Qui est Benoît Malon ?
Nom complet : Benoît Malon.
Naissance : 23 juin 1841 (Précieux, France).
Mort : 13 septembre 1893 (Asnières-sur-Seine, France) à 52 ans.
Activité : journaliste, écrivain, militant ouvrier et homme politique socialiste.
Notoriété : membre de l’Association internationale des travailleurs et de la Commune de Paris, fondateur de La Revue socialiste et théoricien du socialisme intégral.
Où se trouve la tombe de Benoît Malon ?
La tombe de Benoît Malon se trouve dans la division 76 du cimetière du Père-Lachaise, face au Mur des Fédérés. Le monument, établi sur une concession accordée gratuitement par la Ville de Paris, porte le numéro 32 dans le relevé de l’association des Amis de Benoît Malon.

Le monument funéraire de Benoît Malon au Père-Lachaise
Benoît Malon fut incinéré après sa mort en 1893. Ses cendres reposèrent d’abord au columbarium avant d’être transférées, le 20 octobre 1910, vers leur emplacement définitif. Le monument actuel fut inauguré le 9 novembre 1913. Il est l’œuvre du sculpteur Albert Bartholomé, également auteur du grand Monument aux morts du Père-Lachaise.
La stèle de pierre est ornée d’un bas-relief de profil représentant Benoît Malon. Au-dessus du portrait apparaissent l’équerre et le compas entrelacés, symboles maçonniques, tandis que l’inscription centrale se limite à son nom et à ses dates : « Benoît Malon, 1841-1893 ». La sobriété de l’ensemble met l’accent sur le visage du militant et sur la dimension collective de sa mémoire.


Biographie de Benoît Malon
Une enfance paysanne dans le Forez
Benoît Malon naît le 23 juin 1841 à Précieux, village du Forez, dans une famille de journaliers agricoles. Son père meurt alors qu’il n’a que deux ans. La pauvreté familiale l’oblige à travailler dès l’enfance : il garde les troupeaux, devient berger, bouvier puis laboureur. Cette expérience directe du monde rural, de la précarité et de la dépendance envers les propriétaires marque durablement sa conception de la justice sociale.
Privé d’une scolarité régulière, il se forme tardivement. Vers dix-neuf ans, affaibli par le travail, il séjourne chez un frère instituteur et commence à apprendre méthodiquement à lire. L’autodidacte découvre alors des textes politiques et sociaux qui donnent des mots à ce qu’il a observé depuis l’enfance. Son désir d’instruction devient inséparable de son aspiration à transformer la condition des travailleurs.
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De Précieux aux ateliers de Puteaux
En 1863, Malon quitte le Forez et gagne Paris à pied. Il trouve du travail à Puteaux comme homme de peine, puis comme aide-teinturier. Ses journées sont celles d’un ouvrier ; ses nuits sont consacrées à la lecture. Les conflits sociaux de 1865 et 1866 lui donnent l’occasion de défendre publiquement ses camarades. Il découvre alors les organisations ouvrières qui cherchent à dépasser les solidarités de métier pour construire une action commune.
Henri Tolain l’introduit dans l’Association internationale des travailleurs, fondée à Londres en 1864. Malon contribue à organiser une section dans la région parisienne et se rapproche d’Eugène Varlin. En 1868, la répression contre l’Internationale lui vaut trois mois de prison à Sainte-Pélagie. Il met à profit cette détention pour compléter une culture acquise sans maître et pour approfondir les débats qui traversent le mouvement ouvrier.
Délégué au congrès de Bâle de l’Internationale en 1869, il défend la propriété collective et l’organisation des travailleurs. Il devient aussi journaliste à La Marseillaise. Au début de 1870, il soutient la grande grève des ouvriers du Creusot. Arrêté à la suite du troisième procès de l’Internationale, il est condamné à un an de prison, avant d’être libéré après la chute du Second Empire, le 4 septembre 1870.

Député puis membre de la Commune de Paris
Pendant le siège de Paris, Malon critique le gouvernement de la Défense nationale. Élu représentant de la Seine le 8 février 1871, il siège à l’extrême gauche de l’Assemblée nationale. Il vote contre les préliminaires de paix avec la Prusse, qui prévoient notamment la cession de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. Refusant d’accompagner cette politique, il démissionne dès le mois de mars et reprend ses responsabilités municipales dans le 17e arrondissement.
Après l’insurrection du 18 mars, il est élu au Conseil de la Commune par le 17e arrondissement. Il siège à la commission du Travail et de l’Échange, où les élus tentent d’apporter des réponses concrètes au chômage, aux loyers et à l’organisation des ateliers. Malon appartient à la minorité qui refuse la création d’un Comité de salut public, jugé trop autoritaire. Cette opposition témoigne de son attachement à une révolution sociale associée à des garanties démocratiques.
Durant la Semaine sanglante, il combat sur les barricades. Après la défaite de la Commune, il échappe à l’arrestation et est condamné à mort par contumace. Sa participation à l’événement devient un axe majeur de son œuvre : dès l’exil, il s’efforce d’en raconter les faits et d’en tirer des enseignements politiques, sans réduire le socialisme à la seule mémoire de l’insurrection.

