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GEORGES Mademoiselle

Qui est Mademoiselle George ?

Nom complet : Marguerite Joséphine Weimer, dite Mademoiselle George ou Mademoiselle Georges.
Naissance : 23 février 1787 (Bayeux, France).
Mort : 11 janvier 1867 (Passy, France) à 79 ans.
Activité : Actrice et tragédienne française.
Notoriété : Sociétaire de la Comédie-Française sous le Premier Empire, interprète des grandes héroïnes classiques puis du drame romantique.

Où se trouve la tombe de Mademoiselle George ?

La tombe de Mademoiselle George se trouve dans la division 9 du cimetière du Père-Lachaise, chemin du Père-Éternel, en deuxième ligne. Elle y repose avec François-Antoine Harel, dit Charles-Jean Harel, directeur de théâtre et compagnon d’une grande partie de sa carrière.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 9
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise. La tombe de Mademoiselle George se trouve dans la division 9.

Le monument funéraire de Mademoiselle George au Père-Lachaise

La sépulture est un monument de pierre clair, sobre et de forme rectangulaire, installé au milieu des tombes anciennes de la division 9. Une stèle verticale porte simplement le nom de scène sous lequel l’actrice est entrée dans l’histoire : « George », suivi des dates 1787-1867 et de son identité civile, Marguerite Joséphine Weimer. L’absence de décor théâtral spectaculaire contraste avec les rôles de reines, d’impératrices et de grandes criminelles qui firent sa renommée. La pierre rappelle également la présence de Harel, directeur de l’Odéon et de la Porte-Saint-Martin.

Vue générale de la tombe de Mademoiselle George au Père-Lachaise
Vue générale de la tombe de Mademoiselle George, division 9. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Inscription de la tombe de Mademoiselle George
Détail de l’inscription « George, 1787-1867, Marguerite Joséphine Weimer ». Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Biographie de Mademoiselle George

Une enfance dans une troupe de province

Marguerite Joséphine Weimer naît à Bayeux le 23 février 1787. Son père, Jean-Martin Weimer, dit George, a été maître tailleur et musicien militaire avant de diriger une troupe théâtrale ; sa mère, Marie-Madeleine Verteuil, joue les soubrettes. L’enfant grandit ainsi dans l’univers des répétitions, des costumes et des déplacements. Lorsque la famille s’installe à Amiens, elle monte très jeune sur scène dans des pièces comme Les Deux Petits Savoyards ou Le Jugement de Pâris.

Sa présence attire l’attention. On envisage d’abord pour elle une carrière à l’opéra, mais sa voix, sa taille et son maintien la destinent bientôt à la tragédie. En 1801, Mademoiselle Raucourt, célèbre interprète du Théâtre-Français de passage à Amiens, remarque l’adolescente. Elle convainc ses parents de l’envoyer à Paris avec sa mère et entreprend de lui enseigner la diction, les attitudes et le grand répertoire classique.

Portrait de Mademoiselle George en costume de scène
Mademoiselle George dans un portrait conservé à la Comédie-Française. Wikimedia Commons, domaine public.

Un début éclatant à la Comédie-Française

Le 28 novembre 1802, à quinze ans, Mademoiselle George débute à la Comédie-Française dans le rôle de Clytemnestre de l’Iphigénie de Racine. La représentation se déroule en présence du Premier consul Bonaparte et de Joséphine. Malgré une cabale et les interruptions d’une partie du public, elle reprend son texte et impose sa personnalité. Son physique majestueux, la noblesse de ses gestes et la puissance de son jeu frappent les contemporains.

Elle est immédiatement comparée à Mademoiselle Duchesnois, entrée peu auparavant dans la troupe. Les spectateurs se divisent entre les deux tragédiennes, au point que leurs partisans transforment parfois la salle en champ de bataille. Pour apaiser la querelle, l’administration nomme les deux actrices sociétaires en 1804, tout en répartissant leurs emplois : à Duchesnois les rôles pathétiques, à George les personnages de force et les reines.

