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DUBUFE Guillaume

Qui est Guillaume Dubufe ?

Date de naissance : 16 mai 1853 (Paris, France).
Date du décès : 25 mai 1909, en mer, au large de Buenos Aires (Argentine), à 56 ans.
Activité principale : peintre et illustrateur.
Réalisations marquantes : décors de la Comédie-Française, du palais de l’Élysée, de la Sorbonne et du Train Bleu de la gare de Lyon.

Où se trouve la tombe de Guillaume Dubufe ?

Guillaume Dubufe repose dans la division 10 du cimetière du Père-Lachaise, dans le caveau familial où sont également inhumés son épouse Cécile Woog et plusieurs de leurs proches.

Plan des divisions du Père-Lachaise

Le monument funéraire de Guillaume Dubufe au Père-Lachaise

La sépulture de Guillaume Dubufe a été conçue par l’architecte Jean-Camille Formigé. Elle est ornée de deux bas-reliefs exécutés par le sculpteur Albert Bartholomé, ami du peintre, après la disparition de celui-ci. L’ensemble associe une architecture sobre à un décor sculpté particulièrement sensible, qui donne à ce caveau familial une réelle qualité artistique.

Le monument ne cherche pas à résumer la carrière du peintre par des attributs de l’atelier. Il privilégie une évocation plus recueillie, dans laquelle l’art funéraire de Bartholomé, célèbre pour la gravité de ses figures, dialogue avec la mémoire d’une famille de peintres. C’est l’une des sépultures remarquables de la division 10.

Tombe de Guillaume Dubufe au Père-Lachaise
Tombe de Guillaume Dubufe, division 10. Photo via Wikimedia Commons.
Détail du monument funéraire de Guillaume Dubufe
Détail du monument de Guillaume Dubufe. Photo via Wikimedia Commons.

Biographie de Guillaume Dubufe

Guillaume Dubufe naît à Paris le 16 mai 1853 dans une dynastie d’artistes qui a accompagné tout le XIXe siècle. Son grand-père Claude-Marie Dubufe et son père Édouard Dubufe sont des peintres renommés, surtout recherchés pour leurs portraits. Sa mère, Juliette Zimmerman, est sculptrice et la fille du compositeur Pierre-Joseph-Guillaume Zimmerman ; son oncle est Charles Gounod. Cet héritage, exceptionnellement dense, le place dès l’enfance au contact de la peinture, de la musique et de la vie mondaine parisienne.

Il perd sa mère très jeune, après la naissance de sa sœur. Son père devient son premier maître, mais Guillaume Dubufe entend élargir l’horizon familial. Il poursuit sa formation à l’École des beaux-arts de Paris auprès d’Alexis-Joseph Mazerolle puis d’Alexandre Cabanel. Ces deux enseignants lui transmettent le goût de la grande composition, de l’allégorie et du travail décoratif. Dubufe ne renie jamais le portrait, mais il choisit de se faire une place dans les vastes programmes qui transforment les bâtiments publics de la Troisième République.

Portrait de Guillaume Dubufe par Émile Friant
Portrait de Guillaume Dubufe par Émile Friant, 1905. Domaine public, musée d’Orsay, via Wikimedia Commons.

Une carrière entre le Salon, le portrait et le décor monumental

Dubufe expose régulièrement au Salon à partir des années 1870. En 1875, il épouse Cécile Woog ; le couple aura cinq enfants. Sa fille Juliette Dubufe-Wehrlé deviendra elle aussi peintre. L’artiste peut s’appuyer sur une situation matérielle confortable, mais il ne se contente pas de reproduire les succès de ses aînés. Il achète au 43 avenue de Villiers l’hôtel particulier construit par le peintre Roger Jourdain, demeure qui deviendra plus tard le musée Jean-Jacques-Henner. Son atelier et sa maison deviennent un lieu de création et de sociabilité artistique.

En 1885, il reçoit une première commande de premier ordre : le plafond du foyer de la Comédie-Française. Il y imagine une vaste composition autour de la Vérité tenant un miroir, entourée du Drame, de la Poésie, de la Tragédie et de la Comédie. Cette œuvre manifeste son aptitude à déployer une iconographie savante sans perdre la clarté nécessaire à un espace public. Dubufe poursuit cette voie dans les années 1890 avec les plafonds de la galerie Lobau de l’hôtel de ville de Paris, de la salle des fêtes du palais de l’Élysée et de la bibliothèque de la Sorbonne.

Esquisse de La Ville de Lyon par Guillaume Dubufe
La Ville de Lyon, esquisse pour le Buffet de la gare de Lyon, vers 1899. Guillaume Dubufe, CC0, Paris Musées, via Wikimedia Commons.

