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LATREILLE Pierre-André

Qui est Pierre-André Latreille ?

Nom complet : Pierre-André Latreille.
Naissance : 29 novembre 1762 (Brive-la-Gaillarde, France).
Mort : 6 février 1833 (Paris, France) à 70 ans.
Activité : entomologiste, zoologiste et professeur.
Notoriété : pionnier de la classification naturelle des arthropodes, membre de l’Académie des sciences et professeur au Muséum national d’histoire naturelle.

Surnommé par Johan Christian Fabricius le « prince de l’entomologie », Pierre-André Latreille transforma l’étude des insectes, des crustacés et des arachnides en discipline scientifique structurée. Son destin reste aussi associé à un épisode célèbre : un coléoptère observé dans sa prison lui aurait permis d’échapper à la déportation pendant la Révolution.

Où se trouve la tombe de Pierre-André Latreille ?

La tombe de Pierre-André Latreille se trouve dans la division 39 du cimetière du Père-Lachaise, avenue Transversale n°1.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 39
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe de Pierre-André Latreille se situe dans la division 39. Pere-Lachaise.com.

Le monument funéraire de Pierre-André Latreille au Père-Lachaise

Élevé grâce à une souscription ouverte par la Société entomologique de France après la mort du savant, le monument prend la forme d’un obélisque d’environ 2,70 mètres. Il est dominé par un buste en bronze de Latreille, daté de 1833 et signé par le sculpteur Louis-Parfait Merlieux. Le naturaliste est représenté dans une attitude grave, vêtu selon les usages académiques de son époque.

Les différentes faces de la stèle rappellent ses principales publications et ses fonctions au Muséum et à l’Institut. Une inscription latine rend hommage à la nécrobie à col roux qui aurait contribué à sauver sa vie en 1793 : « Necrobia ruficollis Latreillii salus ». Le monument associe ainsi le portrait du savant, son œuvre écrite et l’insecte devenu symbole de sa destinée.

Vue générale du monument funéraire de Pierre-André Latreille
Vue générale de la tombe de Pierre-André Latreille, division 39. Photo Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Épitaphe de la tombe de Pierre-André Latreille
Détail des inscriptions du monument de Pierre-André Latreille. Photo Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Biographie de Pierre-André Latreille

Pierre-André Latreille naît le 29 novembre 1762 à Brive, aujourd’hui Brive-la-Gaillarde. Fils naturel de Jean-Joseph Sahuguet d’Amarzit, baron d’Espagnac, et d’une mère dont l’identité n’est pas établie, il n’est pas reconnu par son père. Recueilli dès sa naissance, il grandit dans des conditions modestes, mais bénéficie de protections qui lui permettent de recevoir une instruction. Le nom de Latreille ne lui sera officiellement attribué qu’en 1813.

De Brive aux études religieuses

Après ses premières études à Brive, il est envoyé en 1778 au collège du Cardinal-Lemoine à Paris. Son protecteur souhaite le destiner à l’Église. Latreille poursuit sa formation au grand séminaire de Limoges à partir de 1780 et devient diacre en 1786. Il signe parfois ses lettres « l’abbé Latreille », bien qu’il semble avoir très peu exercé de fonctions religieuses.

Parallèlement, l’histoire naturelle l’attire de plus en plus. À Paris, il visite le Jardin du Roi, observe les insectes des environs et suit les cours de botanique de René Just Haüy. Le minéralogiste l’introduit auprès de Jean-Baptiste de Lamarck. Ces rencontres lui donnent accès au monde savant, encore largement organisé autour des cabinets, des collections privées et des réseaux de correspondance.

Portrait de Pierre-André Latreille en 1821
Portrait lithographié de Pierre-André Latreille par Julien-Léopold Boilly, 1821. Rijksmuseum, Wikimedia Commons, CC0.

Les premiers travaux d’entomologie

De retour à Brive, Latreille consacre son temps libre aux insectes. Il collecte, compare et décrit les spécimens avec une attention particulière aux caractères anatomiques permettant de les regrouper. En 1788, il revient à Paris. Son Mémoire sur les mutilles découvertes en France, présenté à la Société d’histoire naturelle, le fait connaître des naturalistes.

