Qui est Louis-Antoine Garnier-Pagès ?
Nom complet : Louis-Antoine Pagès, dit Garnier-Pagès.
Naissance : 16 février 1803 (Marseille, France).
Mort : 31 octobre 1878 (Paris, France) à 75 ans.
Activité : Homme politique républicain.
Notoriété : Membre du gouvernement provisoire de 1848, maire de Paris, ministre des Finances et membre du gouvernement de la Défense nationale en 1870.
Où se trouve la tombe de Louis-Antoine Garnier-Pagès ?
La tombe de Louis-Antoine Garnier-Pagès se trouve dans la division 19 du cimetière du Père-Lachaise, chemin du Dragon, en première ligne. Il y repose avec son frère Étienne Joseph Louis Garnier-Pagès, autre grande figure de l’opposition républicaine sous la monarchie de Juillet.

Le monument funéraire de Louis-Antoine Garnier-Pagès au Père-Lachaise
Le tombeau fut élevé par souscription nationale à la mémoire d’Étienne Garnier-Pagès, mort en 1841, avant d’accueillir Louis-Antoine en 1878. Le monument de pierre, de forme architecturée et massive, porte l’inscription « À Garnier-Pagès, souscription nationale » ainsi que le nom de Louis-Antoine. Il était autrefois surmonté d’un buste réalisé par le sculpteur David d’Angers. Ce buste a disparu, laissant visible le socle qui le supportait. L’ensemble conserve ainsi la mémoire commune des deux frères et de leur engagement républicain.


Biographie de Louis-Antoine Garnier-Pagès
Une famille républicaine et les barricades de 1830
Louis-Antoine Pagès naît à Marseille le 16 février 1803. Son père, Simon Pagès, ancien professeur de rhétorique au collège de Sorèze, dirige une pension dans la ville. Louis-Antoine est le frère utérin d’Étienne Joseph Louis Garnier, qui prend lui aussi le nom de Garnier-Pagès et deviendra l’un des chefs de l’opposition républicaine. Installé à Paris, Louis-Antoine exerce le métier de courtier de commerce. La révolution de Juillet 1830 le fait sortir de cette vie professionnelle : il combat sur les barricades du quartier Saint-Avoye pendant les Trois Glorieuses.
La chute de Charles X et l’avènement de Louis-Philippe ne répondent pas aux attentes des républicains. Louis-Antoine reprend pourtant ses activités commerciales, tandis qu’Étienne mène le combat à la Chambre. Lorsque ce dernier meurt en 1841, sa disparition ouvre une nouvelle étape. Louis-Antoine reprend le nom politique, les réseaux et une partie du rôle public de son frère.
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Député de l’Eure et spécialiste des questions financières
En juillet 1842, Garnier-Pagès est élu député de l’Eure par le collège de Verneuil. Il siège à gauche et vote avec l’opposition, sans chercher à imiter le style oratoire de son frère. Son expérience du commerce le conduit à intervenir surtout sur les questions économiques : fiscalité du sucre, conversion des rentes, concessions de chemins de fer et finances publiques. Un voyage en Espagne lui permet aussi de documenter les débats relatifs aux emprunts et aux affaires espagnoles.
Réélu en 1846, il défend la réforme électorale. Avec d’autres opposants, il participe en 1847 à la campagne des banquets, ces réunions politiques qui contournent l’interdiction des rassemblements publics. L’annulation du banquet parisien prévu en février 1848 précipite la crise. Après les journées révolutionnaires et l’abdication de Louis-Philippe, Garnier-Pagès rejoint le gouvernement provisoire proclamé à l’Hôtel de Ville.

Maire de Paris puis ministre des Finances en 1848
D’abord désigné maire de Paris, Garnier-Pagès succède le 5 mars 1848 à Michel Goudchaux au ministère des Finances. La jeune République affronte une situation critique : recettes en chute, retraits massifs dans les caisses d’épargne, inquiétude des épargnants et dépenses nouvelles. Le ministre impose le cours forcé des billets de banque, rapproche les banques départementales de la Banque de France, réorganise certains services et cherche des ressources immédiates.
Sa décision la plus célèbre est l’augmentation de quarante-cinq centimes par franc des quatre contributions directes. Cet impôt exceptionnel, annoncé le 16 mars, accroît de 45 % la charge fiscale correspondante. Il doit sauver le crédit de l’État, mais frappe fortement les campagnes et nourrit une hostilité durable envers la République. Garnier-Pagès en assume la responsabilité, le présentant plus tard comme un « acte sauveur ». L’épisode illustre la contradiction entre l’urgence financière et les aspirations sociales nées de février.

