Qui est Jane Avril ?
Date de naissance : 9 juin 1868 (Belleville, Paris).
Date du décès : 17 janvier 1943 (Paris) à 74 ans.
Activité principale : Danseuse de cabaret et de music-hall.
Nom de naissance : Jeanne Louise Beaudon.
Où est la tombe de Jane Avril ?
La tombe est située dans la division 19.

Le monument funéraire de Jane Avril au Père-Lachaise
Jane Avril repose dans la division 19, dans le caveau de la famille Biais-Avril. Le monument, en pierre claire, prend la forme d’une stèle verticale à fronton arrondi. Il porte les noms de Jane Avril et de son époux, l’affichiste et dessinateur Maurice Biais, ainsi que ceux de proches inhumés dans le même tombeau. Cette sépulture est inscrite parmi les monuments historiques du cimetière du Père-Lachaise.

Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Tombe de Jane Avril, division 19 du Père-Lachaise.
Biographie de Jane Avril
Jane Avril est l’une des silhouettes les plus reconnaissables du Paris de la Belle Époque. Son nom demeure indissociable du Moulin Rouge et des affiches d’Henri de Toulouse-Lautrec, mais elle ne fut pas seulement l’un de ses modèles. Sous son nom d’état civil, Jeanne Louise Beaudon, elle fut une artiste de scène à part entière : une danseuse au style singulier, connue de tous les grands établissements de spectacle parisiens, capable de faire d’une entrée, d’un pas brusque ou d’un arrêt de musique une présence immédiatement identifiable.
Elle naît le 9 juin 1868 à Belleville. Les récits de son enfance ont longtemps été enveloppés d’anecdotes, notamment par des biographies romancées ; les éléments les plus sûrs permettent surtout de suivre son cheminement vers la scène. Très jeune, elle fréquente les bals populaires et apprend à danser au contact de la vie parisienne. Elle adopte le prénom de Jane et le nom d’Avril, plus facile à retenir et mieux accordé au monde du spectacle, à une époque où les danseuses de cabaret construisent elles-mêmes une part de leur personnage public.

Paul Sescau / Wikimedia Commons, domaine public.
Jane Avril, vers 1890.
À la fin des années 1880, Paris vit au rythme des cafés-concerts, des bals et des nouveaux cabarets de Montmartre. Les artistes circulent d’une salle à l’autre ; le public vient chercher des personnalités autant que des numéros. Jane Avril se fait remarquer dans ce milieu par une danse nerveuse, parfois décrite comme anguleuse, qui tranche avec l’aisance expansive d’autres vedettes du cancan. Cette originalité devient sa signature. La presse lui donne le surnom de « la Mélinite », du nom d’un explosif alors célèbre : moins une définition de son caractère qu’une manière de dire la vivacité imprévisible de son jeu scénique.
Son entrée au Moulin Rouge, ouvert en 1889, lui apporte la notoriété. L’établissement, dirigé par Charles Zidler et Joseph Oller, réunit chansonniers, danseuses et artistes de passage devant une clientèle parisienne et internationale. Jane Avril y devient une vedette, sans se confondre avec La Goulue ou avec les autres interprètes du quadrille. Elle y impose une image plus dessinée, plus moderne, faite de silhouettes élancées, de mouvements rapides et de costumes soigneusement composés. Elle se produit aussi au Divan japonais, aux Ambassadeurs, à l’Olympia et dans d’autres lieux de la vie nocturne parisienne.

Henri de Toulouse-Lautrec / Wikimedia Commons, domaine public.
Jane Avril, Jardin de Paris, affiche de 1893.
La rencontre avec Toulouse-Lautrec est décisive pour son image publique. L’artiste ne la représente pas comme une simple attraction de cabaret : ses lithographies, ses affiches et ses dessins saisissent une attitude, une allure et une élégance qui lui sont propres. L’affiche commandée en 1893 pour ses apparitions au Jardin de Paris est devenue l’une des images emblématiques de l’affiche moderne. La relation est aussi une amitié durable. Jane Avril comprend très tôt que ces images la font connaître bien au-delà des salles où elle danse ; Lautrec, de son côté, trouve en elle un modèle dont le mouvement correspond à ses recherches graphiques.
Sa carrière ne se limite pas à Montmartre. Elle donne des spectacles à Londres et se produit devant un public qui découvre, à travers elle, une version stylisée du cancan parisien. Sa présence dans la troupe de Mademoiselle Églantine, avec Cléopâtre et Gazelle, est notamment fixée par une célèbre affiche de Toulouse-Lautrec. Cette circulation entre Paris et l’étranger participe à la diffusion de l’imaginaire de la Belle Époque : une capitale de musique, d’affiches et de danse, dont Jane Avril devient l’un des visages.

Henri de Toulouse-Lautrec / Wikimedia Commons, domaine public.
La Troupe de Mademoiselle Églantine, avec Jane Avril.
Cette célébrité a cependant ses limites. Le métier de danseuse ne garantit ni une longue sécurité financière ni une place stable lorsque les goûts du public changent. Jane Avril ralentit progressivement ses apparitions au début du XXe siècle. En 1911, elle épouse le dessinateur, peintre et affichiste Maurice Biais, dont l’œuvre appartient au même monde de l’illustration et du spectacle. Le couple vit notamment à Jouy-en-Josas. Biais adopte Jean-Pierre, le fils de Jane Avril. Le mariage rattache ainsi la danseuse à une autre figure du Paris illustré de son temps, aujourd’hui lui aussi inhumé au Père-Lachaise.

Henri de Toulouse-Lautrec / Wikimedia Commons, domaine public.
Jane Avril, 1892.
Maurice Biais meurt en 1926. Jane Avril, alors éloignée de la scène, publie ses souvenirs sous le titre Mes mémoires en 1933. Comme beaucoup de récits d’artistes, le livre mêle le témoignage personnel à la construction d’une légende ; il reste néanmoins un document précieux sur la vie des cabarets et sur le regard que la danseuse porte elle-même sur sa carrière. Ses dernières années sont difficiles. Elle meurt le 17 janvier 1943, à Paris, pendant l’Occupation.
Sa place dans l’histoire culturelle ne tient donc pas seulement au souvenir du Moulin Rouge. Jane Avril a contribué à faire reconnaître la danseuse de cabaret comme une personnalité artistique, identifiable par un style et par une image. Les œuvres de Toulouse-Lautrec l’ont installée dans l’iconographie de la fin du XIXe siècle, mais elles conservent aussi la trace d’une interprète qui savait transformer une scène populaire en spectacle singulier.
Repères
- Vedette du Moulin Rouge à partir des premières années de l’établissement.
- Affiche Jane Avril, Jardin de Paris, Henri de Toulouse-Lautrec, 1893.
- Affiche La Troupe de Mademoiselle Églantine, Henri de Toulouse-Lautrec, 1896.
- Mes mémoires, 1933.