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DAC Pierre

Qui est Pierre Dac ?

Date de naissance : 15 août 1883 (Châlons-en-Champagne).
Date du décès : 9 février 1975 (Paris 17e) à 81 ans.
Activité principale : Humoriste, comédien.
Nom de naissance : André Isaac.
Pseudonyme : André Pierre Dac.

Où est la tombe de Pierre Dac ?

La tombe est située dans la division 87, Columbarium case n° 4462

Père-Lachaise PLAN des divisions

Le monument funéraire de Pierre Dac au Père-Lachaise

Fumeur depuis sa jeunesse, il s’éteint en 1975, des suites d’un cancer du poumon, loin des projecteurs. Comme Alphonse Allais le disait, et qu’il reprenait : « La mort est un manque de savoir-vivre ».

Après sa crémation, ses cendres trouvent repos au columbarium du Père-Lachaise.

Pierre Dac - commemorative plaque

TwoWings, Public domain, via Wikimedia Commons
Pierre Dac – commemorative plaque

Biographie de Pierre Dac

Pierre Dac, de son vrai nom André Isaac, naît le 15 août 1893 à Châlons-sur-Marne, devenue Châlons-en-Champagne. Il est l’une des figures les plus singulières de l’humour français du XXe siècle : auteur de chansons et de revues, journaliste satirique, acteur, inventeur de mots et surtout immense artisan de radio. Derrière les aphorismes absurdes, les objets inutiles et les raisonnements qui tournent délicieusement à vide, il y a aussi un homme dont la vie a été traversée par les deux guerres mondiales, l’exil et l’engagement à Radio Londres. Son humour ne procède pas d’un simple goût de la fantaisie : il est une manière de dégonfler les faux-semblants, de résister au sérieux autoritaire et de rendre à la langue sa liberté de jeu.

Enfance, formation et premiers pas

Il grandit dans une famille juive d’origine alsacienne installée en Champagne après l’annexion de l’Alsace-Moselle en 1871. Son père, boucher, lui transmet sans le vouloir un matériau décisif : le goût de l’argot professionnel, de la déformation savoureuse et des mots qui changent de sens en passant d’un milieu à l’autre. Le louchébem, jargon des bouchers, nourrira plus tard son imaginaire verbal. Paris devient très tôt son horizon. Élève peu discipliné, attiré par le dessin, le violon et la scène, André Isaac se montre davantage fait pour la fantaisie que pour la salle de classe.

Maison natale de Pierre Dac à Châlons-en-Champagne.
La maison natale de Pierre Dac, 70 rue de la Marne à Châlons-en-Champagne. Photo : Fab5669 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

La Première Guerre mondiale interrompt cette jeunesse. Mobilisé, il est blessé et sort durablement marqué de l’épreuve, comme beaucoup de sa génération. Son frère Marcel meurt pendant le conflit. Pierre Dac évoquera souvent ce deuil familial, notamment pendant l’Occupation, lorsque les propagandistes antisémites prétendront lui dénier le droit de parler au nom de la France. Après l’armistice, il ne retrouve ni une vocation toute tracée ni une situation stable. Il exerce plusieurs métiers alimentaires, fréquente les cabarets et les petites scènes parisiennes, écrit des chansons et apprend ce qui deviendra son véritable métier : trouver le rythme juste d’une phrase et le faire entendre à un public.

Vers 1923, il adopte le nom de Pierre Dac. Le pseudonyme est bref, sonore, facile à retenir ; il lui permet surtout d’inventer un personnage de scène qui peut aller plus loin que l’homme privé. Dans les années 1920, il travaille avec des chansonniers et se produit dans des lieux où s’invente une partie de l’esprit montmartrois. Il écrit, chante, joue, présente. Peu à peu s’affirme une forme très personnelle : non pas la bonne blague isolée, mais une logique parallèle, administrée avec un aplomb parfait. Chez lui, le sérieux du ton rend l’absurde plus efficace encore.