La Commission exécutive et le reflux de la République
Élu représentant de la Seine à l’Assemblée constituante le 23 avril 1848, Garnier-Pagès obtient également un mandat dans l’Eure et choisit Paris. En mai, l’Assemblée le nomme à la Commission exécutive avec François Arago, Alphonse de Lamartine, Alexandre Ledru-Rollin et Pierre Marie de Saint-Georges. Cette direction collégiale remplace le gouvernement provisoire, mais elle ne dure que quelques semaines.
Les journées de Juin 1848, déclenchées après la fermeture des ateliers nationaux, marquent une rupture. Garnier-Pagès se range parmi les républicains modérés favorables au rétablissement de l’ordre par le général Cavaignac. La Commission exécutive disparaît au cours de la crise. Resté député jusqu’en 1849, il défend sa gestion financière face aux critiques. Non réélu à l’Assemblée législative, il retourne aux affaires privées et observe avec inquiétude l’ascension de Louis-Napoléon Bonaparte.
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Un opposant au Second Empire
Après le coup d’État de 1851 et l’établissement du Second Empire, Garnier-Pagès reste lié aux milieux républicains. Candidat d’opposition en 1857, il se désiste au second tour en faveur d’Émile Ollivier. L’assouplissement du régime lui permet de retrouver un mandat en 1864 comme député de Paris. Peu après, une réunion politique organisée chez lui entraîne le procès dit des Treize, qui contribue à rapprocher les différentes sensibilités de l’opposition.
Au Corps législatif, Garnier-Pagès intervient de nouveau sur les finances, l’administration parisienne et les libertés publiques. Il réclame notamment le droit de coalition pour les ouvriers, un impôt sur le revenu et une réduction des armées permanentes. Réélu en 1869, il combat la déclaration de guerre à la Prusse en juillet 1870. La défaite militaire entraîne rapidement l’effondrement du régime impérial.
Le gouvernement de la Défense nationale
Le 4 septembre 1870, Garnier-Pagès fait partie des députés parisiens qui proclament la République à l’Hôtel de Ville. Il devient membre du gouvernement de la Défense nationale pendant le siège de Paris, sans recevoir de portefeuille ministériel. Son rôle est moins central qu’en 1848, mais sa présence relie symboliquement la nouvelle République aux générations précédentes du combat républicain.

Historien de sa propre action politique
Après l’armistice de 1871, Garnier-Pagès échoue aux élections législatives et se retire progressivement de la vie publique. Il consacre une part importante de ses dernières années à raconter et défendre les événements auxquels il a participé. Son Histoire de la Révolution de 1848, publiée en plusieurs volumes, constitue à la fois un témoignage de premier plan et un plaidoyer pour l’action des républicains modérés. Il revient également sur la Commission exécutive et sur l’opposition parlementaire au Second Empire.
Louis-Antoine Garnier-Pagès meurt à Paris le 31 octobre 1878, à 75 ans. Sa dépouille est embaumée selon le procédé du docteur Gannal puis déposée dans le tombeau familial du Père-Lachaise. Sa carrière demeure indissociable des deux proclamations républicaines de 1848 et de 1870, mais aussi des difficiles arbitrages financiers et sociaux de la Deuxième République.
Œuvres principales
- Épisode de la révolution de 1848 (1850).
- Histoire de la Révolution de 1848 (publication à partir de 1860-1862).
- Histoire de la Commission exécutive (1872).
- L’Opposition et l’Empire (1872).
Distinctions et fonctions
- Député de l’Eure sous la monarchie de Juillet (1842-1848).
- Membre du gouvernement provisoire de la Deuxième République (1848).
- Maire de Paris en février-mars 1848.
- Ministre des Finances du 5 mars au 11 mai 1848.
- Représentant de la Seine à l’Assemblée constituante (1848-1849).
- Membre de la Commission exécutive (mai-juin 1848).
- Député de la Seine au Corps législatif (1864-1870).
- Membre du gouvernement de la Défense nationale (1870-1871).