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DANTAN Antoine Laurent

DANTAN Antoine Laurent

Sculpteur, dit Dantan l’Aîné.
Né le 8 décembre 1798 à Saint-Cloud.
Mort le 25 mai 1878 à Saint-Cloud.
Inhumé au cimetière du Père-Lachaise, division 4.

La tombe de la famille Dantan se trouve dans la 4e division.

Plan des divisions indiquant la division 4.
Plan des divisions du Père-Lachaise. La tombe Dantan se situe dans la division 4.

Le monument funéraire d’Antoine Laurent Dantan au Père-Lachaise

Antoine Laurent Dantan repose avec son frère Jean-Pierre, dit Dantan le Jeune, dans un monument familial achevé en 1859. Il s’agit d’une œuvre majeure de la sculpture funéraire du Père-Lachaise : deux cariatides-pleureuses, amorties par des anges, encadrent la composition. Des médaillons de marbre représentent les membres de la famille ; Antoine Laurent a notamment sculpté les portraits de son père et de son frère. La sépulture constitue ainsi un véritable manifeste familial, créé par les artistes qu’elle abrite.

Vue générale du monument funéraire de la famille Dantan.
Le monument funéraire de la famille Dantan. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA.
Médaillon d’Antoine Laurent Dantan sur la tombe familiale.
Médaillon en marbre d’Antoine Laurent Dantan sur la tombe familiale. Photo : Coyau / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Biographie d’Antoine Laurent Dantan

Antoine Laurent Dantan naît à Saint-Cloud le 8 décembre 1798 dans une famille où la sculpture est un métier et une langue commune. Son père, Antoine Joseph Dantan, est sculpteur sur bois ; son frère cadet Jean-Pierre deviendra le célèbre Dantan le Jeune, virtuose de la caricature en terre cuite ; son fils Édouard Joseph sera peintre. Cette continuité familiale explique la place exceptionnelle occupée par les Dantan dans l’art français du XIXe siècle. Antoine Laurent est appelé « Dantan l’Aîné » afin de le distinguer de son frère, sans que cette appellation réduise une personnalité artistique très différente : il est le représentant d’une sculpture académique, élégante et savante, qui obtient les commandes de l’État et les honneurs des Salons.

La formation d’un sculpteur académique

Après un premier apprentissage auprès de son père, il entre à l’École des beaux-arts de Paris en 1816. Il y suit l’enseignement de François-Joseph Bosio, l’un des grands représentants du néoclassicisme, alors très influent dans la sculpture officielle. Le jeune Dantan apprend l’étude du nu, la composition historique, le travail du marbre et la discipline du concours. Son talent est reconnu par une médaille de deuxième classe au Salon de 1824. En 1828, il remporte le premier grand prix de Rome de sculpture avec La Mort de Timophane. Cette victoire lui ouvre le séjour de la Villa Médicis et lui donne le prestige qui conditionne alors une carrière publique.

La Mort de Timophane, œuvre du Prix de Rome d’Antoine Laurent Dantan.
La Mort de Timophane, œuvre présentée par Dantan pour le Prix de Rome de 1828. Domaine public, via Wikimedia Commons.

À Rome, il perfectionne son rapport à l’Antique tout en s’ouvrant à une sensibilité plus vivante. L’Italie ne le conduit pas à rompre avec l’enseignement de Bosio : elle lui permet au contraire de donner davantage de souplesse et de naturel à ses figures. De retour à Paris, il s’impose rapidement aux Salons. Sa sculpture cherche l’équilibre entre la beauté idéale, le mouvement et l’expression. Cette position explique qu’il puisse répondre aussi bien aux commandes monumentales qu’aux œuvres de salon ou aux portraits.

Jeune baigneur jouant avec son chien par Antoine Laurent Dantan.
Jeune baigneur jouant avec son chien, marbre exécuté à Rome en 1833 et présenté au Salon de 1835, musée du Louvre. Photo : Jastrow / Wikimedia Commons.

Le Salon, les commandes et la sculpture publique

Le Jeune baigneur jouant avec son chien, exécuté à Rome en 1833 et exposé au Salon de 1835, est l’une de ses œuvres les plus connues. Le groupe illustre son goût pour une grâce familière, moins solennelle que la grande statuaire historique. La même année, il reçoit une médaille de première classe au Salon. Sa réputation lui apporte des commandes pour les églises, les palais et les espaces publics. Il travaille ainsi pour le Louvre et participe à la décoration monumentale du Paris de la monarchie de Juillet et du Second Empire.

L'Ivresse de Silène par Antoine Laurent Dantan.
L’Ivresse de Silène, Antoine Laurent Dantan, musée du Louvre. Photo : Wikimedia Commons.

Son œuvre couvre un vaste répertoire : sujets mythologiques, statues allégoriques, portraits, monuments commémoratifs et décorations architecturales. À Arles, il réalise notamment les lions de bronze du socle de l’obélisque de la place de la République. À Paris, la statue de l’architecte Jacques Lemercier témoigne de son intégration aux grands programmes décoratifs du XIXe siècle. Dantan ne recherche pas l’effet de rupture : son ambition est celle d’un maître du métier, capable de faire dialoguer le dessin, le volume et le cadre architectural.

