en 2023. Photographie : Roland Godefroy, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

La série Oussekine, réalisée par Antoine Chevrollier et diffusée en 2022, raconte l’affaire à travers le parcours de la famille. La même année, le film Nos frangins de Rachid Bouchareb rapproche les histoires de Malik Oussekine et d’Abdel Benyahia. Ces œuvres ont rendu accessibles à une nouvelle génération les faits de décembre 1986 et le long combat des proches.

Malik Oussekine n’était ni un dirigeant politique ni une personnalité publique. Sa place dans l’histoire vient précisément de cette réalité : un étudiant de vingt-deux ans, étranger aux violences de la manifestation, a été poursuivi dans un hall privé et frappé mortellement par des policiers. La mobilisation, le procès et les commémorations ont empêché que sa mort soit réduite à un incident anonyme.

Œuvres consacrées à Malik Oussekine

  • Oussekine, mini-série réalisée par Antoine Chevrollier (2022).
  • Nos frangins, film de Rachid Bouchareb (2022).
  • Nombreux articles, documentaires radiophoniques et télévisés consacrés à l’affaire depuis 1986.

Repères judiciaires et commémoratifs

  • 6 décembre 1986 : mort de Malik Oussekine après une intervention de policiers du peloton de voltigeurs motocyclistes.
  • Décembre 1986 : marches silencieuses dans toute la France, retrait du projet Devaquet et dissolution des pelotons de voltigeurs.
  • 28 janvier 1990 : condamnation avec sursis de Jean Schmitt et Christophe Garcia.
  • Plaque commémorative au 20, rue Monsieur-le-Prince à Paris.
  • Sépulture mémorielle dans la division 75 du Père-Lachaise.