Son objectif dépasse la simple accumulation de descriptions. Il cherche un ordre naturel, fondé sur des caractères partagés et hiérarchisés. Cette ambition répond à un problème central de la zoologie du XVIIIe siècle : comment organiser la diversité croissante des espèces rapportées par les voyageurs et conservées dans les collections européennes ?

La Révolution et l’insecte salvateur

La Révolution française bouleverse sa vie. Comme ecclésiastique ayant refusé le serment exigé du clergé, Latreille est arrêté et emprisonné à Bordeaux. Il doit être déporté en Guyane avec d’autres prêtres réfractaires. C’est alors que se place l’épisode le plus célèbre de sa biographie. Dans sa cellule, il observe un petit coléoptère aux couleurs remarquables, la nécrobie à col roux, aujourd’hui nommée Necrobia ruficollis.

Un médecin de la prison, intrigué par l’importance que Latreille accorde à l’insecte, fait transmettre le spécimen à un naturaliste local. La compétence du prisonnier est reconnue et des interventions permettent sa libération. Le navire qui transporte les autres déportés fait ensuite naufrage. Latreille racontera volontiers qu’il doit sa vie à l’insecte, événement que son monument funéraire commémore explicitement.

Planche ancienne représentant des coléoptères du genre Necrobia
Planche de coléoptères comprenant le genre Necrobia, publiée dans The British Coleoptera delineated en 1840. Biodiversity Heritage Library, Wikimedia Commons, domaine public.

Le Précis et la naissance d’une méthode

En 1796, Latreille publie à ses frais le Précis des caractères génériques des insectes, disposés dans un ordre naturel. L’ouvrage marque une étape décisive. Il ne classe plus seulement les insectes d’après un caractère isolé, mais combine plusieurs éléments de leur organisation. Ses groupes gagnent ainsi en cohérence et facilitent l’identification.

Le grand entomologiste danois Johan Christian Fabricius reconnaît rapidement la valeur de cette méthode et qualifie Latreille de « prince de l’entomologie ». La réputation acquise par le Précis ouvre au Français les portes des institutions scientifiques. Malgré une nouvelle période d’assignation à résidence en 1797 et la confiscation de ses livres, ses protecteurs interviennent en sa faveur.

L’entrée au Muséum

En 1798, Latreille devient aide-naturaliste au Muséum national d’histoire naturelle. Il travaille auprès de Lamarck et reçoit la charge d’ordonner les collections d’arthropodes. La tâche est immense : il faut identifier les spécimens, comparer les descriptions publiées, établir des séries et définir des groupes utilisables par les chercheurs.

Cette activité de collection est indissociable de son œuvre théorique. Les spécimens lui fournissent la matière de classifications plus précises, tandis que ses ouvrages donnent aux collections un cadre intelligible. Il publie notamment l’Histoire naturelle, générale et particulière des crustacés et des insectes, vaste ensemble paru entre 1802 et 1805 dans la continuation de Buffon dirigée par Sonnini.

Page de titre de l’Histoire naturelle des fourmis de Latreille
Page de titre de l’Histoire naturelle des fourmis de Pierre-André Latreille, 1802. Biblioteca Europea di Informazione e Cultura, Wikimedia Commons, domaine public.

Une œuvre au service de la classification

Latreille multiplie les travaux. Les quatre volumes des Genera crustaceorum et insectorum, publiés de 1806 à 1809, approfondissent son système. Il établit ou précise de nombreux groupes d’arthropodes et impose une terminologie qui contribue à stabiliser la discipline. Plusieurs noms de grands ensembles, dont les arachnides et les crustacés dans leur acception zoologique moderne, restent liés à son travail.

Son autorité repose sur sa capacité à synthétiser une documentation considérable. Il collabore aux dictionnaires d’histoire naturelle et rédige des centaines d’articles. Georges Cuvier lui confie la partie consacrée aux crustacés, arachnides et insectes de son Règne animal, publié à partir de 1817. C’est la seule grande partie de cet ouvrage que Cuvier ne rédige pas lui-même.

Académie des sciences et enseignement

Après la mort de Guillaume-Antoine Olivier, Latreille est élu en 1814 à l’Institut, puis devient membre de l’Académie des sciences lors de sa réorganisation en 1816. Son prestige dépasse alors la France. Il appartient à plusieurs sociétés savantes étrangères et est élu en 1819 à l’American Philosophical Society de Philadelphie.

