Qui est Ewelina Hańska ?
Date de naissance : 6 janvier 1804 (Pohrebyszcze, Ukraine).
Date du décès : 10 avril 1882 (Paris, France) à 78 ans.
Activité principale : Romancière.
Nom de naissance : Ewelina Konstancja Wiktoria Rzewuska.
Surnom : Madame Hanska, la comtesse Hanska.
Conjoint : Wacław Hański (de 1819 à 1841), Honoré de Balzac (1850).
Où est la tombe d’ Ewelina Hańska ?
La tombe est située dans la division 48 (tombe de Balzac)

Le monument funéraire d’ Ewelina Hańska au Père-Lachaise
Après son décès, Ewelina Hańska est inhumée aux côtés de son époux Honoré de Balzac au cimetière du Père-Lachaise à Paris, dans la division 48. Leur tombe est une œuvre remarquable, surmontée d’un buste en bronze de Balzac, réalisé par le sculpteur Pierre-Jean David d’Angers.
Ce buste, représentant l’écrivain en hermès, est entouré d’une barrière en fer forgé ornée de motifs symboliques, notamment une plume et une référence à “La Comédie humaine”, l’œuvre monumentale de Balzac. La stèle porte les inscriptions honorant Balzac et Ewelina, rappelant leur union et leur contribution à la littérature française. La tombe a été restaurée à plusieurs reprises, notamment en 1933 et en 2013, pour préserver son état et rendre hommage à leur mémoire.

Tombe d’Honoré de Balzac au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Jim Linwood, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Biographie d’ Ewelina Hańska

Portrait de la Comtesse Anna Mniszech, fille de Madame Hanska.
Jean Gigoux, Public domain, via Wikimedia Commons
Ewelina Hańska fut l’héroïne d’un des romans les plus longs et les plus poignants de la réalité. Née comtesse Rzewuska en 1801 au château de Pohrebyszcze, au cœur de l’actuelle Ukraine, cette aristocrate polonaise à la beauté mélancolique et à l’esprit vif n’était pas destinée à devenir une figure de la légende littéraire française. Pourtant, en envoyant une simple lettre anonyme signée « L’Étrangère » à un écrivain parisien en vogue, elle a déclenché un orage romantique qui allait durer près de vingt ans. Redécouvrir Ewelina Hańska, c’est plonger dans l’intimité de la Comédie Humaine, là où l’ambition d’un génie rencontre la patience d’une femme souveraine, unie à lui par-delà les frontières et les convenances du siècle.

Portrait of Mme Hanska (Ewelina Hańska).
Ferdinand Georg Waldmüller, Public domain, via Wikimedia Commons
L’Énigmatique « Étrangère » : Le Premier Cri du Cœur
La vie d’Ewelina bascule le 28 février 1832. Mariée au comte Wenceslas Hański, un homme beaucoup plus âgé qu’elle vivant dans le faste mais l’isolement de ses terres d’Ukraine, la jeune comtesse s’ennuie. Lectrice passionnée, elle est choquée par le ton cynique de La Peau de chagrin. Elle prend la plume pour réprimander l’auteur, Honoré de Balzac, l’exhortant à retrouver la noblesse du cœur et la spiritualité de ses premières œuvres.
Cette lettre, postée d’Odessa pour préserver son anonymat, intrigue Balzac au plus haut point. Il lui répond par une annonce dans La Gazette de France. C’est le début d’une conversation épistolaire monumentale. Pour Balzac, Ewelina devient l’idéal féminin, la muse lointaine, « la châtelaine de l’Ukraine ». À travers des milliers de pages, ils se confient leurs rêves, leurs dettes, leurs épuisements et leurs espoirs de vie commune. Ewelina n’est pas seulement une destinataire ; elle est la critique, la confidente et le moteur créatif d’un écrivain qui travaille jusqu’à l’épuisement.
Les Rencontres de Neuchâtel et de Genève : La Chair et le Mot
Il faut attendre 1833 pour que le fantasme devienne réalité. À Neuchâtel, en Suisse, Balzac rencontre enfin son « Étrangère ». Le choc est mutuel : la passion de papier se transforme en un amour charnel et dévorant. Ils se jurent fidélité, espérant le jour où la liberté leur permettrait de s’unir. Une seconde rencontre à Genève confirme cet engagement.

