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KESSLER Harry

Qui est Harry Kessler ?

Nom complet : Harry Clemens Ulrich Graf von Kessler.
Naissance : 23 mai 1868 (Paris, France).
Mort : 30 novembre 1937 (Lyon, France) à 69 ans.
Activité : écrivain, diplomate, homme politique, mécène, collectionneur et historien de l’art allemand.
Notoriété : médiateur majeur de l’avant-garde européenne, fondateur de la Cranach-Presse et auteur d’un journal exceptionnel sur la vie culturelle et politique de son temps.

Où se trouve la tombe de Harry Kessler ?

La tombe de Harry Kessler se trouve dans la division 57 du cimetière du Père-Lachaise.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 57
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe de Harry Kessler se situe dans la division 57.

Le monument funéraire de Harry Kessler au Père-Lachaise

La sépulture familiale est constituée d’une dalle de pierre sombre légèrement inclinée et d’une stèle verticale très sobre, surmontée d’une petite croix gravée.

Plusieurs membres de la famille Lynch et Kessler sont inscrits sur la dalle. Le nom de Harry, comte de Kessler, apparaît dans sa partie inférieure avec ses années de naissance et de décès, 1868 et 1937. L’érosion et les ombres rendent aujourd’hui certaines inscriptions difficiles à lire, mais la tombe demeure identifiable.

Vue générale de la tombe de Harry Kessler au Père-Lachaise
Vue générale de la sépulture familiale de Harry Kessler, division 57. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Inscriptions sur la tombe de Harry Kessler
Détail des inscriptions de la dalle funéraire, où figure le nom de Harry, comte de Kessler. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Harry Kessler

Harry Kessler naît à Paris le 23 mai 1868 dans une famille européenne par ses origines comme par son mode de vie. Son père, Adolf Wilhelm Kessler, dirige la succursale parisienne d’une maison de banque hambourgeoise ; sa mère, Alice Harriet Blosse-Lynch, appartient à une famille irlandaise et écrit des romans et des pièces sous plusieurs pseudonymes. Son père est anobli en Prusse en 1879 puis élevé au rang de comte en 1881. Harry grandit ainsi entre plusieurs langues, plusieurs capitales et des milieux sociaux très différents.

Une éducation entre Paris, l’Angleterre et l’Allemagne

Son enfance et son adolescence se partagent entre Paris, l’Angleterre et Hambourg. Il fréquente notamment une école à Ascot avant de poursuivre sa formation en Allemagne. Cette mobilité précoce nourrit chez lui un regard comparatif : il connaît les codes de la haute société allemande, mais reste profondément familier des cultures française et britannique.

À partir de 1888, il étudie le droit à Bonn puis à Leipzig. Il suit également des cours de littérature, de psychologie et d’histoire de l’art, et achève ses études par un doctorat. Il envisage d’abord la diplomatie, carrière conforme à son rang et à ses relations, mais les résistances rencontrées au ministère allemand des Affaires étrangères l’orientent vers un rôle plus indépendant de publiciste et de mécène.

Portrait photographique du comte Harry Kessler vers 1900
Portrait du comte Harry Kessler vers 1900. Bain News Service, Library of Congress / Wikimedia Commons, domaine public.

Voyages, journal et découverte des avant-gardes

Kessler voyage beaucoup en Europe, en Amérique du Nord, au Mexique et en Asie. Ces déplacements ne sont pas de simples épisodes mondains : il visite musées, ateliers et collections, rencontre écrivains et artistes, puis consigne ses observations. Commencé en 1880, son journal accompagne presque toute sa vie. Il y note conversations, expositions, débats esthétiques et événements politiques avec une précision qui en fera une source majeure sur l’Europe de la fin du XIXe siècle et de l’entre-deux-guerres.

Dans le Berlin des années 1890, il participe à la revue artistique et littéraire Pan, l’un des foyers du modernisme germanophone. Sa fortune et ses réseaux lui permettent de soutenir des artistes encore contestés. Il collectionne notamment des œuvres de Georges Seurat, Vincent van Gogh et Aristide Maillol, tout en nouant des relations avec Edvard Munch, Auguste Rodin, Paul Signac, Rainer Maria Rilke et Henry van de Velde.

