Qui est Lucas Dolega ?
Nom de naissance : Loucas Boris Shtouky Mebrouk, dit Lucas Dolega.
Date et lieu de naissance : 19 août 1978 (Paris 14e, France).
Date et lieu de décès : 17 janvier 2011 (Tunis, Tunisie) à 32 ans.
Activité principale : photojournaliste franco-allemand, collaborateur de l’European Pressphoto Agency (EPA).
Notoriété : tué alors qu’il couvrait la révolution tunisienne ; le prix de photojournalisme Lucas Dolega-SAIF perpétue son nom.
Où est la tombe de Lucas Dolega ?
La tombe de Lucas Dolega se situe dans la division 44 du cimetière du Père-Lachaise, avenue Aguado, 3e ligne.

Le monument funéraire de Lucas Dolega au Père-Lachaise
La sépulture de Lucas Dolega, dans la 44e division, est un monument contemporain, sobre et particulièrement émouvant. Elle rappelle le destin d’un photojournaliste mort à trente-deux ans alors qu’il faisait son métier : témoigner. Son nom est associé à la révolution tunisienne de janvier 2011, événement fondateur du printemps arabe.


Biographie de Lucas Dolega
Une enfance européenne
Lucas Dolega naît à Paris le 19 août 1978. Son histoire familiale le place d’emblée au croisement de plusieurs pays : il grandit entre l’Allemagne de sa mère, le Maroc de son père et la France. Cette culture plurielle, ainsi que sa pratique de plusieurs langues, nourrissent très tôt son goût du déplacement, des rencontres et des réalités humaines éloignées des frontières administratives. Adolescent, il cherche sa voie, supporte mal les cadres trop rigides et préfère les expériences directes aux itinéraires tracés d’avance.
Inscrit en lettres à la fin des années 1990, il envisage le journalisme puis découvre la photographie. L’image devient bientôt son langage. Elle lui permet d’aller vers les autres, de restituer une atmosphère et de donner une présence aux personnes rencontrées. Lucas Dolega choisit le photojournalisme non pour collectionner les images spectaculaires, mais parce qu’il y voit un moyen de raconter le monde au plus près.
Le choix du reportage de terrain
À mesure qu’il se forme, Lucas Dolega affirme une manière de travailler faite de patience, de disponibilité et d’engagement. Il réalise des reportages dans des zones où l’actualité est instable et où les populations sont souvent réduites à des chiffres ou à des images fugaces. Il travaille notamment en Afrique, au Proche-Orient et dans les Balkans, puis rejoint l’European Pressphoto Agency. Cette agence internationale diffuse les images de ses photographes auprès de médias du monde entier, désormais.
Le métier réclame une grande maîtrise technique, mais aussi une conscience du danger. Le photoreporter doit décider très vite, se déplacer avec prudence et garder sa capacité de jugement au milieu de situations mouvantes. Les images produites n’ont de sens que parce qu’elles sont accompagnées d’un regard : celui d’un professionnel qui choisit de rester au plus près de l’événement, sans renoncer aux personnes qui le vivent.
La révolution tunisienne
En décembre 2010, la Tunisie entre dans une séquence historique de contestation. La révolte née à Sidi Bouzid s’étend rapidement ; chômage, corruption, inégalités et répression alimentent des manifestations de plus en plus massives. Le 14 janvier 2011, la mobilisation atteint Tunis, sur l’avenue Habib-Bourguiba, tandis que le président Zine el-Abidine Ben Ali quitte le pays après vingt-trois ans au pouvoir.
Cette journée est décisive pour le pays et immédiatement suivie à l’étranger. Informer devient indispensable, mais le travail des journalistes se déroule dans une grande incertitude. Les forces de sécurité tentent de contenir les rassemblements ; les heurts se multiplient. Lucas Dolega est présent pour l’EPA. Comme les autres reporters, il documente un moment où la rue, les institutions et l’avenir politique de la Tunisie basculent ensemble.

Le 14 janvier 2011
Alors qu’il couvre les manifestations de Tunis, Lucas Dolega est touché à la tête par une grenade lacrymogène tirée par les forces de sécurité. Gravement blessé, il est transporté à l’hôpital. Il meurt trois jours plus tard, le 17 janvier 2011. Il avait trente-deux ans. Sa mort provoque une vive émotion dans le monde du journalisme, en France, en Allemagne et auprès de ses confrères internationaux.
Le Committee to Protect Journalists le compte parmi les journalistes tués dans le contexte de la révolution tunisienne. Sa mort rappelle une évidence trop souvent oubliée : sur les lieux de crise, les journalistes ne sont pas seulement des observateurs éloignés. Ils sont exposés aux mêmes violences que celles qu’ils cherchent à rendre visibles. Leur présence permet pourtant de conserver des images, des témoignages et une mémoire vérifiable des événements.

