Qui est Patrice Chéreau ?
Date de naissance : 2 novembre 1944 (Lézigné, Maine-et-Loire).
Date du décès : 7 octobre 2013 (Clichy, Hauts-de-Seine), à 68 ans.
Activité principale : Metteur en scène de théâtre et d’opéra, réalisateur, scénariste, producteur et acteur.
Nom de naissance : Patrice Chéreau.
Où est la tombe de Patrice Chéreau ?
Division 16 — chemin de Labédoyère.

Le monument funéraire de Patrice Chéreau au Père-Lachaise
Patrice Chéreau repose dans une sépulture très sobre, située au bord du chemin de Labédoyère. Le monument se compose d’une stèle de pierre sombre portant simplement son nom et ses dates : « Patrice Chéreau, 1944-2013 ». Cette retenue convient à un artiste qui, malgré une immense notoriété, resta attentif à la vérité des êtres et au travail collectif plutôt qu’à l’apparat.


Biographie de Patrice Chéreau
Patrice Chéreau a marqué la scène européenne par une rare capacité à passer du théâtre à l’opéra, du cinéma à l’interprétation, sans jamais renoncer à une même exigence : faire apparaître, dans les grands textes comme dans les récits contemporains, la violence des rapports humains, le désir, la solitude et la lutte pour la liberté. Né le 2 novembre 1944 à Lézigné, dans le Maine-et-Loire, il devient très tôt un homme de théâtre ; il sera ensuite l’un des metteurs en scène les plus influents de sa génération et un cinéaste reconnu dans le monde entier.
Son père, Jean-Baptiste Chéreau, est peintre ; sa mère, Marguerite Pélissier, est graphiste. Installée à Paris, la famille lui donne très tôt le goût des musées, du cinéma et de la littérature. Le jeune Patrice fréquente le lycée Montaigne puis le lycée Louis-le-Grand. Il y trouve le théâtre comme un espace de révélation : dès l’adolescence, il joue, met en scène, conçoit des décors et rassemble autour de lui des camarades fascinés par son énergie. Son intérêt pour les arts plastiques restera essentiel ; il expliquera plus tard l’importance des espaces, des matières et de la lumière dans ses spectacles.
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Un prodige du théâtre
À dix-neuf ans, alors qu’il suit des études d’allemand à la Sorbonne, Chéreau met professionnellement en scène L’Intervention de Victor Hugo. Il abandonne bientôt l’université pour se consacrer entièrement au théâtre. En 1966, il prend la direction du Théâtre de Sartrouville. Il n’a que vingt-deux ans. Autour de lui se forme une équipe qui l’accompagnera longtemps : le décorateur Richard Peduzzi, le costumier Jacques Schmidt et l’éclairagiste André Diot. Cette fidélité de collaborateurs n’est pas un détail : chez Chéreau, la mise en scène naît d’un dialogue précis entre les corps, le texte, l’espace et la lumière.
À Sartrouville, il monte Marivaux, Labiche, Lenz ou Shakespeare et refuse une culture municipale réduite au divertissement. Il programme aussi des projections, des concerts, des débats et de la poésie. Les difficultés financières conduisent à la fermeture de l’expérience en 1969, mais cette période fixe sa méthode : regarder les classiques depuis le présent, faire entendre les conflits sociaux et politiques derrière les convenances, refuser le décor purement illustratif. Il travaille alors au Piccolo Teatro de Milan, auprès de Paolo Grassi et dans l’ombre féconde de Giorgio Strehler, avant de revenir en France avec une ambition plus affirmée.
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Bayreuth : le Ring du centenaire
La consécration internationale arrive en 1976, lorsque le Festival de Bayreuth lui confie L’Anneau du Nibelung de Wagner, pour le centenaire de la création intégrale de la tétralogie. Chéreau a trente et un ans ; Pierre Boulez dirige. Leur lecture, bientôt appelée le Jahrhundertring — le Ring du centenaire —, déplace le mythe wagnérien vers l’époque de la révolution industrielle. Les dieux, les géants et les Nibelungen y évoluent dans un monde de capitalisme naissant, de cheminées d’usine et de domination sociale.
La production provoque d’abord des huées et des polémiques, parce qu’elle rompt avec l’imagerie héroïque traditionnelle. Mais elle impose peu à peu une nouvelle manière de mettre en scène l’opéra : l’œuvre n’est plus un monument intouchable, elle peut être interrogée à partir de l’Histoire et du présent. La dernière représentation, en 1980, reçoit une ovation exceptionnelle. Cette aventure devient une référence pour plusieurs générations de metteurs en scène et fait de Chéreau une figure majeure du théâtre musical.
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Les Amandiers et la découverte de Koltès
En 1982, Chéreau prend la direction du Théâtre des Amandiers à Nanterre. Le lieu devient l’un des laboratoires les plus vivants de la création française. Il y met en scène Racine, Marivaux, Shakespeare, Ibsen, Genet, Heiner Müller et Botho Strauss. Les Amandiers sont aussi une maison d’accueil pour les jeunes artistes, acteurs, auteurs et techniciens. Chéreau y met en place une troupe, une école et un cadre de travail qui accordent beaucoup de place aux répétitions, aux recherches et à la formation.
Sa rencontre avec Bernard-Marie Koltès est décisive. Chéreau crée notamment Combat de nègre et de chiens, Quai Ouest et Dans la solitude des champs de coton. Il comprend immédiatement la puissance de cette langue tendue, traversée par l’échange, le commerce, le désir et l’impossibilité de se rejoindre. En donnant ces textes à voir, il contribue fortement à les faire reconnaître. La mort de Koltès en 1989 marque pour lui une blessure durable ; elle ne met pas fin à son travail théâtral, mais en modifie la place dans sa trajectoire.
Le cinéma, un autre lieu de vérité
Chéreau réalise son premier long métrage, La Chair de l’orchidée, en 1975. Le cinéma lui permet d’approcher les visages, les silences et les corps avec une intimité que le plateau de théâtre ne donne pas de la même façon. Après Judith Therpauve, il signe L’Homme blessé en 1983, écrit avec Hervé Guibert. Le film reçoit le César du meilleur scénario original. Chéreau y aborde frontalement le désir, la dépendance affective et la violence, sans réduire ses personnages à des figures exemplaires.
Avec La Reine Margot en 1994, il réalise une fresque historique d’une ampleur rare dans le cinéma français des années 1990. Le film, porté par Isabelle Adjani, Daniel Auteuil et Virna Lisi, obtient le prix du jury au Festival de Cannes et plusieurs Césars. En 1998, Ceux qui m’aiment prendront le train suit une foule de personnages réunis par un deuil : le mouvement, l’excès et la fragilité des liens y deviennent le sujet même du récit. Le film reçoit le César de la meilleure réalisation.

