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DALADIER Édouard

DALADIER Édouard

Homme d’État, figure du Parti radical et de la IIIe République.
Né le 18 juin 1884 à Carpentras (Vaucluse).
Mort le 10 octobre 1970 à Paris.
Inhumé au cimetière du Père-Lachaise, division 72.

La sépulture d’Édouard Daladier se trouve dans la 72e division, avenue Circulaire, sixième ligne.

Plan des divisions indiquant la division 72.
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise. La sépulture d’Édouard Daladier se situe dans la division 72.

Le monument funéraire d’Édouard Daladier au Père-Lachaise

Édouard Daladier repose dans une tombe familiale portant l’inscription « Famille Laffont ». Le monument, volontairement simple, ne met pas en scène l’ancien président du Conseil : son nom, ses dates et la sobriété de l’ensemble contrastent avec l’importance historique de celui que la mémoire publique a longtemps résumé à l’accord de Munich.

Tombe d’Édouard Daladier au Père-Lachaise.
La tombe d’Édouard Daladier, division 72. Photo : Wikimedia Commons, licence libre.
Seconde vue de la tombe d’Édouard Daladier.
Seconde vue de la sépulture d’Édouard Daladier. Photo : Wikimedia Commons, licence libre.

Biographie d’Édouard Daladier

Édouard Daladier naît le 18 juin 1884 à Carpentras, dans une famille modeste de Provence. Son père est boulanger. Il appartient à cette génération de boursiers de la République pour laquelle l’école publique ouvre une voie d’ascension sociale et constitue aussi une morale civique. Élève brillant, il poursuit des études d’histoire, obtient l’agrégation et enseigne avant d’entrer en politique. Il gardera de cette formation le goût des dossiers, une éloquence directe et une conviction républicaine très ancrée, nourrie par le souvenir de l’affaire Dreyfus et par l’idéal laïque du radicalisme.

Du Vaucluse à la Chambre des députés

Son premier ancrage est local. Élu maire de Carpentras en 1911, il se fait connaître comme un élu énergique et proche de ses administrés. La Première Guerre mondiale interrompt brutalement ce début de carrière. Mobilisé, il combat au front, est blessé et décoré. L’expérience des tranchées marque durablement cet homme que ses adversaires surnommeront plus tard le « taureau du Vaucluse » pour son physique massif, sa voix forte et ses accès de colère : derrière l’image du tribun rugueux, elle installe un refus profond de l’aventure militaire improvisée.

Édouard Daladier en 1924.
Édouard Daladier en 1924, alors ministre des Colonies. Source : Gallica / Wikimedia Commons.

Élu député du Vaucluse en 1919, il entre à la Chambre dans un Parti radical qui demeure l’une des grandes forces de la IIIe République. Il se situe à gauche de cette formation, défend les institutions parlementaires, la laïcité et une politique sociale compatible avec l’attachement radical à la propriété et aux classes moyennes. La victoire du Cartel des gauches en 1924 accélère son parcours : il devient ministre des Colonies dans le gouvernement d’Édouard Herriot, puis exerce plusieurs portefeuilles, notamment la Guerre, l’Instruction publique, les Beaux-Arts et les Travaux publics. Cette diversité lui donne une expérience complète de l’État.

À la fin des années 1920, Daladier prend la direction du Parti radical. Il en incarne l’aile combative, soucieuse de ne pas laisser la formation devenir un simple pivot de combinaisons parlementaires. Son tempérament lui attire des fidélités mais aussi des rivalités. Les crises ministérielles de la IIIe République lui offrent rapidement l’accès à la présidence du Conseil : une première fois en 1933, puis brièvement en février 1934, lorsque l’affaire Stavisky et les émeutes antiparlementaires font vaciller le régime. Sa démission après le 6 février le marque profondément ; il mesure alors la fragilité de la démocratie française face aux ligues d’extrême droite.

Édouard Daladier à son bureau en 1933.
Édouard Daladier à son bureau en 1933, avec ses collaborateurs. Source : Gallica / Wikimedia Commons.

Le Front populaire et le retour au pouvoir

La montée des périls en Europe transforme la question du pouvoir. Daladier soutient le rassemblement des gauches qui conduit au Front populaire en 1936, sans jamais se confondre entièrement avec la politique de Léon Blum. Il redevient président du Parti radical et participe aux débats décisifs sur les réformes sociales, la guerre d’Espagne et le réarmement. L’épreuve espagnole est déjà un révélateur : il redoute l’extension du conflit européen, mais comprend que les démocraties ne peuvent ignorer indéfiniment les agressions fascistes.

Gouvernement Édouard Daladier en 1938.
Le gouvernement Édouard Daladier en avril 1938. Agence Meurisse, domaine public, via Wikimedia Commons.

En avril 1938, il revient à la tête du gouvernement dans une situation presque désespérée. Il cumule la présidence du Conseil et le ministère de la Défense nationale. Son cabinet rompt avec une partie de l’héritage économique et social du Front populaire, recherche le redressement financier et accélère le réarmement. Il travaille notamment avec le général Gamelin et avec le ministre de l’Air Guy La Chambre pour réduire le retard matériel de la France. Cette politique ne suffit cependant pas à effacer des années de faiblesse industrielle, de divisions diplomatiques et de sous-estimation de la puissance allemande.

