Qui est Denis Decrès ?
Date de naissance : 18 juin 1761 (Châteauvillain, Haute-Marne, France).
Date du décès : 7 décembre 1820 (Paris, France), à 59 ans.
Activité principale : Marin, vice-amiral et ministre de la Marine et des Colonies.
Titres : comte puis duc de l’Empire.
Où se trouve la tombe de Denis Decrès ?
La tombe de Denis Decrès se trouve dans la division 39, chemin de Camille-Jordan, 1re ligne, au cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Denis Decrès au Père-Lachaise
Le tombeau de Denis Decrès est une œuvre du sculpteur Louis-Parfait Merlieux. Son relief rappelle l’épisode le plus célèbre de sa carrière de marin : en 1782, pendant la bataille des Saintes, le jeune officier se porta sous le feu anglais au secours du vaisseau Le Glorieux, démâté. La sépulture se distingue ainsi par un décor qui relie directement le monument à l’action navale.


Biographie de Denis Decrès
Denis Decrès naît le 18 juin 1761 à Châteauvillain, dans une famille liée à l’armée. Il entre dans la marine en 1779, à dix-huit ans, alors que la France est engagée aux côtés des insurgés américains contre la Grande-Bretagne. La mer est alors l’un des grands terrains de rivalité entre les puissances européennes. Decrès apprend rapidement la navigation, la manœuvre des navires de ligne et les exigences d’un commandement où l’initiative individuelle doit toujours s’inscrire dans une discipline collective.




La guerre d’Amérique et la bataille des Saintes
Il sert dans l’escadre du comte de Grasse et participe aux combats de la guerre d’indépendance des États-Unis. Lors de la bataille des Saintes, en avril 1782, il accomplit l’action qui fonde sa réputation. Le Glorieux, gravement endommagé, risque d’être abandonné sous le feu anglais. Decrès embarque dans une chaloupe pour lui porter un câble de remorquage. L’opération est dangereuse et il y fait preuve d’un courage que ses supérieurs récompensent. Promu enseigne de vaisseau, il conserve de ces premières campagnes une connaissance concrète du combat et des limites de la puissance navale française face à la Royal Navy.
La Révolution et les campagnes méditerranéennes
La Révolution bouleverse les cadres de la marine. Decrès est capitaine de vaisseau en 1793 lorsqu’il est frappé par les mesures visant les officiers issus de la noblesse : arrêté à Lorient, il est écarté quelque temps du service. Il est réintégré en 1795, puis prend part à la tentative d’expédition d’Irlande en 1796. Promu contre-amiral en 1798, il commande une division légère lors de l’expédition d’Égypte. Il participe à la prise de Malte puis à la bataille d’Aboukir, catastrophe maritime qui détruit l’essentiel de la flotte française en Méditerranée.
À Malte, Decrès arbore son pavillon sur le Guillaume Tell. En mars 1800, alors qu’il tente de forcer le blocus britannique avec des malades et des soldats à bord, son vaisseau est attaqué par plusieurs bâtiments ennemis. Après un combat très dur, il doit capituler. Échangé quelques mois plus tard, il revient en France. Bonaparte lui témoigne son estime, lui remet une arme d’honneur et le nomme préfet maritime de Lorient. Cette confiance prépare son entrée au gouvernement.
Ministre de la Marine de Napoléon
Le 3 octobre 1801, Denis Decrès devient ministre de la Marine et des Colonies. Il conserve ce portefeuille jusqu’à la première abdication de Napoléon en avril 1814, puis le retrouve brièvement pendant les Cent-Jours. Sa longévité au ministère est remarquable. Il doit reconstruire des arsenaux, organiser les équipages, administrer les colonies et répondre aux projets maritimes d’un régime dont les priorités sont souvent continentales. Vice-amiral en 1804, comte de l’Empire en 1808 puis duc en 1813, il appartient au cercle des grands serviteurs civils et militaires de l’Empire.
Son ministère est toutefois dominé par le rapport de forces défavorable avec la Grande-Bretagne. La destruction de la flotte franco-espagnole à Trafalgar en 1805 rend illusoire le projet d’invasion de l’Angleterre. Decrès poursuit l’effort de construction navale, suit les ports et les escadres, mais il ne dispose pas de la liberté d’action nécessaire pour renverser la supériorité britannique. Son rôle est celui d’un administrateur énergique, parfois rude, chargé de faire fonctionner une marine entravée par les blocus, le manque de marins expérimentés et les besoins incessants des armées terrestres.
Les colonies, la chute de l’Empire et la mort
Le ministère de la Marine comprend alors les Colonies. Cette responsabilité place Decrès au cœur de la politique coloniale du Consulat et de l’Empire, notamment lors du rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises en 1802 : une politique dont il est partisan et qui constitue l’un des aspects les plus graves de son action publique. La reconnaissance de cette réalité est indispensable pour comprendre son parcours dans toutes ses dimensions, au-delà de la seule image du marin courageux ou du ministre fidèle.
Écarté lors de la première Restauration, Decrès reprend son ministère au retour de Napoléon en 1815. Après Waterloo, il se retire de la vie publique. Il meurt à Paris le 7 décembre 1820, victime d’un incendie criminel provoqué par un domestique qui cherchait à le voler. Son tombeau du Père-Lachaise, par son relief et son iconographie maritime, conserve la mémoire de l’officier des Saintes autant que celle du ministre de l’Empire.
Denis Decrès reste une figure révélatrice de la France napoléonienne : un professionnel formé sous l’Ancien Régime, éprouvé par la Révolution, puis placé à la tête d’une administration immense. Sa carrière rappelle aussi l’écart entre l’ambition maritime de Napoléon et les moyens réels dont disposait la France pour rivaliser durablement avec l’Angleterre.
Un administrateur de guerre maritime
À la tête du ministère, Decrès doit concilier des impératifs contradictoires : maintenir les escadres, protéger les routes commerciales, fournir des hommes aux ports et répondre aux demandes de Napoléon. Il suit personnellement les constructions et les réparations, tout en étant confronté à l’épuisement des équipages. Son tempérament direct provoque parfois des tensions, mais l’Empereur apprécie sa compétence technique et sa fidélité. Dans une administration impériale où les ministres sont fréquemment renouvelés, sa présence continue de 1801 à 1814 est un fait exceptionnel.
La carrière de Decrès ne se résume donc ni à la défaite de Trafalgar ni à la politique coloniale. Elle éclaire les difficultés structurelles de la marine française au début du XIXe siècle : des arsenaux actifs, des ingénieurs et des navires, mais une capacité limitée à réunir durablement les équipages et à affronter la puissance britannique en haute mer. Au Père-Lachaise, le monument retient avant tout l’image d’un marin de combat, celle du jeune officier qui s’était porté au secours du Glorieux sous le feu de l’ennemi.
Œuvres principales
- Ordres, dépêches et correspondance du ministère de la Marine et des Colonies, 1801-1814.
- Organisation des arsenaux et des préfectures maritimes sous le Consulat et l’Empire.
- Administration de la Marine pendant les Cent-Jours, 1815.
Distinctions et fonctions
- Officier de marine, puis contre-amiral et vice-amiral.
- Préfet maritime de Lorient.
- Ministre de la Marine et des Colonies, 1801-1814 et 1815.
- Comte de l’Empire, 1808 ; duc de l’Empire, 1813.
- Grand aigle de la Légion d’honneur.
- Nom inscrit sous l’arc de triomphe de l’Étoile.