Intimacy, tourné en anglais et présenté à Berlin en 2001, reçoit l’Ours d’or. Son frère, en 2003, poursuit son exploration de la maladie, de la fraternité et de l’accompagnement. Il tourne ensuite Gabrielle puis Persécution. Parallèlement, Chéreau reste acteur, notamment chez Andrzej Wajda, Michael Mann ou Claire Denis. Il ne sépare jamais vraiment ses métiers : jouer le rend plus attentif aux acteurs qu’il dirige ; travailler à l’opéra nourrit son sens du souffle, du rythme et de l’espace.
Les dernières mises en scène
À partir des années 1990, l’opéra reprend une place importante dans son travail. Il met en scène Wozzeck d’Alban Berg, Don Giovanni, Così fan tutte, Tristan und Isolde et De la maison des morts de Janáček. Ses productions privilégient la direction d’acteurs, la lisibilité des rapports de force et la précision du mouvement. Il ne cherche pas à surcharger le plateau : sa modernité vient d’une attention presque physique aux situations, aux regards et aux silences.
Sa dernière mise en scène est Elektra de Richard Strauss, créée au Festival d’Aix-en-Provence en juillet 2013. Patrice Chéreau meurt quelques mois plus tard, le 7 octobre, à Clichy. Les hommages viennent du théâtre, de l’opéra et du cinéma, trois mondes qu’il avait durablement rapprochés. Au Père-Lachaise, la discrétion de sa tombe contraste avec l’ampleur d’une œuvre qui continue de nourrir les scènes européennes et la mémoire des artistes formés à son contact.
Œuvres principales
- Théâtre et opéra : La Dispute, Peer Gynt, Les Paravents, les pièces de Bernard-Marie Koltès, le Ring de Wagner à Bayreuth, Lulu, Wozzeck, Tristan und Isolde, De la maison des morts et Elektra.
- Cinéma : La Chair de l’orchidée (1975), Judith Therpauve (1978), L’Homme blessé (1983), La Reine Margot (1994), Ceux qui m’aiment prendront le train (1998), Intimacy (2001), Son frère (2003), Gabrielle (2005) et Persécution (2009).
Distinctions et repères
- 1976-1980 : Ring du centenaire à Bayreuth avec Pierre Boulez.
- 1982-1990 : direction du Théâtre des Amandiers à Nanterre.
- 1984 : César du meilleur scénario original pour L’Homme blessé.
- 1994 : prix du jury au Festival de Cannes pour La Reine Margot.
- 1998 : César de la meilleure réalisation pour Ceux qui m’aiment prendront le train.
- 2001 : Ours d’or au Festival de Berlin pour Intimacy.
- 2003 : Ours d’argent de la meilleure réalisation pour Son frère.
- 2008 : Prix Europe pour le théâtre.