Statue de Jacques Lemercier sculptée par Antoine Laurent Dantan.
Statue de Jacques Lemercier par Antoine Laurent Dantan. Photo : EUtouring / Wikimedia Commons.

Une dynastie d’artistes

La relation entre les deux frères est centrale. Jean-Pierre Dantan connaît une grande popularité grâce à ses portraits-charges de musiciens, écrivains et hommes politiques ; Antoine Laurent suit une voie plus institutionnelle. Loin de les opposer simplement, la tombe du Père-Lachaise les réunit dans une même affirmation de la sculpture. La famille prolonge cette tradition avec Édouard Dantan, fils d’Antoine Laurent, peintre académique qui représente notamment l’atelier de son père. Ce portrait filial est précieux : il donne un visage et un milieu de travail à un sculpteur dont la plupart des images sont aujourd’hui ses propres œuvres.

Portrait d’Antoine Laurent Dantan par son fils Édouard Dantan.
Dantan Aîné, mon père, portrait d’Antoine Laurent Dantan par son fils Édouard Dantan, vers 1890. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Dantan reçoit la croix de chevalier de la Légion d’honneur en 1843 et une médaille de troisième classe à l’Exposition universelle de 1855. Il demeure toute sa vie attaché à Saint-Cloud, sa ville natale, où il meurt le 25 mai 1878. Sa réputation a été moins spectaculaire que celle de certains romantiques, mais ses œuvres sont présentes dans les collections nationales et dans le décor de nombreuses villes. Le monument familial du Père-Lachaise, conçu alors que les deux frères étaient vivants, résume cette trajectoire : une famille d’artistes qui a fait de la sculpture à la fois une profession, une mémoire et une signature.

Un art entre tradition et modernité

La carrière de Dantan l’Aîné se déploie pendant un demi-siècle où la sculpture française change profondément. Le néoclassicisme, avec son culte de la forme antique, demeure une référence ; le romantisme demande davantage de mouvement et de sentiment ; l’essor des chantiers publics multiplie enfin les occasions de décorer les façades, les palais, les églises et les fontaines. Dantan n’appartient pas à une école de rupture. Sa force est de faire circuler les acquis de la formation académique vers des œuvres qui restent lisibles et vivantes. Ses figures conservent l’équilibre du modèle classique, mais il y introduit l’observation de l’enfance, de l’animal et de l’expression quotidienne.

Cette position explique la variété de ses matériaux. Le marbre donne à ses groupes de salon leur douceur lumineuse ; le bronze permet les commandes urbaines et monumentales ; la pierre associe la sculpture à l’architecture. Il pratique également le portrait, domaine indispensable pour un sculpteur recherché. Son frère Jean-Pierre, par la caricature, a poussé l’art du visage vers l’exagération comique ; Antoine Laurent en donne une version plus grave, attentive à la ressemblance et à la dignité du modèle. Sur le tombeau du Père-Lachaise, cette compétence prend une valeur intime : les médaillons ne sont pas des ornements anonymes mais les effigies de proches.

Le succès de Dantan est donc aussi celui d’un atelier. Les grands sculpteurs du XIXe siècle travaillent avec des élèves, des praticiens et des fondeurs ; ils font dialoguer l’invention personnelle et une économie de commande. Son fils Édouard, né en 1848, grandit dans ce milieu et choisit la peinture. Dans ses tableaux consacrés à l’atelier, il a laissé un témoignage rare sur le monde de la création académique, ses plâtres, ses modèles et ses outils. La transmission familiale ne fut pas seulement une succession de noms : elle fut la continuité d’un regard sur les métiers d’art.

Après sa mort en 1878, Dantan l’Aîné a été parfois éclipsé par l’éclat satirique de son frère ou par les grands noms du romantisme. Les collections du Louvre, les œuvres publiques et surtout la tombe du Père-Lachaise permettent de mesurer l’ampleur de son activité. Sa production ne relève pas d’un simple académisme figé. Elle éclaire une part essentielle de la sculpture du XIXe siècle : celle qui, entre l’État, la ville, le Salon et la famille, a donné forme à la mémoire publique et privée.

Œuvres principales

  • La Mort de Timophane, Prix de Rome de sculpture, 1828.
  • Jeune baigneur jouant avec son chien, 1833, musée du Louvre.
  • L’Ivresse de Silène, musée du Louvre.
  • Statue de Jacques Lemercier.
  • Lions de bronze du socle de l’obélisque de la place de la République à Arles.
  • Monument funéraire de la famille Dantan au Père-Lachaise, 1859.

Distinctions

  • Prix de Rome de sculpture, 1828.
  • Médaille de deuxième classe au Salon, 1824.
  • Médaille de première classe au Salon, 1835.
  • Chevalier de la Légion d’honneur, 1843.
  • Médaille de troisième classe à l’Exposition universelle de 1855.