Harry Kessler avec Ludwig von Hofmann, Edward Gordon Craig et Henry van de Velde
Harry Kessler, à gauche, avec Ludwig von Hofmann, Edward Gordon Craig et Henry van de Velde vers 1904. Photo : Louis Held / Wikimedia Commons, domaine public.

Weimar, laboratoire d’une culture moderne

Kessler veut faire de Weimar un centre vivant de création contemporaine plutôt qu’un sanctuaire exclusivement consacré à Goethe et Schiller. Il contribue à l’arrivée de Henry van de Velde, chargé d’un séminaire d’arts appliqués dont l’évolution participera plus tard au terreau du Bauhaus. En 1903, Kessler devient directeur du musée grand-ducal d’art et d’artisanat de Weimar.

La même année, il compte parmi les fondateurs du Deutscher Künstlerbund, association créée pour défendre l’art moderne contre le conservatisme officiel, et en devient vice-président. Au musée, il organise des expositions consacrées aux impressionnistes, à Rodin, à Munch et à d’autres artistes contemporains. Sa politique d’ouverture provoque cependant de fortes résistances. En 1906, après une polémique autour de dessins de nus de Rodin présentés à Weimar, il quitte la direction du musée.

Ouverture de l’exposition du Deutscher Künstlerbund à Weimar en 1906
Ouverture de l’exposition du Deutscher Künstlerbund au musée grand-ducal de Weimar en 1906 ; Harry Kessler figure parmi les personnalités représentées. Photo : Louis Held / Wikimedia Commons, domaine public.

Le livre conçu comme une œuvre d’art

Son intérêt pour le graphisme et l’édition prolonge naturellement son action muséale. Admirateur de William Morris et du mouvement anglais des presses privées, Kessler considère que le texte, la typographie, le papier, l’illustration et la reliure doivent former un ensemble. Dès 1904, il conçoit pour l’éditeur Insel une collection de classiques allemands et travaille avec des créateurs britanniques et continentaux.

En 1913, il fonde à Weimar la Cranach-Presse. La maison réunit écrivains, traducteurs, graveurs, typographes et artistes autour de projets bibliophiliques exigeants. Kessler fait notamment appel à Aristide Maillol pour les illustrations des Églogues de Virgile et à Edward Gordon Craig pour le Hamlet de Shakespeare. Les ouvrages, imprimés avec des caractères, papiers et bois gravés spécialement conçus, comptent parmi les réussites européennes de l’art du livre au XXe siècle.

Page de l’édition de 1908 d’Ainsi parlait Zarathoustra conçue avec Harry Kessler
Page de l’édition bibliophilique d’Ainsi parlait Zarathoustra, publiée en 1908 avec la participation de Harry Kessler. Getty Research Institute / Internet Archive / Wikimedia Commons, domaine public.

Hofmannsthal, Strauss et la scène

La création théâtrale et musicale occupe également une place importante dans ses activités. Son amitié avec Hugo von Hofmannsthal donne lieu à un dialogue continu sur le théâtre européen. Kessler participe à l’élaboration initiale de l’intrigue du Chevalier à la rose, mis en musique par Richard Strauss et créé en 1911. Avec Hofmannsthal, il travaille ensuite au scénario du ballet La Légende de Joseph, composé par Strauss pour les Ballets russes et créé à Paris en 1914.

Ces collaborations illustrent sa manière d’agir : moins comme un artiste isolé que comme un organisateur de rencontres. Il met en relation des personnalités, commande des œuvres, accompagne leur conception et cherche à faire circuler les idées entre littérature, arts plastiques, danse, musique et édition.

De la Grande Guerre à la diplomatie

La Première Guerre mondiale bouleverse ses priorités. Officier de réserve, Kessler passe brièvement par le front avant d’être employé à des missions politiques et culturelles, notamment à Berne. Tout en servant l’Allemagne, il tente de préserver les échanges intellectuels et réfléchit déjà aux conditions d’une paix européenne.

En novembre 1918, dans le contexte de la révolution allemande et de la renaissance de la Pologne, il intervient en faveur de la libération de Józef Piłsudski. Envoyé à Varsovie comme représentant diplomatique allemand, il contribue à organiser le retour de troupes allemandes, mais sa mission est très brève dans un climat de profonde méfiance entre les deux pays.