À mesure que Lamarck perd la vue, Latreille assume davantage de responsabilités d’enseignement et de recherche. Il enseigne aussi la zoologie à l’École vétérinaire d’Alfort. En 1821, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. Ses cours forment une nouvelle génération d’entomologistes, parmi lesquels Jean-Victor Audouin, Audinet-Serville et Félix Édouard Guérin-Méneville.

Galerie du Muséum national d’histoire naturelle au Jardin des Plantes
Galerie de paléontologie et d’anatomie comparée du Muséum au Jardin des Plantes, où l’œuvre de Latreille demeure représentée. Photo Lionel Allorge, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

La chaire des crustacés et des insectes

En 1825, Latreille publie Familles naturelles du règne animal. Il y reprend l’ensemble de la classification zoologique et distingue notamment les amphibiens des reptiles, en suivant les travaux d’Alexandre Brongniart. Le livre montre que son intérêt ne se limite pas aux insectes : il cherche à comprendre les rapports entre les grands groupes animaux.

À la mort de Lamarck en 1829, l’ancienne chaire des invertébrés du Muséum est divisée. En 1830, Latreille obtient la nouvelle chaire consacrée aux crustacés, arachnides et insectes, tandis que Henri-Marie Ducrotay de Blainville prend en charge les mollusques et les vers. Cette nomination consacre plus de trente années de travail au sein de l’établissement.

La Société entomologique de France

En 1832, Latreille participe avec son ami Bory de Saint-Vincent à la fondation de la Société entomologique de France. Il en devient le premier président d’honneur. La création de cette société montre combien l’entomologie s’est institutionnalisée depuis ses débuts : les collectionneurs isolés disposent désormais d’un lieu où publier, comparer leurs observations et établir des règles communes.

Sa signature apparaît au bas de nombreux manuscrits, mémoires et descriptions. Derrière l’abondance de ses textes se trouve une méthode constante : partir de l’observation précise, comparer les structures et construire des groupes aussi naturels que possible.

Signature de Pierre-André Latreille
Signature de Pierre-André Latreille. Wikimedia Commons, domaine public.

Les dernières années

L’épidémie de choléra qui frappe Paris en 1832 conduit Latreille à quitter temporairement la capitale. Il démissionne de son poste au Muséum afin de s’installer à la campagne, puis revient à Paris en novembre. Malade, il meurt le 6 février 1833, à soixante-dix ans. Il n’a pas d’enfant, mais laisse une nièce qu’il avait adoptée.

La Société entomologique ouvre aussitôt une souscription pour élever son tombeau. Le monument du Père-Lachaise résume avec une rare précision sa vie scientifique : le buste de Merlieux, la liste des ouvrages et la figure de la nécrobie associent le savant, sa méthode et l’épisode qui avait décidé de son destin. Ses classifications ont depuis été profondément révisées, mais son rôle dans l’organisation moderne de la zoologie des arthropodes demeure essentiel.

Œuvres principales

  • Précis des caractères génériques des insectes, disposés dans un ordre naturel (1796)
  • Histoire naturelle des fourmis (1802)
  • Histoire naturelle, générale et particulière des crustacés et des insectes (1802-1805)
  • Genera crustaceorum et insectorum (1806-1809)
  • Partie « Crustacés, arachnides et insectes » du Règne animal de Georges Cuvier (1817)
  • Considérations générales sur l’ordre naturel des animaux (1810)
  • Familles naturelles du règne animal (1825)
  • Cours d’entomologie (1831)

Distinctions et fonctions

  • Aide-naturaliste puis professeur au Muséum national d’histoire naturelle
  • Membre de l’Institut à partir de 1814
  • Membre de l’Académie des sciences de 1816 à 1833
  • Membre de l’American Philosophical Society à partir de 1819
  • Chevalier de la Légion d’honneur en 1821
  • Professeur de zoologie à l’École vétérinaire d’Alfort
  • Titulaire de la chaire des crustacés, arachnides et insectes au Muséum de 1830 à 1833
  • Membre fondateur et premier président d’honneur de la Société entomologique de France en 1832