Qui est Susan Durant ?
Date de naissance : 8 juillet 1827 (Stamford Hill, Londres, Angleterre).
Date du décès : 1er janvier 1873 (Paris, France), à 45 ans.
Activité principale : sculptrice et médailleuse anglaise.
Apport majeur : l’une des premières femmes à obtenir une véritable réussite critique, institutionnelle et financière dans la sculpture victorienne.
Où se trouve la tombe de Susan Durant ?
Susan Durant repose au cimetière du Père-Lachaise, division 56, en bordure de l’avenue de la Chapelle. Sa tombe est particulièrement remarquable par le médaillon de bronze exécuté par son maître et compagnon Henri de Triqueti.

Le monument funéraire de Susan Durant au Père-Lachaise
La tombe, implantée avenue de la Chapelle, est une stèle de pierre dont le centre est occupé par un médaillon de bronze signé « H. T. » et daté de 1872 : Henri de Triqueti, le sculpteur français auprès duquel Susan Durant s’était formée à Paris. Le relief représente un chœur de jeunes filles chantant. Cet hommage délicat, d’une grande qualité de modelé, fait de la sépulture une œuvre d’art funéraire à part entière.

L’épitaphe, en anglais, conserve la mémoire de l’artiste : « Thy will be done, not mine » et « Thy work shall be rewarded, saith the Lord. » Elle associe l’espérance religieuse à l’idée du travail accompli ; une formule singulièrement juste pour une sculptrice qui avait dû conquérir sa place dans une profession largement réservée aux hommes.

Biographie de Susan Durant
Une vocation née entre Londres et Rome
Susan Durant fut l’une des rares femmes à réussir à vivre de la sculpture dans l’Angleterre victorienne. Née le 8 juillet 1827 à Stamford Hill, au nord de Londres, elle grandit dans une famille aisée : son père, George Durant, est courtier en soie. Les voyages familiaux, notamment à Rome, éveillent précocement son intérêt pour l’art antique et la sculpture. Pour une jeune femme de son temps, choisir cette discipline exigeante constitue déjà une décision peu commune : l’accès aux ateliers, aux modèles et aux grandes commandes reste alors très inégalitaire.
Susan est la fille de George Durant, courtier en soie prospère, et de Mary Durant, née Dugdale. Un séjour hivernal de la famille en Italie joue un rôle décisif : à Rome, elle découvre les antiques, les collections et les ateliers cosmopolites qui font de la ville l’une des capitales européennes de la sculpture. De retour à Londres, elle étudie à la Dickinson’s Academy, établissement privé plus ouvert aux femmes que la plupart des écoles artistiques. Elle y acquiert les bases du dessin et du modelage avant de rechercher une formation plus spécialisée.
Henri de Triqueti et la conquête d’une indépendance professionnelle
Elle se forme d’abord à Londres, puis à Paris auprès du baron Henri de Triqueti, sculpteur romantique reconnu et grand promoteur de la polychromie du marbre. Durant fréquente son atelier parisien, l’assiste sur certains projets et conserve avec lui un lien professionnel durable. Elle ouvre cependant son propre atelier à Londres dès 1847, année où la Society of Arts lui attribue sa médaille Isis d’argent pour un buste original. Ce premier prix rend visible une artiste qui entend être jugée sur son travail et non comme une simple élève.
Cette autonomie est essentielle. La sculpture victorienne exige des locaux, des matériaux coûteux et l’intervention de praticiens chargés de transposer les modèles dans le marbre. Les femmes accèdent difficilement au modèle vivant et aux réseaux de commanditaires. En dirigeant son atelier à vingt ans, Durant ne pratique donc pas un simple loisir distingué : elle organise une production, rémunère des collaborateurs et assume publiquement la qualité d’auteur. Sa relation avec Triqueti demeure déterminante, mais sa carrière londonienne possède ses propres prix, expositions et clients.
La Royal Academy et les grandes expositions
À partir de 1847, Susan Durant expose régulièrement à la Royal Academy. Elle y présente des bustes, des médaillons et des sujets d’imagination ; au total, près de quarante œuvres y sont montrées jusqu’à sa mort. Ses sculptures, souvent en marbre, puisent dans la Bible, la littérature anglaise et le portrait. Deux œuvres, The Chief Mourner et Belisarius, sont exposées à la Great Exhibition de Londres en 1851. En 1857, elle présente une statuette de Robin Hood à l’Art Treasures Exhibition de Manchester. La reconnaissance ne reste donc pas confinée aux cercles féminins d’artistes : elle s’inscrit au cœur des grandes manifestations de l’époque.

