Qui est Rosa Bonheur ?
Date de naissance : 16 mars 1822 (Bordeaux, France).
Date du décès : 25 mai 1899 (Thomery, Seine-et-Marne) à 77 ans.
Activité principale : Peintre et sculptrice, grande figure de la peinture animalière.
Nom de naissance : Marie-Rosalie Bonheur.
Où est la tombe de Rosa Bonheur ?
La tombe est située dans la division 74.

Le monument funéraire de Rosa Bonheur au Père-Lachaise
Rosa Bonheur repose dans la 74e division, dans la concession de la famille Micas. Elle y est inhumée avec Nathalie Micas, sa compagne de plus de quarante ans, et Anna Klumpke, peintre américaine, dernière compagne de l’artiste et biographe de sa vie. La sépulture est constituée d’une stèle verticale en pierre, sobrement sculptée, et d’un caveau clos par une grille. Les noms des trois femmes y sont réunis ; l’inscription « L’amitié est une affection divine » rappelle le lien qui les a unies.
Le monument porte aussi la mention d’« officier de la Légion d’honneur », distinction particulièrement remarquable : Rosa Bonheur fut la première femme artiste à être faite chevalier de l’ordre, en 1865, puis la première femme promue officier, en 1894. La tombe ne cherche pas l’effet monumental ; elle tient son intérêt à l’histoire très précise des personnes qui y reposent et à la place de Rosa Bonheur dans l’histoire de l’art du XIXe siècle.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Tombe de Rosa Bonheur, Nathalie Micas et Anna Klumpke.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Autre vue de la sépulture, division 74.
Biographie de Rosa Bonheur
Marie-Rosalie Bonheur naît à Bordeaux le 16 mars 1822. Elle grandit dans une famille où l’art n’est pas un agrément mais une activité quotidienne. Son père, Raymond Bonheur, est peintre de paysages et de portraits ; sa mère, Sophie Marquis, enseigne le piano. La famille est sensible aux idées saint-simoniennes, qui défendent notamment l’éducation des femmes. Cette atmosphère ne protège pourtant pas les Bonheur de la précarité. Après leur installation à Paris, le foyer connaît des difficultés matérielles et la mort de Sophie, en 1833, laisse les enfants très tôt privés de leur mère.
Rosa ne trouve pas sa place dans l’enseignement ordinaire. Son père décide alors de l’instruire dans son atelier, comme il le fait pour ses frères Auguste et Isidore et pour sa sœur Juliette, tous appelés à devenir artistes. Elle apprend le dessin avec une discipline exigeante, copie les maîtres au Louvre, travaille le modelage et la sculpture. À une époque où les grandes écoles d’art restent fermées aux femmes, cette formation familiale lui donne les moyens techniques qui lui manqueraient ailleurs. Très tôt, elle ne veut pas seulement peindre des animaux décoratifs : elle veut les comprendre, les regarder vivre et restituer leur anatomie avec une précision que les peintres animaliers obtiennent rarement.

Édouard Dubufe, domaine public, via Wikimedia Commons.
Rosa Bonheur avec un taureau.
Cette méthode repose sur l’observation directe. Rosa Bonheur fréquente les fermes, les foires, les marchés aux bestiaux, les abattoirs et les écuries. Elle étudie aussi les traités de sciences naturelles, les squelettes et les muscles, et voyage en Auvergne, dans le Nivernais, les Pyrénées puis en Écosse. Les vêtements masculins qu’elle porte dans certains de ces lieux répondent d’abord à une nécessité pratique : ils lui permettent de circuler plus librement, de dessiner et de travailler sans être constamment remarquée. Elle obtient de la préfecture de police l’autorisation alors requise pour porter le pantalon dans l’espace public. Ce document, souvent réduit à une anecdote, témoigne surtout des contraintes très concrètes auxquelles une peintre devait se soumettre pour exercer son métier.

Préfecture de police de Paris, domaine public, via Wikimedia Commons.
Autorisation administrative de porter des vêtements masculins accordée à Rosa Bonheur.
Elle expose au Salon dès 1841. Ses premiers envois attirent l’attention par leur sûreté de dessin et par un réalisme sans mièvrerie. Une médaille de troisième classe en 1845, puis une médaille d’or en 1848, installent progressivement son nom. La commande d’État du Labourage nivernais, exposé au Salon de 1849, constitue un premier tournant. Sur cette grande toile consacrée au travail des bœufs et des laboureurs, elle donne à une scène rurale l’ampleur habituellement réservée aux sujets historiques. Les animaux ne sont plus des accessoires du paysage : ils en sont la force principale, observés avec une attention presque scientifique et peints sans idéalisation pastorale.