Les héroïnes de Racine et de Corneille

Mademoiselle George devient l’une des principales tragédiennes de l’Empire. Elle interprète Hermione dans Andromaque, Roxane dans Bajazet, Clytemnestre et Ériphile dans Iphigénie, ainsi que les grandes figures de Corneille : Cornélie dans La Mort de Pompée, Émilie dans Cinna, Arsinoé dans Nicomède ou Cléopâtre dans Rodogune. Son jeu privilégie l’autorité, la passion et les effets visuels puissants.

Mademoiselle George dans le rôle de Rodogune
Mademoiselle George dans Rodogune de Pierre Corneille. Paris Musées / Wikimedia Commons, domaine public.

Sa beauté attire aussi l’attention de Napoléon Bonaparte. Leur liaison, réelle mais difficile à documenter dans ses détails, nourrit très tôt les chroniques et les souvenirs. Mademoiselle George en donnera plus tard un récit volontiers théâtral. La relation cesse, mais la protection impériale continue de peser sur sa carrière et sur les récits qui l’entourent.

Le départ spectaculaire pour la Russie

En avril 1808, au sommet de sa réussite parisienne, elle quitte brusquement la France avec le danseur Louis Duport. Elle abandonne sans autorisation son engagement à la Comédie-Française et laisse derrière elle des dettes importantes. Son départ est lié à ses relations avec l’aristocratie russe et à Georges de Benckendorff, rencontré dans l’entourage diplomatique. Elle gagne Saint-Pétersbourg, où sa réputation l’a précédée.

Pendant cinq ans, elle joue devant la cour d’Alexandre Ier et sur les scènes russes. Ses rôles français trouvent un public dans une aristocratie qui maîtrise la langue et suit les modes théâtrales parisiennes. Cette période confirme sa renommée internationale. Lorsque les rapports entre la France et la Russie se détériorent, sa situation devient plus délicate. Elle se rapproche progressivement de l’Europe occidentale et retrouve en 1813 la troupe française réunie à Dresde.

Le retour sous la protection de Napoléon

Napoléon ordonne sa réintégration à la Comédie-Française et fait compter ses années d’absence dans son ancienneté. La décision provoque le ressentiment de plusieurs camarades, mais lui permet de reprendre les premiers rôles. Elle joue de nouveau Clytemnestre, Hermione et les héroïnes de Corneille. Pendant les Cent-Jours, sa fidélité à l’Empereur la rend suspecte au retour des Bourbons.

En 1817, elle quitte définitivement la Comédie-Française. Commence alors une vie de tournées en France et à l’étranger. Elle se produit notamment à Londres, en Italie et en Autriche. Loin du cadre protégé de la Maison de Molière, elle doit négocier ses engagements, former des troupes et s’adapter à des publics variés. Cette mobilité entretient sa célébrité tout en fragilisant ses finances.

De la tragédie classique au drame romantique

Dans les années 1820, Mademoiselle George se rapproche de François-Antoine Harel, administrateur et directeur de théâtre. Elle joue à l’Odéon, que Harel dirige à partir de 1829, puis le suit à la Porte-Saint-Martin en 1831. À plus de quarante ans, elle trouve dans le drame romantique un nouveau répertoire qui exploite pleinement sa stature, sa voix et sa capacité à incarner des passions extrêmes.

Le succès de La Tour de Nesle d’Alexandre Dumas et Frédéric Gaillardet, en 1832, marque ce renouveau. Face à Frédérick Lemaître dans le rôle de Buridan, elle incarne Marguerite de Bourgogne, reine criminelle et personnage central du mélodrame. Le public de la Porte-Saint-Martin, plus populaire que celui du Théâtre-Français, acclame cette combinaison de grandeur tragique, de violence et de spectaculaire.

Mademoiselle George et Frédérick Lemaître dans La Tour de Nesle
Frédérick Lemaître en Buridan et Mademoiselle George en Marguerite de Bourgogne dans La Tour de Nesle, 1832. Wikimedia Commons, domaine public.

