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LA FONTAINE Jean de

Qui est Jean de La Fontaine ?

Nom complet : Jean de La Fontaine.
Naissance : 8 juillet 1621 (Château-Thierry, France).
Mort : 13 avril 1695 (Paris, France) à 73 ans.
Activité : poète, fabuliste, conteur et auteur dramatique français.
Notoriété : auteur des Fables choisies mises en vers, l’un des ensembles poétiques les plus lus de la littérature française.

Où se trouve la tombe de Jean de La Fontaine ?

La tombe de Jean de La Fontaine se trouve dans la division 25 du cimetière du Père-Lachaise, en bordure du chemin Molière et La Fontaine, à proximité immédiate du monument de Molière.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 25
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe de Jean de La Fontaine se situe dans la division 25.

Le monument funéraire de Jean de La Fontaine au Père-Lachaise

Élevé en 1817, le monument de Jean de La Fontaine forme avec celui de Molière un ensemble immédiatement reconnaissable, entouré d’une haute grille de fonte ornée de fleurons. Le tombeau prend la forme d’un cénotaphe de pierre. Ses faces latérales portent des bas-reliefs en fonte inspirés de deux fables : Le Loup et la Cigogne d’un côté, Le Loup et l’Agneau de l’autre. Le décor associe ainsi directement la mémoire de l’écrivain aux animaux et aux récits qui ont assuré sa renommée.

Une longue inscription latine présente La Fontaine comme l’unique moderne capable de rivaliser avec les fabulistes antiques Babrius et Phèdre. Elle rappelle également l’intervention du préfet de la Seine, Gaspard de Chabrol de Volvic, qui fit placer dans le monument le corps transféré d’un autre lieu.

La Fontaine avait été enterré en 1695 au cimetière des Saints-Innocents. À la Révolution, des ossements qui lui furent attribués furent recueillis puis conservés au musée des Monuments français d’Alexandre Lenoir. Après la fermeture de ce musée, ils furent transportés au Père-Lachaise en 1817 avec les restes présumés de Molière. L’identification de ces dépouilles demeure incertaine : le monument doit donc être compris à la fois comme une sépulture et comme un lieu de mémoire littéraire. Il est classé au titre des monuments historiques depuis 1983.

Vue générale du monument funéraire de Jean de La Fontaine
Vue générale du monument funéraire de Jean de La Fontaine, division 25. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Bas-relief sur la tombe de Jean de La Fontaine
Détail du monument de La Fontaine et de son décor inspiré de ses fables, photographié en 2024. Photo : Chabe01 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Jean de La Fontaine

Jean de La Fontaine naît le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, en Champagne, dans une famille de la bourgeoisie provinciale. Son père, Charles de La Fontaine, exerce la charge de maître des Eaux et Forêts et capitaine des chasses du duché de Château-Thierry ; sa mère, Françoise Pidoux, appartient à une famille de magistrats. L’enfant grandit dans un environnement où la campagne, les bois, les rivières, les métiers et les rapports sociaux du monde rural font partie de la vie quotidienne. Ces réalités fourniront plus tard une matière concrète à son imagination.

De Château-Thierry aux études parisiennes

Sa formation est d’abord classique. Il apprend le latin, lit les auteurs anciens et acquiert cette familiarité avec Ésope, Phèdre, Horace et Virgile qui nourrira toute son œuvre. En 1641, il entre à l’Oratoire à Paris avec l’idée d’une vocation religieuse, mais renonce après environ dix-huit mois. Il se tourne ensuite vers le droit et fréquente un cercle de jeunes lettrés où il rencontre notamment Antoine Furetière.

Reçu avocat au Parlement de Paris en 1649, La Fontaine ne semble pourtant guère attiré par une carrière juridique régulière. Sa véritable initiation littéraire passe par la lecture des poètes français et italiens, en particulier Malherbe, Voiture, Rabelais, Marot et l’Arioste. Il cherche longtemps sa voie, passant d’un genre à l’autre avant de découvrir la forme dans laquelle son talent trouvera son plein accomplissement.

Portrait de Jean de La Fontaine par Hyacinthe Rigaud
Jean de La Fontaine peint par Hyacinthe Rigaud vers 1680. Musée Carnavalet – Paris Musées / Wikimedia Commons, domaine public.

Un mariage sans véritable vie commune

En 1647, il épouse Marie Héricart, âgée de quatorze ans et demi, issue elle aussi d’une famille de magistrats de Château-Thierry. Leur fils Charles naît en 1653. Le mariage apporte des biens, mais ne fonde pas une existence familiale stable. La Fontaine partage son temps entre Château-Thierry et Paris, tandis que les époux vivent progressivement séparés. Les anecdotes qui le décrivent comme un père totalement indifférent sont difficiles à vérifier et ont souvent été amplifiées par la légende de sa distraction.

