Qui est Sadegh Sharafkandi ?
Nom complet : Mohammad Sadegh Sharafkandi, également appelé docteur Saïd.
Naissance : 11 janvier 1938 (région de Bukan, Iran).
Mort : 17 septembre 1992 (Berlin, Allemagne) à 54 ans, assassiné.
Activités : chimiste, enseignant et militant politique kurde iranien.
Notoriété : secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) de 1989 à 1992.
Où se trouve la tombe de Sadegh Sharafkandi ?
La tombe de Sadegh Sharafkandi se trouve dans la division 42 du cimetière du Père-Lachaise, chemin des Anglais. Elle appartient à un ensemble de trois sépultures voisines, celles de Sadegh Sharafkandi, Fattah Abdoli et Homayoun Ardalan, victimes de l’attentat du restaurant Mykonos.

Le monument funéraire de Sadegh Sharafkandi au Père-Lachaise
La sépulture de Sadegh Sharafkandi, située dans la 42e division du Père-Lachaise, est constituée d’une dalle de pierre claire terminée par une petite stèle verticale à sommet arrondi. Une photographie du dirigeant kurde est intégrée dans la partie supérieure de la stèle, au-dessus des inscriptions commémoratives.
Le monument porte son nom, ses dates et rappelle sa fonction de secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran. Les inscriptions évoquent également sa mort à Berlin en 1992, lors de l’assassinat connu sous le nom d’attentat du restaurant Mykonos.
La tombe de Sharafkandi forme un ensemble avec les sépultures voisines de Fattah Abdoli et Homayoun Ardalan, tués avec lui. Les trois monuments, disposés côte à côte et conçus dans un style très proche, constituent un mémorial commun aux responsables kurdes assassinés. Des fleurs, rubans et hommages sont régulièrement déposés autour des stèles.


Biographie de Sadegh Sharafkandi
Sadegh Sharafkandi naît le 11 janvier 1938 dans la région de Bukan, au Kurdistan iranien. Il grandit dans une société où l’identité kurde, la langue et les aspirations politiques se heurtent à la centralisation de l’État iranien. Sa famille s’installe ensuite à Mahabad, ville qui occupe une place particulière dans l’histoire politique kurde. Il y poursuit ses études primaires et secondaires avant de partir étudier la chimie à Téhéran.
De Mahabad aux études scientifiques
En 1959, il obtient un diplôme de chimie à l’Institut supérieur de formation de Téhéran. Cette formation ouvre d’abord devant lui une carrière d’enseignant. Pendant plusieurs années, il enseigne la chimie dans des villes kurdes, notamment à Bukan et Mahabad. L’école et la transmission du savoir constituent alors son activité publique principale.
Son parcours professionnel n’est pourtant pas indépendant du contexte politique. Ses engagements attirent l’attention des autorités du régime impérial. Il est muté successivement à Arak puis à Karaj, loin de sa région d’origine. Il rejoint ensuite l’École normale supérieure de Téhéran comme enseignant assistant. Cette double expérience, scientifique et pédagogique, restera une composante importante de son identité, même lorsque la politique occupera toute sa vie.

Un doctorat de chimie à Paris
En 1972, Sharafkandi vient en France afin de poursuivre sa formation à l’université Paris-VI, aujourd’hui intégrée à Sorbonne Université. Il se spécialise en chimie analytique et obtient son doctorat en 1976. Son séjour parisien marque cependant bien davantage qu’une étape universitaire. Il y rencontre en 1973 Abdul Rahman Ghassemlou, dirigeant du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran. Il adhère au PDKI et lie désormais plus étroitement son avenir scientifique à son engagement pour les droits politiques et culturels des Kurdes d’Iran.
À son retour en Iran en 1976, il reprend l’enseignement à Téhéran. Il devient parallèlement le représentant de Ghassemlou dans le pays. Il agit encore dans un cadre clandestin ou fortement surveillé, puisque le PDKI, interdit sous le shah, a été repoussé dans la clandestinité après le coup d’État de 1953.

