Qui est la comtesse Demidoff ?
Date de naissance : 5 février 1779 (Saint-Pétersbourg, Russie).
Date du décès : 8 avril 1818 (Paris).
Activité principale : Aristocrate russe, Salonnière.
Nom de naissance : Élisabeth Alexandrovna Strogonoff.
Où est la tombe de la comtesse Demidoff ?
La tombe est située dans la division 19

Le monument funéraire de la comtesse Demidoff au Père-Lachaise
Le mausolée d’Élisabeth Alexandrovna Strogonoff, comtesse Nicolas Demidoff, est l’un des monuments les plus spectaculaires du Père-Lachaise. Dressé à flanc de coteau dans la division 19, il domine le cimetière depuis le chemin du Dragon. De larges degrés de pierre conduisent à une terrasse funéraire qui donne au monument une véritable allure d’architecture de palais.

Édifié après sa mort en 1818, l’ensemble est conçu comme un temple néoclassique : colonnes de marbre de Carrare, fronton, balustrades et vaste soubassement composent une silhouette immédiatement reconnaissable. Les architectes Jaunet et Chatillon ont fait du tombeau une scène monumentale, à l’échelle de la fortune de la famille Demidoff. Vers 1852, la sépulture a été déplacée à son emplacement actuel.

Les motifs qui ornent l’édifice rappellent aussi l’origine de cette puissance : la dynastie Demidoff avait bâti sa richesse sur les mines, la métallurgie et de vastes domaines industriels de l’Oural. Le mausolée n’est donc pas seulement une tombe grandiose ; il est le manifeste funéraire d’une des plus riches familles de Russie au début du XIXe siècle.
Biographie de la comtesse Demidoff
Une héritière de la grande aristocratie russe
Élisabeth Alexandrovna Strogonoff naît à Saint-Pétersbourg le 5 février 1779. Elle appartient à la puissante famille Stroganoff, dont le nom est associé à l’exploitation de terres immenses, au commerce et au mécénat. Son père, le comte Alexandre Stroganoff, est un grand dignitaire de l’Empire russe ; sa mère, Élisabeth Belosselskaïa-Belozerskaïa, appartient elle aussi à l’élite de la cour. Dans cette Russie impériale, Élisabeth grandit au sein d’un milieu cosmopolite, francophone et très attaché aux arts.
Son éducation est celle d’une jeune femme de très haut rang : langues, musique, lecture et codes de la vie de cour. Les portraits qui la représentent la montrent avec une élégance très française, caractéristique de l’aristocratie russe de la fin du XVIIIe siècle. Elle est ainsi liée dès l’enfance à deux mondes qui resteront essentiels dans son destin : Saint-Pétersbourg et Paris.

Le mariage avec Nicolas Demidoff
À seize ans, en septembre 1795, Élisabeth épouse Nicolas Nikititch Demidoff. Issu d’une famille d’industriels anoblis, celui-ci est déjà l’un des hommes les plus fortunés de son pays. Diplomate, entrepreneur et grand collectionneur, Nicolas administre un ensemble considérable de mines et de manufactures. Il sera créé comte en 1827 par le grand-duc de Toscane, bien après la mort de son épouse.
Le couple séjourne d’abord à Paris, où il manifeste une nette sympathie pour la France napoléonienne. Mais la dégradation des relations franco-russes entraîne le rappel de Nicolas en 1805. La famille passe par l’Italie puis retourne en Russie en 1812. Cette année-là, tandis que l’armée française envahit l’Empire russe, Nicolas Demidoff finance et équipe un régiment, preuve de son attachement à la Russie malgré son goût pour la culture française.
Deux fils et une fortune dynastique
Deux fils naissent de cette union : Pavel, ou Paul, en 1798, puis Anatole en 1812. L’aîné poursuit les activités de la famille et devient diplomate ; le cadet, Anatole, sera prince de San Donato, mécène, voyageur et collectionneur d’art. La postérité des Demidoff est largement attachée à ce dernier, proche de la princesse Mathilde Bonaparte et célèbre dans le Paris du Second Empire.
La fortune familiale est alors immense. Elle provient principalement des exploitations métallurgiques et minières de l’Oural, auxquelles s’ajoutent les manufactures, les domaines agricoles et les investissements européens. Cette richesse explique l’ambition du mausolée parisien : la sépulture de la comtesse devait exprimer la permanence d’une lignée dont les capitaux et les réseaux dépassaient très largement la Russie.

Une vie séparée et un retour à Paris
Les tempéraments d’Élisabeth et de Nicolas sont très éloignés. Les sources décrivent une femme vive, brillante et sociable, pour qui la vie parisienne compte davantage que les affaires ou les séjours prolongés en Russie. Après la naissance d’Anatole, les époux vivent séparés. Élisabeth revient alors à Paris, où elle tient maison et reçoit dans le milieu aristocratique et diplomatique qui relie la capitale française aux grandes cours européennes.
Elle meurt à Paris le 8 avril 1818, à trente-neuf ans. La rapidité de cette disparition et l’ampleur de la fortune Demidoff contribuent à faire de sa sépulture un projet exceptionnel. Le choix du Père-Lachaise, créé seulement quatorze ans plus tôt, participe aussi à l’affirmation du cimetière comme nécropole internationale des élites.

La légende du cercueil de cristal
Au fil du XIXe siècle, une légende spectaculaire se fixe autour de la tombe. Des journaux racontent qu’Élisabeth Demidoff aurait promis l’intégralité de sa fortune à l’homme capable de passer une année entière enfermé dans le caveau, auprès de son corps supposé visible dans un cercueil de cristal. Cette histoire attire des candidats et nourrit les récits les plus extravagants : veilleurs terrorisés, apparitions et figure d’une « comtesse vampire ».
Il faut être très net : aucun élément sérieux ne permet d’attribuer ce testament à Élisabeth Demidoff. La rumeur apparaît bien après sa mort et relève de la légende urbaine, amplifiée par la presse de la fin du XIXe siècle. Elle n’en a pas moins assuré au mausolée une célébrité durable. Aujourd’hui encore, beaucoup de visiteurs viennent d’abord pour cette histoire ; le monument mérite pourtant d’être regardé pour ce qu’il est réellement, une œuvre funéraire majeure du néoclassicisme au Père-Lachaise.

Repères
- 1779 : naissance à Saint-Pétersbourg.
- 1795 : mariage avec Nicolas Demidoff.
- 1798 et 1812 : naissances de Pavel puis d’Anatole Demidoff.
- 1818 : mort à Paris et création de la sépulture Demidoff.
- Vers 1852 : déplacement du mausolée dans la division 19.