À la mort de son père en 1658, il reprend les charges familiales liées aux Eaux et Forêts. Ces fonctions lui assurent un statut mais ne suffisent pas à équilibrer des finances fragiles. Il vend progressivement une partie de son patrimoine. L’expérience de l’administration forestière, des procès de voisinage, des paysans, des marchands et des puissants donne cependant à son regard une connaissance très concrète des intérêts humains.

Fouquet, premier grand protecteur

Le tournant décisif intervient avec Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Louis XIV et fastueux propriétaire du château de Vaux-le-Vicomte. La Fontaine obtient sa protection et compose pour lui le poème Adonis, puis entreprend Le Songe de Vaux, célébration du domaine et des arts réunis par le mécène. Une pension lui permet de se consacrer davantage à l’écriture.

La chute de Fouquet en 1661 ne le conduit pas à renier son protecteur. La Fontaine écrit l’Élégie aux nymphes de Vaux et une Ode au roi pour Monsieur Fouquet, gestes courageux dans un monde littéraire dépendant de la faveur royale. Cette fidélité contribue probablement à maintenir une distance durable entre le poète et Louis XIV, qui ne lui accordera jamais la faveur dont bénéficient Racine ou Boileau.

Buste de Jean de La Fontaine au château de Vaux-le-Vicomte
Buste de Jean de La Fontaine attribué à Jean-Antoine Houdon, présenté à Vaux-le-Vicomte avec un paravent illustrant quatre fables. Photo : Jean-Pol Grandmont / Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Les Contes et la conquête d’un public

Après Fouquet, La Fontaine bénéficie de plusieurs protections, notamment celle de la duchesse douairière d’Orléans. Il s’installe davantage à Paris et fréquente les milieux mondains et littéraires. En 1664 paraît Joconde, puis viennent les premiers recueils de Contes et nouvelles en vers en 1665 et 1666. Inspirés de Boccace, de l’Arioste, de Machiavel et de récits traditionnels, ces textes libres, ironiques et souvent licencieux rencontrent un succès immédiat.

Le conteur y développe déjà les qualités qui feront la force des Fables : rapidité du récit, souplesse du vers, art du dialogue et capacité à faire entendre plusieurs voix sans imposer lourdement une conclusion. Leur liberté de ton lui vaudra cependant des critiques morales et compliquera plus tard son entrée à l’Académie française.

1668 : les Fables choisies mises en vers

En 1668, La Fontaine publie les six premiers livres des Fables choisies mises en vers, dédiés au Dauphin. Il revendique l’héritage d’Ésope et de Phèdre, mais ne se contente pas de traduire leurs apologues. Il transforme des récits brefs en petites scènes dramatiques, varie les mètres, distribue les voix et installe des personnages dont les gestes, les hésitations et les calculs rendent la leçon morale moins simple qu’elle n’en a l’air.

La Cigale et la Fourmi, Le Corbeau et le Renard, Le Loup et l’Agneau, Le Chêne et le Roseau ou Le Lièvre et la Tortue deviennent rapidement mémorables. Les animaux parlent, mais ils représentent rarement une seule qualité fixe. Le lion peut être roi, juge ou tyran ; le renard incarne l’intelligence, la flatterie ou la survie ; le loup donne à voir la violence qui cherche après coup une justification.

Page de titre de la première édition des Fables de La Fontaine en 1668
Page de titre de la première édition des Fables choisies mises en vers, 1668. Document ancien / Wikimedia Commons, domaine public.

Un art de la morale sans dogmatisme

La célébrité scolaire des fables ne doit pas masquer leur complexité. La morale peut se trouver au début, à la fin ou rester implicite. Elle est parfois contredite par le plaisir du récit. La Fontaine observe les rapports de force, la parole des puissants, la vulnérabilité des faibles et les ruses nécessaires pour vivre. Son univers n’est pas un manuel de vertu uniforme : il montre un monde où l’éloquence, l’argent, le rang et les circonstances influencent la justice.

La versification participe directement à cette pensée. La Fontaine alterne alexandrins et vers courts, accélère ou ralentit l’action, ménage une chute, fait entendre la conversation familière puis retrouve soudain la gravité. Cette liberté donne au français classique une apparente simplicité qui résulte en réalité d’un travail très précis.

Le Corbeau et le Renard illustré par François Chauveau
Le Corbeau et le Renard, gravure de François Chauveau pour les premières éditions des Fables. Œuvre de François Chauveau / Wikimedia Commons, domaine public.

Madame de La Sablière et la maturité

À partir de 1673, La Fontaine est accueilli dans la maison de Marguerite Hessein de La Sablière. Cette femme cultivée anime un salon où se rencontrent savants, voyageurs, philosophes et écrivains. Le poète y trouve pendant près de vingt ans un cadre matériel stable et une liberté intellectuelle rare. Il fréquente aussi Molière, Racine, Boileau, Madame de Sévigné et Ninon de Lenclos, sans appartenir complètement à aucune école.