Rosa Bonheur, domaine public, via Wikimedia Commons.
Scène de labour, étude du monde rural et animal.
Sa consécration arrive avec Le Marché aux chevaux. Entre 1852 et 1855, elle prépare ce vaste tableau au marché du boulevard de l’Hôpital, près de la Salpêtrière, où elle se rend deux fois par semaine pendant un an et demi pour prendre des croquis. Présentée au Salon de 1853, la composition impressionne par sa taille — près de cinq mètres de large — et par le mouvement de la ronde des chevaux. Le succès est immédiat. Le marchand Ernest Gambart comprend très tôt la portée internationale de l’œuvre : il en assure la diffusion en Grande-Bretagne puis aux États-Unis. La toile, aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum of Art de New York, devient l’une des images les plus célèbres de la peinture française du XIXe siècle.

Rosa Bonheur, domaine public, via Wikimedia Commons.
Le Marché aux chevaux, 1852-1855.
Cette réussite lui apporte une indépendance financière exceptionnelle pour une femme artiste de son temps. En 1859, elle acquiert le château de By, à Thomery, près de la forêt de Fontainebleau, et y installe son atelier avec Nathalie Micas et la mère de celle-ci. Nathalie, rencontrée pendant l’adolescence, partage sa vie et son quotidien pendant plus de quarante ans. À By, Rosa Bonheur crée un espace de travail à sa mesure : un vaste atelier, des enclos et une véritable ménagerie où vivent selon les périodes chevaux, moutons, cerfs, sangliers, chiens et même des lions. Cette proximité ne relève pas de la fantaisie ; elle prolonge son exigence de peintre, pour qui l’observation du vivant reste la source première de l’œuvre.
La notoriété de Rosa Bonheur ne cesse alors de croître. Elle vend à une clientèle française, britannique et américaine, reçoit collectionneurs et souverains et participe aux grandes expositions internationales. L’impératrice Eugénie lui remet elle-même la Légion d’honneur en 1865 : elle est la première femme artiste à recevoir cette distinction. En 1894, elle devient la première femme promue officier de l’ordre. Loin de n’être qu’un symbole, cette reconnaissance sanctionne une carrière parfaitement maîtrisée : l’artiste choisit ses sujets, contrôle sa production, négocie ses ventes et vit de son travail sans dépendre d’un mari ni d’un atelier masculin.
Son art évolue sans abandonner ses principes. Dans les années 1860 et 1870, elle poursuit ses grands paysages animaliers, réalise des sculptures et s’intéresse de plus en plus aux animaux sauvages. Le château de By devient aussi un lieu de réception et d’expérimentation. Après la mort de Nathalie Micas en 1889, Rosa Bonheur traverse un deuil profond. Cette même année, elle rencontre William F. Cody, dit Buffalo Bill, à l’occasion de la venue de son Wild West Show à Paris. La figure du chef de troupe américain, ses cavaliers et son univers de l’Ouest nourrissent de nouvelles images. Rosa peint notamment un portrait de Cody et s’intéresse aux chevaux et aux scènes de chasse qu’il lui fait connaître.

Rosa Bonheur, domaine public, via Wikimedia Commons.
À Monsieur le Colonel Cody, portrait de Buffalo Bill.
À la fin de sa vie, elle rencontre Anna Klumpke, peintre américaine venue lui demander de poser pour un portrait. Une relation de confiance et d’affection s’établit entre les deux artistes. Anna Klumpke s’installe à By, recueille ses souvenirs et devient son héritière. Rosa Bonheur meurt au château de By le 25 mai 1899, alors qu’elle travaille encore à de grandes compositions. Klumpke publiera en 1909 Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre, ouvrage essentiel pour la connaissance de l’artiste, tout en préservant la maison, l’atelier et une partie de ses archives.
Rosa Bonheur a été immensément célèbre de son vivant avant de connaître une longue éclipse critique au XXe siècle, lorsque le réalisme académique a été jugé moins novateur que les avant-gardes. Son œuvre est aujourd’hui relue autrement. Les grands musées soulignent la puissance de sa peinture, l’ampleur de son succès international et la cohérence de son parcours. Elle ne se réduit ni à son indépendance personnelle ni à l’image d’une femme « en avance sur son temps » : elle fut surtout une professionnelle de premier plan, qui a donné à la peinture animalière une ambition, une échelle et une place publique nouvelles.
Œuvres principales
- Labourage nivernais (1849), musée d’Orsay.
- Le Marché aux chevaux (1852-1855), Metropolitan Museum of Art, New York.
- La Fenaison en Auvergne (1855).
- Le Roi de la forêt (1878).
- La Foulaison du blé en Camargue, œuvre laissée inachevée en 1899.
- À Monsieur le Colonel Cody, portrait de Buffalo Bill.
Honneurs et distinctions
- Médaille de troisième classe au Salon de 1845.
- Médaille d’or au Salon de 1848.
- Chevalier de la Légion d’honneur (1865), première femme artiste décorée.
- Ordre de Saint-Charles du Mexique (1865).
- Ordre d’Isabelle la Catholique et ordre de Léopold (1880).
- Croix du Mérite pour les Arts et les Sciences de Saxe-Cobourg-Gotha (1885).
- Officier de la Légion d’honneur (1894), première femme promue à ce grade.