Munich : le choix tragique de 1938

Le nom de Daladier reste indissociable de Munich. En septembre 1938, Hitler exige l’annexion des Sudètes, région tchécoslovaque majoritairement germanophone. La France est alliée de la Tchécoslovaquie, mais l’opinion française, profondément pacifiste après 1914-1918, redoute une nouvelle guerre ; le Royaume-Uni de Neville Chamberlain cherche également un compromis. À Munich, Daladier signe avec Chamberlain, Hitler et Mussolini un accord qui livre les Sudètes au Reich sans que Prague soit véritablement associée à la décision.

Les dirigeants réunis lors des accords de Munich en 1938.
Les dirigeants réunis à Munich le 29 septembre 1938 : Neville Chamberlain, Édouard Daladier, Adolf Hitler, Benito Mussolini et Galeazzo Ciano. Bundesarchiv, via Wikimedia Commons.

Il ne faut pas réduire son attitude à une illusion enthousiaste. Daladier sait que l’accord ne règle rien durablement et espère gagner du temps pour achever le réarmement. À son retour au Bourget, il croit d’abord être accueilli par une foule hostile ; les applaudissements le surprennent. La formule qui lui est souvent prêtée — « Ah les cons ! S’ils savaient ! » — résume, même si ses circonstances exactes ont été discutées, le décalage entre le soulagement populaire et la conscience qu’a le président du Conseil du caractère précaire de la paix. Dès le printemps 1939, l’occupation du reste de la Tchécoslovaquie confirme la faillite de l’accord.

Édouard Daladier et Georges Bonnet au retour de Munich.
Édouard Daladier et Georges Bonnet au retour de Munich, le 30 septembre 1938. Photographie anonyme, domaine public, via Wikimedia Commons.

Daladier modifie alors sa politique. La France garantit la Pologne, négocie avec l’Union soviétique et intensifie son effort militaire. Lorsque l’Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre 1939, la France entre en guerre deux jours plus tard aux côtés du Royaume-Uni. Le gouvernement Daladier doit cependant affronter la « drôle de guerre », les critiques contre son commandement et le choc de la guerre d’Hiver en Finlande. Le 21 mars 1940, après l’échec d’un vote de confiance, il cède la présidence du Conseil à Paul Reynaud tout en restant brièvement ministre de la Défense.

La guerre, Vichy et la déportation

Après la défaite de juin 1940, Daladier embarque sur le Massilia avec d’autres parlementaires qui cherchent à poursuivre la lutte depuis l’Afrique du Nord. Le régime de Vichy le fait arrêter. Il fait partie des accusés du procès de Riom, voulu par Pétain pour imputer la défaite à des responsables de la IIIe République et du Front populaire. L’accusation se retourne en partie contre ses promoteurs : Daladier, Blum et leurs coaccusés mettent en évidence les responsabilités de l’armée et de la politique d’avant-guerre. Le procès est suspendu.

En 1943, les autorités allemandes l’emmènent en captivité. Interné en Allemagne, puis déporté au château d’Itter au Tyrol avec Paul Reynaud, Léon Blum et d’autres prisonniers de haut rang, il survit jusqu’à la libération de 1945. L’épisode d’Itter est l’un des plus singuliers de la fin de la guerre : la forteresse est défendue, quelques jours avant la capitulation allemande, par des soldats américains, des résistants autrichiens et des militaires allemands opposés au nazisme. Cette captivité donne une autre profondeur au bilan de Daladier : l’homme souvent accusé d’avoir cédé à Munich a également subi la répression des régimes auxquels il s’était opposé.

Dernières années et mémoire

À la Libération, Daladier retrouve son siège de député du Vaucluse et reste maire de Carpentras jusqu’en 1965. Il demeure une personnalité considérable du radicalisme mais n’occupe plus le premier rôle national. La IVe République, puis le retour du général de Gaulle en 1958, l’éloignent du centre du jeu. Il conserve cependant une forte implantation provençale et continue de défendre une lecture exigeante de la démocratie parlementaire. Son mariage avec Madeleine, disparue avant lui, et la fidélité de ses attaches familiales et méridionales contrastent avec la dureté de sa carrière publique.

Édouard Daladier meurt à Paris le 10 octobre 1970, à quatre-vingt-six ans. Son souvenir a longtemps été écrasé par Munich, image commode d’une France censée avoir choisi la capitulation. L’historien voit un portrait plus complexe : un républicain de province devenu chef de gouvernement, un ancien combattant lucide sur l’insuffisance du réarmement, un homme pris dans les contraintes d’alliances fragiles et d’une opinion traumatisée par la Grande Guerre, puis un prisonnier de Vichy et du Reich. Sa tombe discrète du Père-Lachaise renvoie à cette destinée contrastée, faite de responsabilités immenses et de choix sans issue satisfaisante.

Fonctions et mandats principaux

  • Maire de Carpentras, de 1911 à 1919 puis de 1923 à 1965.
  • Député du Vaucluse, de 1919 à 1942 puis de 1946 à 1958.
  • Président du Parti radical, notamment de 1927 à 1930 et de 1936 à 1938.
  • Président du Conseil en 1933, 1934 et d’avril 1938 à mars 1940.
  • Ministre de la Guerre et ministre de la Défense nationale à plusieurs reprises.

Distinctions et mémoire

  • Croix de guerre 1914-1918.
  • Grand-croix de la Légion d’honneur.
  • Son nom a été donné au pont Édouard-Daladier d’Avignon et à de nombreux établissements et voies publiques.