Les livres VII à XI des Fables, publiés en 1678 et 1679 et dédiés à Madame de Montespan, élargissent considérablement ses sources. Aux traditions grecque et latine s’ajoutent des récits orientaux transmis notamment par la version française du Livre des lumières, attribué au sage indien Pilpay. Les fables deviennent plus longues, plus méditatives et plus politiques. Les Animaux malades de la peste, Les Obsèques de la Lionne ou Le Pouvoir des fables interrogent le pouvoir, la cour et la force persuasive du récit.

La Cigale et la Fourmi illustrée par Gustave Doré
La Cigale et la Fourmi illustrée au XIXe siècle par Gustave Doré. Œuvre de Gustave Doré / Wikimedia Commons, domaine public.

Psyché, le théâtre et la diversité des genres

La Fontaine ne se considère pas uniquement comme fabuliste. En 1669, il publie Les Amours de Psyché et de Cupidon, récit mêlant prose et vers dans lequel quatre amis visitent Versailles et racontent l’histoire de Psyché. Il écrit également des poèmes religieux ou galants, des épîtres, des livrets, des pièces de théâtre et le Poème du Quinquina, consacré à un remède alors nouveau contre les fièvres.

Ses entreprises théâtrales connaissent des fortunes diverses. Sa collaboration avec le compositeur Jean-Baptiste Lully autour de Daphné échoue et provoque une rupture, à laquelle La Fontaine répond par la satire du Florentin. Ces échecs ne diminuent pas son désir d’essayer des formes nouvelles, mais ils confirment que son génie s’exprime surtout dans le récit versifié.

L’élection difficile à l’Académie française

En 1683, La Fontaine est élu à l’Académie française au fauteuil de Colbert. Le choix déplaît au roi, qui préfère Boileau et tarde à approuver l’élection. Lorsque Boileau est à son tour élu, Louis XIV autorise finalement la réception des deux écrivains. La Fontaine est officiellement reçu le 2 mai 1684. Il devient ensuite un académicien assidu.

Dans la querelle des Anciens et des Modernes, il se range du côté des Anciens. Son Épître à Huet défend l’étude et l’imitation créatrice des auteurs antiques. Ce choix résume sa propre pratique : il ne copie pas les modèles, mais les transforme en leur donnant une voix française, contemporaine et personnelle.

Frontispice d’une édition des Fables représentant Jean de La Fontaine
Frontispice d’une édition des Fables publiée en 1881, représentant le poète entouré d’animaux. Édition d’Elizur Wright / Wikimedia Commons, domaine public.

Les dernières années

Madame de La Sablière meurt en 1693. La Fontaine est alors accueilli par le financier d’Hervart. La même année, gravement malade, il reçoit les visites de l’abbé Pouget. Sous la pression religieuse, il désavoue publiquement ses Contes, jugés trop licencieux, et renonce à en poursuivre la diffusion. Cet épisode témoigne moins d’un effacement de son œuvre que des tensions spirituelles de ses derniers mois.

Le livre XII des Fables paraît en 1694, dédié au jeune duc de Bourgogne. Il rassemble notamment des textes écrits au fil des années et clôt un ensemble de 239 fables. Jean de La Fontaine meurt à Paris le 13 avril 1695. Il est d’abord inhumé au cimetière des Saints-Innocents. Deux siècles de lectures, de récitations scolaires, d’illustrations et d’adaptations ont ensuite fait des Fables une œuvre partagée bien au-delà de la France.

Statue de Jean de La Fontaine à Château-Thierry
Statue de Jean de La Fontaine élevée en 1822 dans sa ville natale de Château-Thierry, œuvre de Charles-René Laitié. Photo : Antoine Fleury-Gobert / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Œuvres principales

  • L’Eunuque, adaptation de Térence, 1654.
  • Adonis, poème, 1658.
  • Élégie aux nymphes de Vaux, 1661.
  • Contes et nouvelles en vers, recueils publiés principalement de 1665 à 1671.
  • Fables choisies mises en vers, douze livres publiés de 1668 à 1694.
  • Les Amours de Psyché et de Cupidon, 1669.
  • Poème du Quinquina, 1682.
  • Le Florentin, satire dirigée contre Lully, 1674.

Distinctions et fonctions

  • Maître particulier des Eaux et Forêts à Château-Thierry.
  • Protégé de Nicolas Fouquet, puis de plusieurs grandes figures de la cour et des salons parisiens.
  • Élu à l’Académie française au fauteuil 24 en 1683 et reçu le 2 mai 1684.
  • Monument funéraire du Père-Lachaise classé au titre des monuments historiques depuis 1983.