Catégories
Tombe

GILL André

Qui est André Gill ?

Nom complet : Louis-Alexandre Gosset de Guines, dit André Gill.
Naissance : 17 octobre 1840 (Paris, France).
Mort : 1er mai 1885 (Saint-Maurice, France) à 44 ans.
Activités principales : caricaturiste, peintre, dessinateur, illustrateur, chansonnier et homme de lettres.
Notoriété : figure majeure de la caricature de presse sous le Second Empire et les débuts de la Troisième République.

Où se trouve la tombe d’André Gill ?

La tombe d’André Gill se trouve dans la 95e division du cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Son monument, reconnaissable au buste en bronze du caricaturiste, est situé près de l’avenue Transversale n° 2.

Plan du cimetière du Père-Lachaise avec les divisions
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire d’André Gill au Père-Lachaise

Élevé grâce à une souscription de ses amis et admirateurs, le monument d’André Gill associe une stèle de pierre à un buste en bronze. La sculpture est l’œuvre de Laure Coutan, également connue sous le nom de Laure Coutan-Montorgueil. Le buste, haut d’environ 80 centimètres, fut réalisé à la fin du XIXe siècle ; les sources patrimoniales le datent de 1893, tandis que la conception du monument remonte aux années qui suivirent la disparition de l’artiste.

Le portrait montre Gill avec son abondante chevelure, sa moustache et son regard volontaire. Cette présence expressive rappelle la personnalité physique et graphique du dessinateur, célèbre pour ses portraits-charges aux têtes démesurées. Sur le socle, son nom d’artiste s’impose au visiteur. Le monument rend ainsi hommage à celui qui transforma le visage de ses contemporains en symbole politique et populaire.

Buste d’André Gill sur sa tombe au Père-Lachaise
Buste en bronze d’André Gill par Laure Coutan. Photo : Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Tombe d’André Gill dans la division 95 du Père-Lachaise
Vue du monument funéraire d’André Gill, division 95. Photo : Pierre-Yves Beaudouin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Biographie d’André Gill

De Louis-Alexandre Gosset de Guines à André Gill

Louis-Alexandre Gosset de Guines naît à Paris le 17 octobre 1840. Fils naturel du comte de Guines et de Sylvie-Adeline Gosset, couturière, il connaît une enfance matériellement difficile. Très tôt attiré par le dessin, il cherche dans l’art une voie d’émancipation. Le pseudonyme qu’il adopte, André Gill, évoque l’illustre caricaturiste britannique James Gillray et annonce clairement le domaine dans lequel il entend se distinguer.

Portrait photographique d’André Gill par Nadar
André Gill photographié par Nadar. Bibliothèque nationale de France, Wikimedia Commons, domaine public.

Après quelques mois de service militaire, il fréquente les milieux artistiques parisiens et tente de se former à la peinture. Sa véritable école devient cependant la presse illustrée, alors en plein essor. En 1859, il publie ses premiers dessins dans le Journal amusant, avant de collaborer au Hanneton, au Charivari et à La Rue, le journal de Jules Vallès. Son trait énergique et immédiatement reconnaissable lui ouvre rapidement les colonnes des hebdomadaires satiriques.

Le maître du portrait-charge

La célébrité arrive avec La Lune, fondée par Francis Polo. À partir de 1866, Gill en dessine de nombreuses couvertures. Il y impose le portrait-charge : une tête immense, très ressemblante malgré l’exagération, posée sur un corps minuscule et entourée d’accessoires qui racontent une carrière, une œuvre ou une prise de position. Écrivains, comédiens, musiciens et responsables politiques deviennent sous son crayon des personnages immédiatement lisibles. Victor Hugo, Alexandre Dumas, Émile Zola, Sarah Bernhardt, Léon Gambetta ou Napoléon III figurent parmi ses modèles.

Autoportrait caricatural d’André Gill dans La Lune
Autoportrait-charge d’André Gill, couverture de La Lune du 15 septembre 1867. Wikimedia Commons, domaine public.

Cette efficacité visuelle ne plaît pas toujours au pouvoir impérial. Les journaux sont surveillés, les dessins soumis à autorisation et les interdictions fréquentes. Après la suppression de La Lune en 1868, le titre renaît sous le nom de L’Éclipse. Gill poursuit son travail avec la même audace. Il fonde ou anime aussi Gill-Revue, La Parodie, La Lune rousse, Les Hommes d’aujourd’hui, La Petite Lune et, plus tard, L’Esclave ivre. Ses images circulent largement dans Paris et font de lui l’un des caricaturistes les plus redoutés et les plus populaires de son temps.

La censure sous les traits de Madame Anastasie

Gill affronte directement la censure. Son dessin le plus célèbre sur ce sujet, publié dans L’Éclipse en 1874, personnifie celle-ci sous les traits de « Madame Anastasie », vieille femme armée d’immenses ciseaux. L’image devient une allégorie durable du contrôle de la presse. Derrière l’humour, Gill défend la liberté d’expression et l’autonomie de l’artiste face aux autorités. Son œuvre constitue aujourd’hui une chronique visuelle exceptionnelle des tensions politiques, sociales et culturelles du dernier tiers du XIXe siècle.

