Qui est Bonne Maman ?
Date de naissance : 10 octobre 1821 (Bruxelles, Belgique).
Date du décès : 15 avril 1908 (Paris) à 86 ans.
Activité principale : Femme de lettres, peintre, médium et philosophe spirite.
Nom de naissance : Rufine Hilarie Temmerman.
Où est la tombe de Bonne Maman ?
La tombe est située dans la division 94.

Le monument funéraire de Bonne Maman au Père-Lachaise
La sépulture de Rufina Noeggerath, dite « Bonne Maman », est une tombe de pierre simple, surmontée d’une petite stèle. L’inscription indique son nom, ses dates — 1821-1908 — et la formule « Apôtre du spiritisme et de la paix universelle ». Elle résume précisément la cause à laquelle Rufina Noeggerath consacra les dernières décennies de son existence. Des fleurs et de petits hommages sont régulièrement déposés devant le monument.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Vue d’ensemble de la tombe de Bonne Maman.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
La stèle de Rufina Noeggerath, dite Bonne Maman.
Biographie de Bonne Maman
Rufine Hilarie Temmerman, connue sous le nom de Rufina Noeggerath puis sous le surnom de « Bonne Maman », naît à Bruxelles le 10 octobre 1821. Elle grandit dans un milieu aisé, reçoit une formation dans une école laïque puis dans un établissement de jeunes filles à Bonn, et manifeste très tôt un goût prononcé pour les arts. À son retour en Belgique, elle quitte la vie mondaine qui lui est promise afin d’étudier la peinture à Anvers. Cette première vocation, souvent éclipsée par sa célébrité spirite, occupe pourtant une part importante de son parcours.
À Bonn, elle rencontre Charles Nöggerath, fils du géologue Johann Jacob Nöggerath. Médecin, ophtalmologiste et directeur d’un établissement d’hydrothérapie à Rolandseck, Charles s’intéresse également au magnétisme animal et au somnambulisme magnétique, alors très discutés dans les milieux médicaux et intellectuels. Le couple se marie à Bruxelles en 1846. Leur fille unique, Rolanda, naît l’année suivante. Après un séjour en Allemagne, la famille revient s’établir en Belgique, à Sainte-Josse-ten-Noode.
La mort de Charles Nöggerath en 1852 bouleverse Rufina. Veuve avec une enfant et sans ressources personnelles suffisantes, elle doit trouver par elle-même les moyens de vivre. Elle le fait d’abord grâce à son talent de peintre. Installée entre la Belgique et Paris, où elle tient un atelier rue du Helder, elle réalise surtout des portraits au pastel. Ses œuvres sont montrées à Bruxelles, Anvers et Gand. À Paris, elle expose dès 1861 dans les vitrines de la maison Giroux, boulevard des Capucines, puis au Salon des Refusés de 1863. Ses contemporains remarquent la finesse de ses couleurs et la qualité de ses portraits.
Jofurei, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Portrait de Rufina Noeggerath.
Elle ne se limite pas aux beaux-arts. Dans les années 1860, elle dépose un brevet concernant un procédé de métallisation et de durcissement des tissus. La guerre de 1870 et la disparition d’une partie de son dossier empêchent l’entreprise d’aboutir. Cette tentative révèle néanmoins une personnalité curieuse, soucieuse d’indépendance matérielle et prête à explorer des domaines fort éloignés du salon artistique.
Son intérêt pour le spiritisme naît dans le contexte du deuil, mais sa conversion à cette doctrine semble plus tardive. Dans un entretien accordé en 1908, elle situe elle-même le moment décisif vers 1868. Après des expériences qu’elle juge d’abord peu convaincantes, elle adhère progressivement aux idées issues du mouvement d’Allan Kardec : survie de l’âme, pluralité des existences et possibilité de communications entre les vivants et les morts. Pour elle, il ne s’agit pas seulement de consolation privée ; elle entend soumettre les phénomènes médiumniques à l’observation et à une forme de contrôle.
Elle fréquente la Société scientifique d’études psychologiques, dont elle devient membre en 1881, et soutient la création de l’Union spirite française en 1883. Son salon de la rue Milton, à Paris, devient peu à peu un lieu connu des milieux spirites. On y rencontre des écrivains, journalistes, artistes, savants et militants du spiritualisme. L’appellation affectueuse de « Bonne Maman » s’impose alors : elle correspond à la manière dont ses proches décrivent son accueil, son goût de l’écoute et sa volonté d’offrir aide et réconfort aux personnes en difficulté.
Ce salon ne se présente pas comme un simple lieu de mondanité occulte. Rufina Noeggerath y organise des séances où elle cherche, selon ses propres convictions, à éviter les supercheries. Les participants, le mobilier et les vêtements des médiums sont contrôlés avant les expériences ; les témoignages sont recueillis et discutés. Ces précautions ne constituent évidemment pas une validation scientifique des phénomènes invoqués, mais elles éclairent l’ambition de cette génération spirite : faire entrer les questions de l’au-delà dans le débat intellectuel de la fin du XIXe siècle.
En 1897, elle publie son livre majeur, La Survie, sa réalité, sa manifestation, sa philosophie : Échos de l’au-delà. Camille Flammarion en rédige la préface et Hugo d’Alési réalise les illustrations. L’ouvrage rassemble des réflexions théoriques et des communications spirites recueillies au fil de nombreuses années, notamment avec le poète Camille Chaigneau. Rufina y défend une doctrine fondée sur l’amour, la fraternité et le progrès moral. Elle y combat aussi explicitement l’antisémitisme et les haines religieuses ou raciales, qu’elle considère comme contraires à la dignité humaine.
Jofurei, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Couverture de La Survie, 1897.
Son engagement prend aussi une dimension pacifiste. Elle soutient l’Alliance universelle des femmes pour la paix et devient, en 1904, présidente d’honneur de l’Alliance spirite universelle. En 1906, elle est nommée présidente d’honneur du Cercle Allan Kardec aux côtés de Léon Denis et d’Albert de Rochas. Ces fonctions témoignent de l’autorité acquise par cette femme qui, partie de la peinture et d’un veuvage difficile, a construit un réseau intellectuel et spirituel reconnu bien au-delà de Paris.
À la fin de sa vie, Le Matin lui consacre un article dans son enquête sur « le Grand Doute ». Elle y apparaît comme l’une des doyennes du spiritisme français. Rufina Noeggerath meurt à Paris le 15 avril 1908. Elle est inhumée au Père-Lachaise, dans la division 94. Sa tombe conserve le surnom sous lequel elle fut connue, mais son parcours mérite aussi de retenir son activité de peintre, d’autrice et de femme engagée dans les débats religieux, scientifiques et sociaux de son temps.
Œuvres principales
- Hymne à la mort, poème publié dans La Revue spirite.
- Trois romances médiumniques (1883), publiées sous le nom de R. Rufina Noeggerath.
- La Survie, sa réalité, sa manifestation, sa philosophie : Échos de l’au-delà (1897), préface de Camille Flammarion.
Fonctions et distinctions
- Médaille d’or de la Société des sciences industrielles, arts et belles-lettres de Paris pour ses portraits au pastel.
- Membre de la Société scientifique d’études psychologiques (à partir de 1881).
- Présidente d’honneur de l’Alliance spirite universelle (1904).
- Présidente d’honneur du Cercle Allan Kardec (1906).