Pierre Dac photographié par le Studio Harcourt en 1947.
Pierre Dac photographié par le Studio Harcourt en 1947. Source : RMN–Grand Palais / Wikimedia Commons.

L’Os à moelle et l’invention du loufoque

La notoriété vient réellement dans les années 1930. Pierre Dac trouve dans la presse et la radio des moyens qui conviennent à son imagination : la formule y circule vite, les personnages reviennent, les fausses annonces deviennent des rendez-vous. Il popularise le mot « loufoque », fabriqué sur le modèle du louchébem, et donne une dignité poétique à l’illogisme. L’objet emblématique de son univers est le Schmilblick, « objet rigoureusement intégral » qui ne sert à rien et peut donc servir à tout. Le biglotron, la confiture de nouilles, les maximes contradictoires et les notices extravagantes suivent la même règle : prendre les habitudes du langage sérieux au mot, puis les pousser jusqu’au ridicule.

Annonce parue dans L'Os à moelle en 1964.
Annonce de l’École universelle parue dans L’Os à moelle, en 1964. Photo : Olivia Allard / Wikimedia Commons, CC BY-SA.

En 1938, il lance L’Os à moelle, journal humoristique dont le titre rappelle à la fois Rabelais et les origines bouchères de son auteur. La revue est construite comme un faux quotidien sérieux ; elle détourne les petites annonces, les discours d’autorité, les rubriques pratiques et le langage publicitaire. Son succès est immédiat. Pierre Dac y rassemble des collaborateurs et crée un espace où l’absurde n’est jamais gratuit : il révèle les automatismes d’une société qui commence à parler la langue de la technique, de l’administration et de la propagande. La guerre met un terme à cette première aventure après 109 numéros. Il fera revivre le titre dans les années 1960, en y accueillant notamment de nouveaux auteurs tels que René Goscinny ou Jean Yanne.

L’exil et Radio Londres

Pour un humoriste juif connu, la défaite de 1940 fait basculer le danger dans la vie quotidienne. Pierre Dac gagne Toulouse, puis cherche à rejoindre la France libre. Une première tentative de passage des Pyrénées échoue en 1941 : arrêté en Espagne, il connaît la prison avant d’être ramené en France. Il recommence en 1943 sous une fausse identité. Après une nouvelle arrestation près de la frontière portugaise et plusieurs mois d’incertitude, il est finalement remis aux autorités britanniques dans le cadre d’un échange. Il atteint le Portugal, puis Alger, avant de gagner Londres en octobre 1943.

Charles de Gaulle au micro de la BBC pendant la Seconde Guerre mondiale.
Charles de Gaulle au micro de la BBC à Londres, vers 1940-1943 : le cadre radiophonique dans lequel Pierre Dac intervient à partir d’octobre 1943. Photo Keystone-France, domaine public, via Wikimedia Commons.

À la BBC, il rejoint l’équipe des Français parlent aux Français. Son rôle n’est pas celui d’un commentateur militaire mais d’un combattant par les ondes. Ses parodies de chansons, ses refrains et ses textes visent Radio-Paris, Vichy et les occupants. La formule « Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » devient l’un des refrains les plus mémorables de la Résistance radiophonique. Elle est efficace parce qu’elle mêle l’air populaire, la répétition et la moquerie : elle transforme la propagande ennemie en objet de rire. Pour les auditeurs clandestins, elle est aussi une preuve que la voix française reste vivante hors du territoire occupé.

En mai 1944, Philippe Henriot, ministre de la Propagande de Vichy, l’attaque personnellement sur les ondes en invoquant ses origines. Pierre Dac répond le lendemain depuis Londres. Sans chercher l’emphase, il rappelle l’histoire de sa famille et le sacrifice de son frère ; il oppose à l’injure antisémite une idée simple de la France, fondée sur la fidélité et non sur la naissance. Cette riposte fait date. Elle montre que son humour n’était pas une fuite devant l’histoire : quand il le fallait, il savait abandonner la pirouette pour une parole d’une grande fermeté.

