Qui est Patachou ?
Nom complet : Henriette Eugénie Jeanne Ragon, dite Patachou.
Naissance : 10 juin 1918 (Paris, France).
Mort : 30 avril 2015 (Neuilly-sur-Seine, France) à 96 ans.
Activités : chanteuse, artiste de cabaret et actrice.
Où se trouve la tombe de Patachou ?
Patachou repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 2. Sa sépulture est partagée avec son second époux, le producteur américain Arthur Lesser (1912-1979).

Le monument funéraire de Patachou au Père-Lachaise
La tombe de Patachou est une sépulture sobre en pierre claire, bordée par une grille métallique basse. Une stèle verticale porte simplement son nom de scène, devenu inséparable de Montmartre et de la chanson française, tandis que la dalle rappelle aussi Arthur Lesser.


Biographie de Patachou
Henriette Eugénie Jeanne Ragon naît le 10 juin 1918 dans le 12e arrondissement de Paris. Issue d’un milieu modeste et élevée dans l’est parisien, elle entre tôt dans la vie active. Avant que le spectacle ne devienne sa vocation, elle exerce plusieurs métiers : dactylo, ouvrière, vendeuse de chaussures puis antiquaire. Ces expériences, au contact direct du public, contribuent à forger une personnalité vive, volontaire et attentive aux autres. Elle épouse Jean Billon, avec lequel elle a un fils, Pierre Billon, futur auteur-compositeur et producteur de musique.
Chez Patachou, un cabaret devenu légendaire
En 1948, Henriette et Jean Billon ouvrent à Montmartre un restaurant-cabaret au 13, rue du Mont-Cenis. L’établissement porte d’abord un nom inspiré de la pâtisserie, Chez Patachou, avant que sa propriétaire n’en adopte elle-même le surnom. Le lieu devient rapidement une adresse recherchée : on y dîne, on y chante et l’on y écoute une chanson proche du public, servie dans une atmosphère intime. Patachou coupe volontiers les cravates des clients, geste malicieux qui alimente la réputation de la maison et participe à la légende montmartroise.
Elle n’avait pas prévu de devenir chanteuse. Encouragée, notamment, par Maurice Chevalier, elle commence pourtant à interpréter quelques chansons dans sa salle. Sa diction nette, son sens du récit, son humour et sa présence immédiate séduisent. Elle ne cherche pas les effets de voix : elle donne priorité aux mots, aux personnages et aux petites scènes de la vie parisienne. Sa façon de chanter, à la fois gouailleuse, tendre et élégante, l’inscrit dans la tradition du cabaret tout en affirmant un ton très personnel.

La rencontre décisive avec Georges Brassens
L’épisode le plus célèbre de Chez Patachou reste la rencontre avec Georges Brassens. En 1952, le jeune auteur, encore inconnu du grand public, vient lui présenter ses chansons. Brassens se considère alors davantage comme auteur que comme interprète et souhaiterait confier son répertoire à d’autres. Patachou comprend immédiatement la singularité de son écriture. Elle choisit plusieurs titres pour son propre tour de chant, mais le convainc aussi de monter sur scène. Cette confiance joue un rôle déterminant dans le lancement de sa carrière.
Patachou est ainsi parmi les premières à chanter et à enregistrer Brassens. Elle fait entendre ses textes dans son cabaret et contribue à les installer auprès du public. Leur relation artistique symbolise sa capacité rare à repérer une voix neuve et à lui offrir un espace de liberté. Chez elle se produisent ou passent également Jacques Brel, Charles Aznavour, Guy Béart, Léo Ferré, Hugues Aufray, Claude Nougaro, Michel Sardou et bien d’autres. Le cabaret ne fut donc pas seulement son écrin : il devint un véritable laboratoire de la chanson française d’après-guerre.

Une interprète populaire et exigeante
Dès le début des années 1950, Patachou dépasse le cadre de son établissement. Elle chante en première partie d’Henri Salvador, se produit aux Trois Baudets, à Bobino puis à l’Olympia. Son répertoire puise chez les meilleurs auteurs de son temps : Georges Brassens, Léo Ferré, Charles Aznavour, Jacques Brel, Guy Béart, Francis Lemarque, Boris Vian ou encore Jean-Roger Caussimon. Elle sait faire alterner la confidence, la fantaisie et l’émotion sans perdre cette articulation précise qui rend chaque histoire immédiatement intelligible.
Parmi les chansons qui restent attachées à son nom figurent La Complainte de la Butte, créée pour le film French Cancan, Bal chez Temporel, La Bague à Jules, Gamin de Paris, Le Tapin tranquille et On n’est pas là pour se faire engueuler. Elle donne aux textes une couleur dramatique ou espiègle, avec une économie de gestes héritée du cabaret. Sa voix reconnaissable et sa silhouette élégante deviennent familières au public de la radio, du disque et de la télévision.

