Qui est Lucien Gibert ?
Nom complet : Lucien Louis Gibert.
Naissance : 21 juin 1904 (Saint-Étienne, France).
Mort : 23 mars 1988 (Paris, France) à 83 ans.
Activité : sculpteur statuaire et médailleur.
Notoriété : auteur de sculptures monumentales, de commandes publiques et de plus de deux cents médailles éditées notamment par la Monnaie de Paris.
Où se trouve la tombe de Lucien Gibert ?
La tombe de Lucien Gibert se trouve dans la division 61 du cimetière du Père-Lachaise, avenue du Boulevard.

Le monument funéraire de Lucien Gibert au Père-Lachaise
La sépulture se présente comme un monument bas de pierre claire, dominé par un relief de bronze réalisé par Lucien Gibert lui-même. L’œuvre, intitulée Le Souvenir, montre une figure féminine recueillie, traitée dans les volumes simples et fermes caractéristiques du sculpteur. Elle transforme la tombe familiale en présentation permanente de son art.
La dalle porte le nom « GIBERT » et rappelle Lucien Gibert comme sculpteur statuaire, ainsi que les distinctions mentionnées par la famille. Le monument conserve également le nom de Jacqueline Gibert, née Sandart.


Biographie de Lucien Gibert
Lucien Louis Gibert naît le 21 juin 1904 à Saint-Étienne. Il est le fils de Pierre Victor Gibert, ébéniste, et de Mélanie Mathevot. L’atelier paternel lui donne un premier contact avec le matériau, le dessin, l’outil et la précision du travail manuel. Dans une ville industrielle où les métiers d’art occupent une place importante, il se forme très tôt à la construction des formes et au respect des qualités propres du bois.
Il entre à l’école des beaux-arts de Saint-Étienne avant de poursuivre ses études à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Il y travaille dans l’atelier de Jean Boucher, sculpteur reconnu pour ses monuments publics et ses figures commémoratives. Cette formation académique lui apporte la maîtrise du modelage, de l’anatomie et des grands formats. Gibert cherche néanmoins une voie plus dépouillée que la sculpture officielle héritée du XIXe siècle.
L’enseignement de Despiau et la référence de Maillol
Après l’École des beaux-arts, Lucien Gibert travaille de façon plus indépendante sous les conseils de Charles Despiau. Celui-ci défend une sculpture attentive à la présence du modèle, éloignée des effets narratifs et de la gesticulation. Aristide Maillol constitue une autre référence essentielle. Comme lui, Gibert privilégie la figure humaine, la stabilité de la pose et la construction de masses lisibles.
Son art ne consiste pourtant pas à imiter ses aînés. Il développe un langage personnel, fondé sur des volumes compacts, des contours continus et une expression retenue. Ses figures féminines — baigneuses, danseuses, maternités ou allégories — ne cherchent ni le détail pittoresque ni le portrait psychologique. Elles sont pensées comme des architectures du corps, adaptées à la pierre, au bois, au marbre ou au bronze.
La taille directe occupe une place importante dans sa pratique. Au lieu de faire systématiquement traduire un modèle en plâtre par des praticiens, le sculpteur intervient directement dans le bloc. Cette méthode impose une vision claire de la forme et interdit les corrections faciles. Elle correspond à son goût pour la simplicité, la densité et le contact avec la matière.
Les Salons et la reconnaissance des années 1930
Lucien Gibert expose dès 1923 au Salon des artistes français et au Salon des indépendants. Ces rendez-vous annuels jouent alors un rôle décisif dans la carrière d’un jeune sculpteur : ils permettent de présenter des œuvres aux critiques, aux collectionneurs et aux représentants de l’administration des Beaux-Arts. Gibert y montre régulièrement des figures et des groupes sculptés.
En 1934, un ensemble de six médailles lui vaut une médaille de bronze et une bourse de voyage du Conseil supérieur des beaux-arts. L’année suivante, il découvre l’Afrique du Nord. Ce séjour élargit ses sujets et nourrit son intérêt pour les attitudes, les vêtements et les silhouettes observés en Algérie. La médaille d’or obtenue lors de l’Exposition internationale de Paris en 1937 confirme sa reconnaissance officielle.
La distinction intervient au moment où les arts décoratifs, l’architecture et la sculpture monumentale sont étroitement associés dans les grands programmes publics. Gibert possède précisément les qualités recherchées pour ces commandes : une figuration accessible, une composition solide et une capacité à adapter la figure humaine à un bâtiment, un stade ou un espace urbain.
Voyages et figures d’Afrique
En 1941, il présente au Salon des artistes français une Danseuse algérienne en plâtre et reçoit le prix Vital-Cornu. Après la Seconde Guerre mondiale, il obtient en 1948 une bourse de l’Afrique-Équatoriale française. Il voyage en Algérie puis en Afrique subsaharienne, réalisant des croquis et des photographies qui servent de documentation à de nouvelles sculptures.
Ces œuvres appartiennent au contexte culturel et institutionnel de la France coloniale de l’après-guerre. Elles représentent des danseuses, des jeunes femmes, des maternités et des figures allégoriques. Leur lecture actuelle doit tenir compte de ce cadre historique, mais aussi de la démarche formelle de Gibert, qui cherche moins le récit ethnographique que la construction monumentale du corps.
Plusieurs commandes de l’État entrent dans des collections publiques : Jeune Fille du Sud, Danseuse algérienne, Offrande, Femme au bas ou encore Maternité. Ses sculptures sont acquises par des musées français et exposées dans des institutions consacrées à l’art moderne et aux territoires d’outre-mer.
La sculpture dans l’espace public
La reconstruction et l’équipement de la France après 1945 offrent aux sculpteurs de nombreuses occasions d’intervenir dans l’espace public. Gibert reçoit des commandes destinées à des bâtiments, à des équipements sportifs et à des places. Ses groupes de pierre prennent place notamment au stade Charléty à Paris, à La Courneuve et rue Championnet.
À Montreuil, l’administration des Beaux-Arts lui commande en 1944 une statue de l’Agriculture, également appelée Horticulture, pour la façade de l’hôtel de ville. La municipalité demande que la gerbe de blé initialement prévue soit remplacée par une gerbe de fleurs, mieux accordée à l’histoire horticole locale. Achevée après la Libération, la figure illustre la manière dont une allégorie traditionnelle peut être adaptée à l’identité d’une commune.
En 1948, il réalise La Géante de mer pour le port de Boulogne-sur-Mer. Quelques années plus tard, l’État commande une figure destinée à une fontaine du Touquet-Paris-Plage. La sculpture, souvent désignée comme Femme nue ou Baigneuse, est installée en 1956 près d’un miroir d’eau. Sa pose ramassée et son calme répondent à l’horizontalité du bassin.