L’exil avec André Léo
Benoît Malon gagne la Suisse avec la romancière et journaliste André Léo, pseudonyme de Léodile Béra. Compagne de lutte et de vie, elle partage avec lui l’engagement en faveur de la Commune tout en défendant avec force l’émancipation des femmes. À Genève, Malon exerce plusieurs métiers manuels et collabore avec d’autres proscrits, parmi lesquels Gustave Lefrançais et Raoul Urbain, à des journaux bientôt surveillés ou interdits par les autorités.
Il séjourne ensuite en Italie et observe les mouvements ouvriers européens. L’exil élargit son horizon intellectuel : il confronte les traditions révolutionnaires françaises aux débats internationaux sur le collectivisme, le mutualisme, l’action politique et les coopératives. Il publie des récits consacrés à la Commune, dont La Troisième Défaite du prolétariat français, et se fait progressivement connaître comme un penseur capable de relier l’expérience militante à une réflexion historique.
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Le retour en France et les divisions socialistes
L’amnistie des communards lui permet de rentrer en France en 1880. Le mouvement socialiste se reconstruit alors dans un paysage profondément divisé. Malon participe au Parti ouvrier et préside en 1882 le congrès de Saint-Étienne, marqué par la rupture entre les partisans de Jules Guesde et les socialistes dits possibilistes de Paul Brousse. Sans s’enfermer durablement dans une organisation, il cherche une voie capable d’articuler réformes immédiates, action politique et transformation sociale.
Son socialisme se veut à la fois collectiviste, républicain et moral. Il refuse que l’émancipation soit pensée uniquement comme un changement économique : elle doit aussi transformer l’éducation, la famille, les relations entre les sexes et la vie civique. Cette démarche, parfois qualifiée de socialisme intégral, cherche à rassembler les différentes traditions socialistes plutôt qu’à imposer une orthodoxie unique. Elle lui vaut une influence qui dépasse les frontières des partis.
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La Revue socialiste et le socialisme intégral
En 1885, Benoît Malon fonde avec Élie Peyron La Revue socialiste, dont il devient le rédacteur-gérant et la principale figure intellectuelle. La publication accueille des sensibilités diverses et offre un espace de discussion à une famille politique encore fragmentée. Elle aborde aussi bien l’économie, l’histoire et la philosophie que les luttes ouvrières, les coopératives et la législation sociale.
Malon publie de nombreux essais, traductions et études. Dans Le Socialisme intégral, son œuvre théorique la plus ambitieuse, il expose un projet qui ne sépare pas la question sociale de l’éthique et de la démocratie. Sa Morale sociale poursuit cette réflexion sur les devoirs réciproques de l’individu et de la collectivité. Son écriture conserve la marque de son parcours : celle d’un ancien berger et ouvrier devenu journaliste, historien et théoricien par un long travail autodidacte.
Affaibli par la maladie, Benoît Malon meurt le 13 septembre 1893 à Asnières-sur-Seine. Ses funérailles, le 17 septembre, rassemblent environ dix mille personnes jusqu’au Père-Lachaise. Le cortège manifeste l’estime dont il jouit au-delà des différentes écoles socialistes. Jean Jaurès reconnaîtra l’importance de sa tentative pour unir l’idéal révolutionnaire, la tradition républicaine et une conception humaniste du progrès social.
Œuvres principales
- La Troisième Défaite du prolétariat français (1871).
- Histoire du socialisme (1882-1884).
- Le Nouveau Parti (1881).
- Le Socialisme intégral (deux volumes, 1890-1891).
- La Morale sociale (publication posthume, 1894).
- Fondation et direction de La Revue socialiste à partir de 1885.
Distinctions et fonctions
- Membre de l’Association internationale des travailleurs.
- Représentant de la Seine à l’Assemblée nationale en 1871.
- Élu du 17e arrondissement au Conseil de la Commune de Paris.
- Membre de la commission du Travail et de l’Échange de la Commune.
- Président du congrès socialiste de Saint-Étienne en 1882.
- Fondateur et directeur de La Revue socialiste.