Le portrait, Harriet Beecher Stowe et les cercles intellectuels
Le portrait assure une part essentielle de sa carrière. Son buste de l’écrivaine américaine Harriet Beecher Stowe, réalisé en 1857, contribue beaucoup à sa réputation. Durant sait donner à ses modèles une présence attentive, en évitant la froideur du portrait officiel. Cette maîtrise lui ouvre les portes de la cour. Par l’intermédiaire de Triqueti, elle est introduite auprès de la reine Victoria et reçoit plusieurs commandes pour la famille royale. Elle enseigne même le modelage à la princesse Louise, elle-même future sculptrice.
Le buste de Harriet Beecher Stowe est daté de la fin des années 1850 ou du début des années 1860 selon les catalogues. La fille de l’écrivaine a gardé le souvenir des séances dans l’atelier parisien : la poussière de marbre, le bruit des ciseaux et Durant faisant progressivement surgir le visage dans l’argile. Au début des années 1860, la sculptrice modèle aussi l’historien et homme politique George Grote. Ces commandes montrent l’étendue d’un réseau qui relie artistes, écrivains, réformateurs et intellectuels britanniques ou américains.

La cour de Victoria et l’enseignement de la princesse Louise
Son rôle dans le décor de l’Albert Memorial Chapel, à Windsor, est considérable. Elle y exécute des profils en haut-relief de la reine Victoria, du prince Albert et de leurs enfants, conçus dans des médaillons de marbre polychrome. Elle est également chargée du monument commémoratif du roi Léopold Ier des Belges pour la chapelle Saint-Georges de Windsor : un ensemble où le souverain est représenté allongé, la main posée sur un lion, devant deux anges tenant les drapeaux britannique et belge. Dans un milieu où les commandes publiques aux femmes sont exceptionnelles, cette confiance royale pèse lourd.


The Faithful Shepherdess, une commande publique pionnière
En 1863, la Corporation of London lui commande The Faithful Shepherdess pour l’Egyptian Hall du Mansion House. Elle est alors la seule femme parmi les quatorze sculpteurs sollicités pour représenter des personnages de la littérature. Cette œuvre est considérée comme l’une des premières commandes publiques importantes confiées à une femme sculptrice en Angleterre. L’artiste reçoit 500 livres : un montant qui confirme sa position professionnelle. Dans le même temps, elle expose à la Society of Female Artists et poursuit un travail de médailleur d’une finesse remarquable.

Vie privée, engagements et dernières années
La vie personnelle de Susan Durant demeure plus discrète. Elle ne se marie pas. En 1869, elle a un fils, Paul Harvey, dont le père est Henri de Triqueti. Ses dernières années ne ralentissent pas son activité : elle continue à concevoir des portraits, dont un buste d’Elizabeth Garrett Anderson, pionnière de la médecine britannique, aujourd’hui disparu. Susan Durant défend par ailleurs l’accès des femmes à l’éducation, aux professions et au vote ; son parcours donne à cet engagement une résonance concrète.
La relation professionnelle entre Durant et Triqueti devient ainsi une relation intime, vécue sous les contraintes morales imposées aux femmes non mariées. Elle continue néanmoins à travailler et à voyager entre Londres et Paris. Un de ses derniers reliefs connus, le portrait de Nina Lehmann daté de 1871, associe une figure de marbre blanc à un encadrement coloré dans l’esprit des recherches de Triqueti. Une part importante de cette production tardive n’est plus connue que par des catalogues, des archives ou des témoignages.
Mort à Paris et redécouverte d’une pionnière
Elle meurt de pleurésie à Paris le 1er janvier 1873, à seulement quarante-cinq ans. Son inhumation au Père-Lachaise, à proximité de l’homme qui fut son maître, constitue un dernier lien entre l’Angleterre victorienne où elle avait conquis sa notoriété et la France où elle avait trouvé une formation décisive. Sa production a été en partie perdue, mais les œuvres conservées, les commandes royales et le relief de sa propre tombe permettent de mesurer la place tout à fait singulière qu’elle occupe dans l’histoire de la sculpture au XIXe siècle.
Longtemps, l’histoire de l’art l’a surtout présentée comme l’élève ou la collaboratrice de Triqueti. Ses réalisations dessinent pourtant une carrière cohérente : atelier indépendant dès 1847, expositions internationales, portraits d’écrivains, première commande publique majeure accordée en Angleterre à une sculptrice, travail monumental pour la cour et transmission à la princesse Louise. La dispersion de ses œuvres explique son relatif oubli, non l’absence de réussite de son vivant.
Œuvres principales
- The Chief Mourner et Belisarius, exposés à la Great Exhibition de 1851.
- Robin Hood, statuette présentée à Manchester en 1857.
- Buste de Harriet Beecher Stowe (1857).
- Médaillons de la famille royale pour l’Albert Memorial Chapel, Windsor.
- Monument de Léopold Ier des Belges, Saint George’s Chapel, Windsor.
- The Faithful Shepherdess (1863), Mansion House, Londres.
Distinctions et fonctions
- 1847 : médaille Isis d’argent de la Society of Arts.
- 1847-1873 : exposante régulière à la Royal Academy.
- 1851 : participation à la Great Exhibition de Londres.
- 1863 : seule femme parmi les sculpteurs retenus pour le décor de l’Egyptian Hall du Mansion House.
- Professeure de modelage de la princesse Louise.