Le tandem avec Francis Blanche

Francis Blanche, partenaire de Pierre Dac.
Francis Blanche, partenaire de Pierre Dac pour plusieurs grandes créations radiophoniques. Photographie de 1970, via Wikimedia Commons.

Après la Libération, Pierre Dac reprend son travail de scène et de radio. Sa rencontre artistique avec Francis Blanche produit l’un des duos les plus féconds de l’après-guerre. Les deux hommes ont des tempéraments différents mais complémentaires : Dac est le maître des mécanismes absurdes, des formules et des personnages impossibles ; Blanche apporte une virtuosité de comédien, une rapidité de jeu et un goût de la digression qui décuplent l’effet. Leur complicité fait de la radio un théâtre sans décor, où la voix suffit à installer des villes imaginaires, des organisations secrètes et des intrigues rocambolesques.

Malheur aux barbus, puis surtout Signé Furax, deviennent des phénomènes populaires. Diffusé de 1956 à 1960, Signé Furax mêle parodie policière, feuilleton d’aventures et absurdité déchaînée. Des millions d’auditeurs suivent les péripéties de l’insaisissable Furax, du commissaire Fouvreaux, de Black et White, de la Société secrète des Babus ou du Boudin sacré. Le feuilleton joue avec les codes de la série américaine, du roman populaire et du cinéma, mais les détourne sans cesse. Après la séparation du duo, Pierre Dac poursuit notamment avec Bons baisers de partout, autre grande mécanique radiophonique dont le succès confirme sa maîtrise du genre.

Un candidat qui n’en était pas un

En 1965, Pierre Dac invente son canular politique le plus célèbre. Sous l’étiquette du MOU, le Mouvement ondulatoire unifié, il annonce sa candidature à l’élection présidentielle. Le programme, les slogans et les conférences de presse prolongent son univers : « Les temps sont durs, votez MOU ! » La plaisanterie prend pourtant une ampleur inattendue. Le personnage de candidat loufoque attire les médias et le public à un moment où l’élection présidentielle au suffrage universel direct est une nouveauté. À l’automne, à la demande de proches du général de Gaulle, il retire sa candidature. Le retrait lui-même devient une dernière pirouette : il explique qu’il ne peut plus se considérer comme le candidat le plus extravagant de la campagne.

Pierre Dac meurt à Paris le 9 février 1975, à l’âge de quatre-vingt-un ans. Il laisse une œuvre dispersée entre disques, journaux, textes, radio, films et souvenirs de scène, mais immédiatement reconnaissable. Sa postérité dépasse ses créations les plus connues : le Schmilblick est entré dans la langue courante, ses aphorismes continuent d’être cités et ses émissions de guerre gardent une force historique exceptionnelle. Il a donné à l’humour absurde français une forme moderne, populaire et profondément littéraire. Au Père-Lachaise, dans la case 4462 du columbarium, repose ainsi un homme qui fit du non-sens une arme de lucidité.

Œuvres et créations principales

  • L’Os à moelle, journal humoristique, 1938-1940, puis relancé dans les années 1960.
  • Le Schmilblick, le Biglotron et de nombreux aphorismes et inventions verbales.
  • Malheur aux barbus, série radiophonique avec Francis Blanche.
  • Signé Furax, feuilleton radiophonique, 1956-1960.
  • Bons baisers de partout, série radiophonique.
  • Les chroniques et chansons de Radio Londres, 1943-1944.

Repères

  • 1893 : naissance à Châlons-sur-Marne.
  • 1938 : création de L’Os à moelle.
  • Octobre 1943 : arrivée à Londres et débuts aux Français parlent aux Français.
  • 1946-1960 : collaboration radiophonique avec Francis Blanche.
  • 1965 : candidature parodique du MOU à l’élection présidentielle.
  • 1975 : mort à Paris ; ses cendres reposent au columbarium du Père-Lachaise.