L’interprète privilégiée de Victor Hugo

Victor Hugo reconnaît en elle une interprète idéale pour ses souveraines. Mademoiselle George crée Lucrèce Borgia en 1833, puis Marie Tudor la même année. Ces rôles reposent sur la contradiction entre la puissance politique et les blessures intimes : la duchesse empoisonneuse devient une mère bouleversée ; la reine d’Angleterre oscille entre passion, jalousie et devoir. L’actrice donne à ces figures une présence monumentale qui correspond à l’esthétique du théâtre romantique.

Mademoiselle George dans le rôle de Lucrèce Borgia
Costume de Mademoiselle George dans le rôle-titre de Lucrèce Borgia de Victor Hugo. Paris Musées / Wikimedia Commons, domaine public.

Elle participe encore aux créations d’Angelo, tyran de Padoue et des Burgraves. Elle joue également dans des drames de Casimir Delavigne et d’autres auteurs contemporains. L’actrice, longtemps associée aux règles du classicisme, devient ainsi l’un des visages de la révolution romantique. Sa carrière relie directement le Théâtre-Français de Napoléon aux grandes batailles dramatiques de la monarchie de Juillet.

Mademoiselle George dans le rôle de Marie Tudor
Mademoiselle George interprétant la reine dans Marie Tudor de Victor Hugo. Wikimedia Commons, domaine public.

Tournées, difficultés et fidélité au théâtre

La faillite de la Porte-Saint-Martin en 1840 pousse Harel et Mademoiselle George à reprendre la route. Ils organisent des tournées en province et à l’étranger, avec les risques financiers propres aux entreprises théâtrales. Son jeu conserve une force impressionnante, mais l’âge et un embonpoint croissant rendent certains emplois plus difficiles. Elle sait toutefois transformer cette présence physique en autorité scénique.

Elle quitte officiellement la scène en 1849, après près d’un demi-siècle de carrière, mais revient encore pour quelques représentations exceptionnelles dans les années 1850. Elle ouvre une classe de déclamation afin de transmettre son expérience. Ses goûts dispendieux, les échecs de certaines entreprises et l’absence de revenus réguliers la placent dans une situation matérielle précaire.

Les dernières années à Passy

Mademoiselle George rédige ses souvenirs en 1857. Ces mémoires, publiés après sa mort, mêlent témoignages précieux, anecdotes de théâtre et mise en scène de sa propre légende. Ils contribuent à fixer l’image d’une actrice proche de Napoléon et des souverains européens, mais doivent être lus avec prudence lorsque les récits personnels deviennent invérifiables.

Napoléon III lui accorde une pension qui l’aide à vivre dignement. Elle meurt à Passy le 11 janvier 1867, à 79 ans. Ses obsèques réunissent le monde du théâtre, qui salue en elle l’une des dernières grandes figures de la scène impériale et romantique. Inhumée au Père-Lachaise, Mademoiselle George reste associée à une conception souveraine du jeu : voix ample, geste sculptural et passion portée jusqu’à l’excès.

Rôles principaux

  • Clytemnestre dans Iphigénie de Jean Racine.
  • Hermione dans Andromaque de Jean Racine.
  • Roxane dans Bajazet de Jean Racine.
  • Cornélie dans La Mort de Pompée de Pierre Corneille.
  • Cléopâtre dans Rodogune de Pierre Corneille.
  • Marguerite de Bourgogne dans La Tour de Nesle (1832).
  • Lucrèce dans Lucrèce Borgia de Victor Hugo (1833).
  • Marie dans Marie Tudor de Victor Hugo (1833).
  • Tisbé dans Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo (1835).

Distinctions et fonctions

  • 217e sociétaire de la Comédie-Française (1804-1817).
  • Premiers rôles tragiques au Théâtre-Français sous le Premier Empire.
  • Actrice française à Saint-Pétersbourg et à la cour de Russie (1808-1812).
  • Interprète majeure de l’Odéon et du théâtre de la Porte-Saint-Martin.
  • Professeure de déclamation après son retrait de la scène.