Ces réalisations témoignent d’une conception de la sculpture qui ne se sépare pas de son environnement. Gibert tient compte de la distance du spectateur, de la lumière extérieure, de l’architecture voisine et du passage des habitants. Ses formes simples résistent à la vision lointaine tout en conservant, à proximité, la trace du modelage ou de la taille.
Le médailleur et la Monnaie de Paris
Parallèlement à la statuaire, Lucien Gibert développe une activité considérable de médailleur. Il conçoit plus de deux cents médailles, dont beaucoup sont éditées ou frappées par la Monnaie de Paris. Ce format réduit exige une autre économie : le portrait, le symbole et l’inscription doivent être organisés sur quelques centimètres, souvent en faible relief.
Il représente des personnalités, des événements, des villes, des institutions et des sujets commémoratifs. Le passage de la sculpture monumentale à la médaille ne constitue pas une rupture. Dans les deux cas, Gibert simplifie les volumes, cherche un profil clair et utilise les ombres produites par le relief. La médaille lui permet aussi de toucher un public différent, grâce aux éditions institutionnelles et aux collections spécialisées.
Il réalise notamment un bas-relief commémorant le trentième anniversaire de la disparition du général Philippe Leclerc de Hauteclocque. L’œuvre rassemble plusieurs scènes et symboles dans une composition verticale, démontrant sa capacité à condenser un récit historique dans l’espace limité d’une plaque.

Une œuvre fidèle à la figure humaine
Durant toute sa carrière, Gibert reste fidèle à la figuration au moment même où l’art abstrait occupe une place croissante dans les musées et les débats. Cette fidélité ne signifie pas un refus de la modernité. Il réduit le détail, simplifie les anatomies et traite la figure comme un ensemble de masses, dans la continuité de Maillol et de Despiau.
Son travail se situe ainsi à la rencontre de plusieurs mondes : apprentissage artisanal hérité de l’ébénisterie, formation académique, commandes de l’État, espaces urbains et production de médailles. La variété des dimensions, du petit relief tenu dans la main à la statue destinée à une façade ou à un stade, constitue l’une des caractéristiques majeures de son parcours.
Lucien Gibert meurt le 23 mars 1988 dans le 13e arrondissement de Paris, à quatre-vingt-trois ans. Il est inhumé au Père-Lachaise, dans la division 61. Le relief Le Souvenir placé sur sa sépulture donne à voir, dans un cadre funéraire, les principes qui ont guidé son œuvre : sobriété du geste, présence calme de la figure et attention à la matière.
Œuvres principales
- Agriculture ou Horticulture, hôtel de ville de Montreuil (commande de 1944).
- Danseuse algérienne, présentée au Salon des artistes français en 1941.
- La Géante de mer, port de Boulogne-sur-Mer (1948).
- Femme nue ou Baigneuse, miroir d’eau du Touquet-Paris-Plage (1956).
- Jeune Fille du Sud, Offrande, Femme au bas et Maternité, commandes et collections publiques.
- Bas-relief commémoratif consacré au général Leclerc.
- Le Souvenir, relief de bronze ornant sa tombe au Père-Lachaise.
- Plus de deux cents médailles et plaquettes réalisées notamment pour la Monnaie de Paris.
Distinctions et fonctions
- Médaille de bronze et bourse de voyage du Conseil supérieur des beaux-arts pour un ensemble de médailles, 1934.
- Médaille d’or à l’Exposition internationale de Paris, 1937.
- Prix Vital-Cornu au Salon des artistes français pour Danseuse algérienne, 1941.
- Lauréat et boursier de l’Afrique-Équatoriale française, 1948.
- Commandeur de l’ordre national du Mérite.
- Sculpteur exposant au Salon des artistes français et au Salon des indépendants.