La révolution iranienne et le retour du PDKI
La chute de la monarchie en février 1979 bouleverse les rapports de force. Comme d’autres organisations politiques, le PDKI reprend publiquement ses activités et réclame une autonomie administrative, culturelle et linguistique pour le Kurdistan dans le cadre de l’Iran. Sharafkandi abandonne progressivement sa carrière universitaire pour participer pleinement à ce mouvement.
Il est d’abord élu membre suppléant du comité central et reçoit la responsabilité de l’organisation du parti à Téhéran. En 1980, il rejoint le Kurdistan iranien et entre au bureau politique. Il est chargé notamment des publications et de la communication du mouvement. Sa formation, sa maîtrise de plusieurs langues et son expérience européenne lui permettent de relier le travail politique intérieur à la diplomatie internationale.
Une lutte devenue clandestine
L’espoir d’une reconnaissance politique des revendications kurdes disparaît rapidement. Les relations entre le nouveau pouvoir de la République islamique et les organisations kurdes dégénèrent en affrontements. Le PDKI est de nouveau interdit et ses militants sont poursuivis. Sharafkandi s’installe durablement dans l’appareil dirigeant du parti, dont il devient l’un des principaux responsables.
En 1986, il est nommé secrétaire général adjoint. Il travaille aux côtés de Ghassemlou, qui cherche une solution politique fondée sur la démocratie en Iran et l’autonomie du Kurdistan. La guerre Iran-Irak, les rivalités régionales et la répression compliquent considérablement l’action du mouvement. L’exil devient aussi un terrain essentiel : il faut y maintenir les réseaux, informer les opinions publiques et chercher des soutiens auprès des partis européens.
Succéder à Abdul Rahman Ghassemlou
Le 13 juillet 1989, Abdul Rahman Ghassemlou est assassiné à Vienne avec deux autres hommes pendant une rencontre présentée comme une négociation avec des représentants iraniens. Sharafkandi assume alors la direction provisoire du PDKI. En décembre 1991, le neuvième congrès du parti l’élit à l’unanimité secrétaire général.
Sa mission est particulièrement difficile. Il doit préserver l’unité d’une organisation dispersée, défendre les droits des Kurdes iraniens et convaincre les interlocuteurs étrangers sans laisser la lutte se réduire à sa seule dimension militaire. Son profil de scientifique francophone et son expérience internationale renforcent sa capacité à dialoguer avec des responsables politiques européens.
Le voyage à Berlin
En septembre 1992, Sharafkandi se rend à Berlin à l’occasion du congrès de l’Internationale socialiste. Il est accompagné de Fattah Abdoli, représentant du PDKI en Europe, et d’Homayoun Ardalan, représentant du parti en Allemagne. Les responsables kurdes veulent profiter de la présence de nombreuses personnalités politiques pour faire connaître leur situation et nouer des contacts.
Le soir du 17 septembre, ils dînent dans une salle du restaurant grec Mykonos, dans le quartier berlinois de Wilmersdorf. Nouri Dehkordi, opposant iranien qui leur sert d’interprète, est également présent. Des hommes armés font irruption et ouvrent le feu. Sharafkandi, Abdoli et Ardalan sont tués sur place ; Dehkordi meurt peu après. Le restaurateur Aziz Ghaffari est grièvement blessé.

Le procès Mykonos
L’enquête allemande conduit à l’un des procès les plus importants concernant les assassinats d’opposants iraniens à l’étranger. Ouvert en 1993, le procès dure plus de trois ans. La cour entend 176 témoins au cours de 246 audiences et examine une documentation considérable. En avril 1997, elle condamne Kazem Darabi et Abbas Rhayel à la réclusion criminelle à perpétuité ; deux autres accusés sont reconnus complices.
Le jugement dépasse la seule responsabilité des exécutants. La justice allemande conclut à l’implication directe d’autorités iraniennes dans la préparation de l’opération et désigne le ministre iranien du Renseignement Ali Fallahian comme l’un des responsables. Cette décision provoque une grave crise diplomatique entre l’Iran et plusieurs pays européens. Elle fait du nom de Mykonos un symbole de la lutte contre les assassinats politiques transnationaux.
Inhumation et mémoire au Père-Lachaise
Après sa mort, Sadegh Sharafkandi est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Ses compagnons Fattah Abdoli et Homayoun Ardalan reposent à ses côtés. L’ensemble constitue un lieu de mémoire pour les Kurdes d’Iran et pour les défenseurs des libertés politiques. Les inscriptions associent étroitement leurs noms à la revendication de liberté du peuple kurde.
Scientifique devenu dirigeant politique, Sharafkandi appartient à une génération d’intellectuels kurdes qui tenta de conjuguer engagement national, démocratie et action internationale. Sa mort, trois ans après celle de son prédécesseur Ghassemlou, illustre la violence exercée contre les opposants iraniens en exil. Le procès de Berlin a durablement inscrit son assassinat dans l’histoire politique et judiciaire européenne de la fin du XXe siècle.
Fonctions et engagements de Sadegh Sharafkandi
- Enseignant et chercheur en chimie analytique.
- Membre du comité central puis du bureau politique du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran.
- Responsable des publications et de la communication du PDKI.
- Secrétaire général adjoint du PDKI à partir de 1986.
- Secrétaire général du PDKI de 1989 à 1992, confirmé par le congrès de décembre 1991.
- Défenseur d’une solution démocratique en Iran et de l’autonomie politique et culturelle du Kurdistan iranien.