Portrait selon la miniature de Daffinger exécutée à Vienne en 1835.
D’après la miniature de Daffinger exécutée à Vienne en 1835, Public domain, via Wikimedia Commons
Ewelina Hańska est une femme complexe, prisonnière de son rang et des lois de l’Empire russe, qui interdisent aux nobles de transférer leurs biens à l’étranger sans l’accord du Tsar. Elle doit naviguer entre sa loyauté envers sa famille, son éducation religieuse et son amour pour cet écrivain parisien criblé de dettes, dont le tempérament exubérant l’effraie parfois. Pourtant, elle ne rompt jamais le fil. Elle finance même certains de ses projets, l’encourage dans les moments de doute et devient le centre de gravité de son existence tourmentée.
Le Deuil et l’Attente : Le Long Chemin vers Paris
En 1841, le comte Hański meurt. On pourrait croire que la voie est libre, mais commence alors une interminable bataille administrative et familiale. Ewelina doit protéger l’héritage de sa fille unique, Anna, tout en gérant les exigences de Balzac qui veut l’épouser immédiatement. Pendant des années, ils voyagent à travers l’Europe (Italie, Allemagne, France), vivant un amour clandestin et parfois orageux.
Balzac, dont la santé décline rapidement, multiplie les travaux herculéens pour s’offrir un hôtel particulier à Paris digne de sa comtesse. Ewelina, de son côté, hésite. Elle craint de perdre son statut social et sa fortune pour un homme épuisé par le travail et les créanciers. Mais l’attachement est plus fort que la raison. Elle finit par céder à ses supplications, consciente que le temps est compté pour le géant de la littérature.
Le Mariage de Berditchev : Un Bonheur au Crépuscule
Le 14 mars 1850, dans l’église de Berditchev en Ukraine, Ewelina devient enfin Madame de Balzac. C’est un mariage de dévouement. Balzac est déjà mourant, rongé par une hypertrophie cardiaque. Le voyage de retour vers Paris est un calvaire pour l’écrivain, soutenu par la force et la dévotion de sa nouvelle épouse.
Ils arrivent rue Fortunée à Paris en mai 1850. Le bonheur domestique tant rêvé ne durera que trois mois. Le 18 août 1850, Honoré de Balzac s’éteint. Ewelina est à son chevet. Bien qu’ils n’aient été mariés que cinq mois, elle a passé dix-sept ans à être sa femme de cœur. Veuve d’un génie qui lui laisse une montagne de dettes, elle choisit de ne pas retourner en Russie. Par respect pour la mémoire de l’homme qu’elle a aimé, elle règle ses créances et consacre le reste de sa vie à protéger et à faire publier son œuvre immense.
La Gardienne du Temple Balzacien
Ewelina Hańska s’éteint à Paris le 10 avril 1882. Elle repose aujourd’hui au cimetière du Père-Lachaise, dans la même tombe qu’Honoré de Balzac. Sans elle, sans son soutien moral et financier, sans l’espoir qu’elle représentait, Balzac n’aurait sans doute pas eu la force d’achever la Comédie Humaine.
Elle fut plus qu’une muse ; elle fut la partenaire d’une œuvre. Les Lettres à l’Étrangère constituent l’un des plus beaux monuments de la littérature épistolaire mondiale. En sauvant les manuscrits de son mari et en veillant à leur postérité, elle a assuré à Balzac l’immortalité qu’il cherchait.
Réalisations et Moments Clés
La vie d’Ewelina Hańska est intrinsèquement liée à l’histoire littéraire et à la préservation du patrimoine balzacien.
La Correspondance Monumentale :
- 1832-1850 : Réception et conservation des Lettres à l’Étrangère. Ces milliers de lettres constituent une source biographique et littéraire unique sur la création de la Comédie Humaine.
- L’Anonymat créateur : Elle a su stimuler l’imaginaire de Balzac en restant longtemps une figure mystérieuse, lui inspirant de nombreux types féminins dans ses romans.
Actes et Engagements :
- 1850 : Mariage avec Honoré de Balzac après 17 ans d’attente, sacrifiant son statut en Russie et une partie de sa fortune.
- Gestion successorale : Après la mort de l’écrivain, elle a remboursé l’intégralité de ses dettes colossales (estimées à plus de 200 000 francs de l’époque) pour sauver son honneur.
- Édition posthume : Collaboration avec Spoelberch de Lovenjoul pour classer et conserver les manuscrits de Balzac, permettant les éditions critiques ultérieures.
Lieux et Postérité :
- Château de Wierzchownia : Sa demeure en Ukraine, haut lieu de la mémoire balzacienne.
- Hôtel de la rue Fortunée (Paris) : Elle y a entretenu le souvenir de l’écrivain jusqu’à sa propre mort.
- Cimetière du Père-Lachaise : Elle repose aux côtés d’Honoré de Balzac (Division 48), unie à lui pour l’éternité.