De Montmartre aux scènes internationales
Sa notoriété franchit rapidement les frontières. Après Londres, elle se produit aux États-Unis, notamment à New York, où le public apprécie cette incarnation moderne de la chanson parisienne. Elle chante au Waldorf-Astoria et au Carnegie Hall, puis multiplie les tournées en Amérique du Nord et ailleurs. La presse anglophone la surnomme volontiers « Lady Patachou ». À une époque où peu d’interprètes françaises s’imposent durablement hors de France, elle réussit à faire comprendre l’esprit de ses chansons au-delà même de la langue.
Ses voyages l’emmènent au Canada, en Europe et jusqu’en Asie. Ils confirment une carrière bâtie sur la scène, la proximité et l’art de raconter. Patachou conserve pourtant un lien profond avec Montmartre, dont elle reste l’une des figures emblématiques. Son cabaret, fréquenté par des célébrités françaises et étrangères, incarne une certaine image du Paris nocturne : populaire sans être vulgaire, littéraire sans être solennel, ouvert aux débutants comme aux artistes confirmés.

Une seconde carrière de comédienne
Le cinéma s’intéresse tôt à elle. Elle apparaît notamment dans Napoléon de Sacha Guitry en 1955 et mène parallèlement une activité à la télévision. À partir de la fin des années 1970, elle se fait plus rare comme chanteuse et s’oriente davantage vers le métier de comédienne. Cette nouvelle période n’est pas un simple prolongement de sa célébrité musicale : elle construit des personnages avec sobriété et trouve naturellement sa place auprès de cinéastes de générations très différentes.
Dans les années 1980 et 1990, les téléspectateurs la retrouvent dans plusieurs séries et téléfilms. Au cinéma, elle marque les esprits dans Cible émouvante de Pierre Salvadori en 1993, puis dans Pola X de Leos Carax en 1999. Elle joue aussi dans Les Acteurs de Bertrand Blier en 2000. Son âge devient alors une force de jeu : son visage, sa voix et son autorité tranquille donnent une densité immédiate aux rôles de mère, de grand-mère ou de femme au caractère bien trempé.

Dernières années et disparition
Après son divorce d’avec Jean Billon, Patachou épouse le producteur américain Arthur Lesser, mort en 1979. Elle demeure ensuite discrète sur sa vie privée, tout en continuant ponctuellement à apparaître à l’écran. Jusqu’à un âge avancé, elle reste associée à cette génération d’artistes qui avaient fait du cabaret un lieu essentiel de création et de transmission. Son fils Pierre Billon poursuit lui aussi une importante carrière dans la chanson française.
Patachou meurt le 30 avril 2015 à Neuilly-sur-Seine, à l’âge de 96 ans. Les hommages soulignent autant la chanteuse que la passeuse de talents. Son nom demeure indissociable des débuts de Georges Brassens et de l’effervescence artistique de Montmartre. Mais son parcours ne se résume pas à cette découverte : près de six décennies d’activité, des tournées internationales, de nombreux enregistrements et une véritable carrière de comédienne témoignent d’une artiste complète, curieuse et libre.
Chansons, films et distinctions
Chansons et enregistrements marquants
- La Complainte de la Butte
- Bal chez Temporel
- La Bague à Jules
- Gamin de Paris
- Le Tapin tranquille
- On n’est pas là pour se faire engueuler
- Interprétations et premiers enregistrements de chansons de Georges Brassens
Quelques rôles à l’écran
- Napoléon, de Sacha Guitry (1955)
- Cible émouvante, de Pierre Salvadori (1993)
- Pola X, de Leos Carax (1999)
- Les Acteurs, de Bertrand Blier (2000)
Distinctions
- Officière de la Légion d’honneur
- Officière de l’ordre national du Mérite
- Commandeure de l’ordre des Arts et des Lettres