Madame Anastasie, allégorie de la censure par André Gill
« Madame Anastasie », allégorie de la censure publiée par André Gill en 1874. Wikimedia Commons, domaine public.

Engagement républicain et Commune de Paris

Républicain convaincu et proche des milieux bohèmes, Gill participe à la vie politique de son époque sans se réduire à un rôle de propagandiste. Pendant la Commune de Paris en 1871, il prend part à la Fédération des artistes animée par Gustave Courbet et reçoit des responsabilités liées au musée du Luxembourg. L’expérience est brève. Après la Semaine sanglante, il reprend le dessin et accompagne les débuts difficiles de la Troisième République, gardant une sympathie constante pour les opposants à l’ordre établi et pour les artistes indépendants.

Son admiration pour Victor Hugo est particulièrement visible. Il représente plusieurs fois l’écrivain, dont il amplifie le front, la chevelure et la stature symbolique. Chez Gill, la déformation n’est pas toujours hostile : elle peut aussi célébrer une personnalité. La caricature devient alors un portrait critique, capable de condenser en une seule image l’autorité littéraire ou politique d’un modèle.

Caricature de Victor Hugo par André Gill dans La Lune
Victor Hugo caricaturé par André Gill en couverture de La Lune, 19 mai 1867. Wikimedia Commons, domaine public.

Peintre, poète et chansonnier de Montmartre

Bien qu’il soit surtout connu pour la presse, André Gill se considère aussi comme peintre. Il présente des œuvres au Salon et pratique le portrait. Il écrit des chansons, des poèmes, des pièces et des souvenirs, fréquentant les cafés, ateliers et cabarets où se croisent journalistes, chansonniers et artistes. Sa voix appartient pleinement à la bohème parisienne, avec son goût de l’ironie, de la fraternité et de la provocation.

Son nom reste attaché au Lapin Agile de Montmartre. Vers 1875, il peint pour un cabaret de la rue des Saules une enseigne représentant un lapin vêtu d’une redingote, bondissant hors d’une casserole. Le jeu de mots « le lapin à Gill » aurait progressivement donné son nom à l’établissement. L’enseigne historique, simple image plaisante à l’origine, est devenue l’un des emblèmes de Montmartre.

Enseigne du Lapin Agile peinte par André Gill
L’enseigne du « lapin à Gill », peinte par André Gill vers 1875. Wikimedia Commons, domaine public.

Les dernières années

À la fin des années 1870, le monde de la presse change et Gill connaît des difficultés financières. À partir de 1880, sa santé mentale se dégrade : il souffre de crises et d’hallucinations. Après plusieurs épisodes inquiétants, il est interné à l’asile de Charenton, sur le territoire de l’actuelle commune de Saint-Maurice. Ses amis organisent des soutiens et entretiennent sa mémoire, mais il ne retrouve pas une vie stable.

André Gill meurt à Saint-Maurice le 1er mai 1885, à seulement 44 ans. Sa disparition émeut le monde artistique et journalistique. Les hommages rappellent autant la puissance de son crayon que sa générosité et son indépendance. Son œuvre demeure un jalon essentiel de l’histoire de la caricature française : elle relie la tradition de Daumier à l’âge moderne de la presse illustrée et montre comment un visage déformé peut devenir un commentaire politique complet.

Illustration de L’Homme qui rit par André Gill dans L’Éclipse
Illustration de L’Homme qui rit de Victor Hugo, publiée par André Gill dans L’Éclipse en 1869. Wikimedia Commons, domaine public.

Œuvres et publications d’André Gill

  • Couvertures et portraits-charges pour La Lune (à partir de 1866).
  • Dessins pour L’Éclipse (1868-1876).
  • Fondateur ou animateur de Gill-Revue, La Parodie, La Lune rousse, La Petite Lune et L’Esclave ivre.
  • Série de portraits pour Les Hommes d’aujourd’hui.
  • « Madame Anastasie », allégorie de la censure (1874).
  • Enseigne du cabaret devenu le Lapin Agile, vers 1875.
  • Illustrations pour une édition de L’Assommoir d’Émile Zola.
  • Vingt années de Paris, souvenirs publiés après sa mort.

Fonctions, engagements et postérité

  • Membre de la Fédération des artistes pendant la Commune de Paris.
  • Responsabilités au musée du Luxembourg en 1871.
  • Caricaturiste majeur du Second Empire et des débuts de la Troisième République.
  • Peintre exposant au Salon, chansonnier et homme de lettres.
  • Créateur de l’image à l’origine du nom du Lapin Agile.
  • Monument funéraire orné d’un buste en bronze de Laure Coutan, division 95 du Père-Lachaise.