Capri, la vie familiale et la peinture intime

La grandeur décorative n’épuise pas son œuvre. La famille séjourne longuement dans sa villa d’Anacapri, sur l’île de Capri. Dubufe y peint sa maison, les jardins, les enfants et la lumière méditerranéenne. Ces tableaux, présentés en 1906 à la galerie Georges Petit, font apparaître une veine plus personnelle et plus calme. Ils gardent le raffinement de son milieu, mais abandonnent l’appareil des commandes officielles au profit d’une observation attentive de la vie quotidienne.

À la même époque, il travaille à une série consacrée à la Vierge. La Maison de la Vierge, achevée vers 1890, témoigne de cet intérêt pour une peinture religieuse délicate, construite comme une vision poétique plutôt que comme une scène dévotionnelle conventionnelle. Il continue parallèlement à dessiner et à illustrer des textes d’Émile Augier, dont L’Aventurière, La Ciguë et Sapho.

La Maison de la Vierge de Guillaume Dubufe
La Maison de la Vierge, vers 1890. Guillaume Dubufe, domaine public, musée d’Orsay, via Wikimedia Commons.

Le Train Bleu et les dernières années

En 1900, l’Exposition universelle lui apporte une médaille pour La Maison de la Vierge. La même année, il peint Lyon pour le grand restaurant de la gare de Lyon, bientôt connu sous le nom de Train Bleu. Cette commande prestigieuse inscrit son nom dans l’un des décors les plus célèbres du Paris de la Belle Époque. Il prend part à la Société nationale des beaux-arts, dont il est membre de la délégation de 1901 à 1905, et mène de 1906 à 1909, avec Édouard Rosset-Granger, le décor de l’hôtel de ville de Saint-Mandé.

Éros et Psyché de Guillaume Dubufe
Éros et Psyché, Guillaume Dubufe. Domaine public, Museo Nacional de Bellas Artes de Buenos Aires, via Wikimedia Commons.

En 1909, il est nommé commissaire du deuxième Salon des peintres français à Buenos Aires. Il embarque pour l’Argentine avec sa fille Juliette. Le 25 mai, il meurt subitement à bord du paquebot, au large de Buenos Aires. Sa disparition à 56 ans interrompt une carrière encore active, mais son œuvre demeure inscrite dans plusieurs grands édifices parisiens. Inhumé au Père-Lachaise, il rejoint ainsi une histoire familiale qui relie trois générations de peintres et un milieu musical illustré par Gounod.

Une dynastie, mais une voie personnelle

Le nom Dubufe ouvre d’emblée les portes du Salon et des commandes mondaines ; il impose aussi une comparaison permanente. Claude-Marie Dubufe avait été l’un des portraitistes recherchés sous la monarchie de Juillet ; Édouard Dubufe avait peint les grandes figures du Second Empire, jusqu’à l’impératrice Eugénie. Guillaume hérite de leur goût des étoffes, des visages et de la distinction, mais il déplace son ambition. Ses portraits conservent une attention très fine à l’apparence sociale, tandis que ses décors publics lui permettent d’inventer des ensembles plus vastes, où l’allégorie et l’architecture se répondent.

Cette double orientation explique la diversité de son œuvre. Il peut peindre l’intimité familiale à Capri, dessiner ses enfants ou illustrer une pièce, puis répondre aux contraintes d’un plafond officiel devant s’inscrire dans un programme architectural et politique. Sa culture musicale, nourrie par la proximité de Gounod, affine encore son goût de la composition : plusieurs de ses grandes peintures ont une organisation presque chorale, où les figures se distribuent dans l’espace avec une précision décorative très contrôlée.

Un peintre de la Belle Époque

À la charnière des XIXe et XXe siècles, les choix de Dubufe peuvent sembler éloignés des avant-gardes. Ils sont pourtant révélateurs d’un autre visage de la modernité artistique : celui des théâtres, des gares, des hôtels de ville et des palais qui se couvrent de peintures pour faire de l’architecture un spectacle civique. Dans ces lieux, l’artiste doit tenir compte de la lumière, du rythme de la salle, du recul du spectateur et de la cohérence avec les autres métiers d’art. Dubufe possède cette intelligence du décor, à la fois technique et narrative.

Œuvres principales

  • 1885 : plafond du foyer de la Comédie-Française.
  • 1891 : décors de la galerie Lobau, hôtel de ville de Paris.
  • 1894 : plafond de la salle des fêtes du palais de l’Élysée.
  • 1896 : plafond de la bibliothèque de la Sorbonne.
  • vers 1890 : La Maison de la Vierge, musée d’Orsay.
  • 1900 : Lyon, décor du Train Bleu à la gare de Lyon.
  • 1906-1909 : décors de l’hôtel de ville de Saint-Mandé, avec Édouard Rosset-Granger.

Distinctions et fonctions

  • 1900 : médaille à l’Exposition universelle de Paris pour La Maison de la Vierge.
  • 1901-1905 : membre de la délégation de la Société nationale des beaux-arts.
  • 1909 : commissaire du deuxième Salon des peintres français à Buenos Aires.