Harry Kessler en uniforme en 1917
Harry Kessler photographié en uniforme en 1917. Photo : Rudolf Dührkoop / Wikimedia Commons, domaine public.

Un aristocrate engagé pour la République et la paix

Après la guerre, Kessler se rapproche résolument du camp démocratique et pacifiste. Il participe à plusieurs organisations, écrit dans la presse et défend la coopération internationale. Ses Directives pour une véritable Société des Nations, publiées en 1920, proposent une organisation européenne dépassant la simple entente entre gouvernements. Il prend part à la conférence de Gênes en 1922 et intervient dans les débats internationaux de Genève.

Membre du Parti démocrate allemand, il se présente sans succès aux élections législatives de 1924. Ses conférences en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis cherchent à combattre l’isolement de la République de Weimar. Cette activité lui vaut une réputation de « comte rouge », formule qui souligne le contraste entre son origine aristocratique et ses positions républicaines, sociales et pacifistes.

Rathenau, les dernières grandes éditions et la maladie

Une grave maladie en 1926 et 1927 l’oblige à réduire ses engagements politiques. Il revient alors à l’écriture et à la Cranach-Presse. Sa biographie de Walther Rathenau, publiée en 1928, repose sur une connaissance personnelle de l’homme d’État assassiné et sur une documentation précise. Dans le même temps paraissent les éditions les plus célèbres de sa presse, notamment les Églogues de Virgile et Hamlet, saluées pour leur unité visuelle.

Les ambitions artistiques de la Cranach-Presse pèsent toutefois lourdement sur ses finances. Endetté, Kessler finit par céder l’entreprise en 1932. Il demeure actif dans le monde littéraire, siège au PEN allemand et participe à la fondation du mouvement de défense de la liberté d’expression Das Freie Wort, au moment où le national-socialisme menace directement la vie culturelle.

Portrait peint de Harry Kessler par Max Liebermann en 1916
Portrait de Harry Kessler peint par Max Liebermann en 1916. Œuvre de Max Liebermann / Wikimedia Commons, domaine public.

L’exil et la fin d’un témoin européen

Au lendemain des élections allemandes de mars 1933, Kessler quitte définitivement l’Allemagne. Ses positions démocratiques et son cosmopolitisme le rendent incompatible avec le nouveau régime. Il séjourne à Paris puis à Majorque, avant que la guerre civile espagnole ne le pousse vers le sud de la France. Ses ressources diminuent et sa sœur Wilma l’aide matériellement.

Dans l’exil, il travaille à ses mémoires. Le premier volume paraît en Allemagne en 1935, puis en français sous le titre Souvenirs d’un Européen. De Bismarck à Nietzsche. Le reste demeure inachevé. Harry Kessler meurt dans une clinique de Lyon le 30 novembre 1937, à 69 ans. Il est inhumé au Père-Lachaise dans la tombe familiale de la division 57.

Son journal, tenu pendant près de six décennies, reste son témoignage le plus considérable. Publié dans une édition savante en neuf volumes, il documente les ateliers, salons, musées, chancelleries et crises politiques d’une Europe dont Kessler fut tour à tour l’observateur, l’intermédiaire et l’acteur.

Œuvres principales

  • Notizen über Mexiko, 1898.
  • Impressionisten, 1908.
  • Krieg und Zusammenbruch, correspondance de guerre, 1921.
  • Richtlinien zu einem wahren Völkerbunde, projet politique, 1920.
  • Germany and Europe, 1923.
  • Walther Rathenau. Sein Leben und sein Werk, biographie, 1928.
  • Gesichter und Zeiten, mémoires, premier volume en 1935.
  • Das Tagebuch 1880–1937, journal publié ultérieurement en neuf volumes.

Distinctions et fonctions

  • Collaborateur de la revue Pan dans les années 1890.
  • Directeur du musée grand-ducal d’art et d’artisanat de Weimar, 1903-1906.
  • Membre fondateur et vice-président du Deutscher Künstlerbund, 1903.
  • Fondateur et directeur de la Cranach-Presse à Weimar, à partir de 1913.
  • Représentant diplomatique allemand à Varsovie, 1918.
  • Délégué allemand à la conférence de Gênes, 1922.
  • Candidat du Parti démocrate allemand aux élections du Reichstag, 1924.
  • Membre du comité directeur du PEN allemand, 1930.