Des obsèques au Père-Lachaise
Après son décès, Lucas Dolega est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Le choix de la division 44 inscrit son nom parmi ceux de nombreux artistes, écrivains et journalistes qui reposent dans ce cimetière. Mais sa présence ici possède une résonance contemporaine particulière : elle lie un lieu historique de mémoire parisienne à la question très actuelle de la sécurité des reporters.
La tombe porte une mémoire à la fois intime et collective. Elle rappelle l’homme, son parcours et ses proches ; elle rappelle aussi une profession dont les risques se sont intensifiés dans de nombreuses régions du monde. Venir devant cette sépulture, c’est se souvenir qu’une image de presse peut parfois coûter la vie à celui qui la réalise.
Un prix pour prolonger son engagement
Dès 2012, ses proches créent le prix Lucas Dolega afin de soutenir le photojournalisme professionnel. La Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe (SAIF) s’y associe. À partir de 2023, le prix rejoint Reporters sans frontières et prend le nom de Prix RSF de la Photo « Lucas Dolega-SAIF ». Il récompense des photographes dont le travail de terrain, la qualité des images et l’engagement contribuent à la liberté de la presse.
Ce prix ne se contente donc pas de commémorer un disparu. Il aide des professionnels en activité, souvent confrontés à des terrains difficiles ou dangereux. Il défend l’idée que la photographie de presse est un travail essentiel à la compréhension des sociétés et à l’exercice des libertés. En cela, il constitue probablement le plus vivant des hommages rendus à Lucas Dolega.

La mémoire des photojournalistes
Lucas Dolega appartient à une génération de reporters pour lesquels le numérique a accéléré la circulation des images sans diminuer la nécessité du terrain. Bien au contraire : l’abondance d’images disponibles exige des photographes capables de vérifier, de contextualiser et de témoigner. Son parcours rappelle que le photojournalisme ne se réduit pas à une illustration. Il donne une forme visible à des histoires humaines et politiques que le discours seul ne suffit pas à faire comprendre.
Le nom de Lucas Dolega demeure ainsi associé à la Tunisie de janvier 2011, mais aussi à une exigence plus large : celle de permettre aux journalistes de travailler sans être pris pour cibles. Sa tombe au Père-Lachaise et le prix qui porte son nom forment deux mémoires complémentaires, l’une silencieuse et personnelle, l’autre active et tournée vers les photographes d’aujourd’hui.

Photographier pour informer
La mort de Lucas Dolega pose avec force la question de la place des images dans l’information. Lorsqu’une société traverse une crise, la photographie peut révéler ce que les autorités voudraient taire, mais elle ne remplace ni l’enquête ni le récit. Le photoreporter travaille au sein d’une chaîne : il constate, cadre, légende, transmet ; les rédactions vérifient et donnent au public les éléments nécessaires pour comprendre. Sa présence sur le terrain est donc une condition de la qualité démocratique de l’information.
Le risque n’est jamais abstrait. Les équipements de protection, les réseaux de collègues et l’expérience réduisent certains dangers, sans pouvoir les supprimer. La situation tunisienne de 2011 en est un exemple tragique : l’événement historique s’est joué dans des rues couvertes par des journalistes, des photographes et des vidéastes, eux-mêmes exposés aux violences. En portant son nom, le prix créé après sa mort rappelle que soutenir les images indépendantes revient aussi à protéger celles et ceux qui les produisent.
Son nom invite enfin à regarder autrement les photographies d’actualité : derrière chaque image diffusée rapidement, il y a un choix, un déplacement, une exposition et une responsabilité. Cette dimension humaine, fragile et courageuse, est au cœur de la mémoire durable, personnelle et collective, de Lucas Dolega, aujourd’hui encore, à travers le monde entier.
Distinctions et postérité
- Prix Lucas Dolega créé en 2012 par l’association Lucas Dolega.
- Depuis 2023, Prix RSF de la Photo « Lucas Dolega-SAIF ».
- Hommage durable à la liberté de la presse et au photojournalisme de terrain.