Qui est Alice Ozy ?
Nom complet : Julie Justine Pilloy, dite Alice Ozy.
Naissance : 6 août 1820 (Paris, France).
Mort : 3 mars 1893 (Paris, France) à 72 ans.
Activité : comédienne française.
Notoriété : actrice en vue des théâtres parisiens sous la monarchie de Juillet et le Second Empire, également connue comme figure du demi-monde.
Où se trouve la tombe d’Alice Ozy ?
La tombe d’Alice Ozy se trouve dans la division 89 du cimetière du Père-Lachaise, avenue transversale no 3, première ligne. Elle réunit la comédienne à la famille Pilloy.

Le monument funéraire d’Alice Ozy au Père-Lachaise
Le monument familial se distingue par une composition inspirée d’un petit temple grec. Conçu par l’architecte Constant Moyaux, il encadre une haute statue en marbre blanc de la Vierge à l’Enfant. Cette sculpture est la copie, exécutée par Léon Fagel, d’un bronze composé par Gustave Doré.
Le fronton, initialement destiné à porter le nom de la famille Pilloy, affiche aujourd’hui celui d’« Alice Ozy ».


Biographie d’Alice Ozy
Julie Justine Pilloy naît à Paris le 6 août 1820. Son père, Jean-Baptiste Pilloy, appartient au monde de la bijouterie, tandis que sa mère, Charlotte Amédée Ozi, exerce le métier d’actrice. Par sa mère, l’enfant descend du bassoniste Étienne Ozi, musicien réputé du Conservatoire de Paris. Ses parents se séparent peu après sa naissance. L’enfance de Julie est instable : sa mère voyage pour ses engagements et la jeune fille est confiée à différents établissements, notamment à Lyon, où elle reçoit une éducation irrégulière et apprend des travaux d’aiguille. Cette proximité familiale avec le spectacle ne lui ouvre donc pas immédiatement les portes du théâtre.
Une vocation gagnée sur les difficultés
À l’adolescence, Julie cherche à s’affranchir d’une existence précaire. Vers l’âge de seize ans, elle rencontre le comédien Brindeau, qui décèle ses dispositions et l’aide à travailler sa diction et son jeu. Pour la scène, elle choisit le nom d’Alice Ozy, graphie dérivée du patronyme maternel Ozi. Ce nom bref, facile à retenir, devient bientôt une identité publique à part entière. Sa formation reste largement pratique : elle apprend en observant les acteurs, en répétant les emplois de soubrette et en affrontant directement le public des salles parisiennes.

Elle obtient un premier rôle marquant au Théâtre du Palais-Royal le 14 novembre 1837. Dans Absent ou présent, ou Ma maison du Pec, elle joue Marianne, une cuisinière. L’emploi est encore modeste, mais il lui permet d’entrer dans le circuit professionnel. Après des apparitions salle Chantereine, elle rejoint à la fin de 1839 le Théâtre de la Renaissance et participe notamment à La Chaste Suzanne. Son aisance, sa vivacité comique et son sens du couplet attirent l’attention des directeurs, alors que les théâtres de boulevard recherchent des interprètes capables de passer du dialogue au chant.
Les succès du Théâtre des Variétés
Au début de 1840, Alice Ozy entre au Théâtre des Variétés, l’une des scènes les plus courues de Paris. Elle se fait remarquer dans Les Enragés, puis crée en septembre le rôle de Louise dans Le Chevalier du guet. La presse souligne sa présence et la manière dont elle donne du relief aux refrains comiques. Pendant les saisons 1842 et 1843, elle enchaîne les comédies et les vaudevilles. Cette activité soutenue la place parmi les actrices familières du public des boulevards, même si les critiques commentent trop souvent son apparence au détriment de son travail.
En 1843, elle joue dans Un Voyage en Espagne, pièce de Théophile Gautier et Paul Siraudin. Gautier devient un ami et un conseiller ; il lui apporte le regard d’un écrivain attentif aux arts et à la scène. Alice Ozy fréquente désormais un milieu où se rencontrent auteurs, peintres, journalistes, aristocrates et gens de théâtre. Sa carrière n’est cependant pas linéaire. Ses rapports avec le directeur Nestor Roqueplan se détériorent, un différend aboutit à un procès en 1844 et elle quitte les Variétés l’année suivante.

Londres, le Vaudeville et le Palais-Royal
En 1845, elle se produit au St James’s Theatre de Londres, où le public britannique accueille alors régulièrement des troupes françaises. De retour à Paris, elle paraît au Théâtre du Vaudeville à partir du mois d’août. L’année 1846 correspond à l’un des sommets de sa popularité. Elle sait exploiter le tempo du vaudeville, art fondé sur la précision, la répartie et la capacité à saisir immédiatement une salle. Son jeu s’appuie moins sur la déclamation académique que sur le naturel, l’énergie et une présence très moderne pour son temps.
Elle revient au Palais-Royal en mai 1847 et remporte un nouveau succès dans Le Trottin de la modiste. La révolution de février 1848 interrompt brutalement la vie des théâtres. Comme beaucoup d’artistes, Alice Ozy quitte momentanément Paris et gagne Londres. Lorsqu’elle rentre en France, elle joue à la Porte-Saint-Martin, puis retrouve les Variétés à partir de 1849. Elle apparaît notamment dans Le Quinze-Vingt, À la Bastille !, L’Anneau de Salomon, Les Filles de l’air, Mignon, Taconnet, Les Trois Sultanes, Les Enfers de Paris et Monsieur de La Palisse.

Une femme observée par les artistes et la chronique
La célébrité d’Alice Ozy dépasse rapidement la scène. Les chroniqueurs la rangent parmi les femmes du demi-monde, catégorie sociale et médiatique dans laquelle le Paris du XIXe siècle enferme volontiers les actrices dont la vie privée devient publique. Ses relations avec des personnalités telles que le duc d’Aumale, Charles Hugo, Thomas Couture, Edmond About ou le futur Napoléon III ont nourri une littérature abondante, parfois plus friande de scandale que de précision. Les mentionner éclaire les usages du temps, mais ne doit pas réduire une carrière de près de vingt années à une succession de liaisons.
Son rapport aux peintres est plus durablement visible. Théodore Chassériau entretient avec elle une relation autour de 1849-1851 et la prend pour modèle. Ses portraits d’Alice Ozy comptent aujourd’hui parmi les témoignages les plus sensibles laissés par l’actrice. Amaury-Duval la peint à son tour en 1852. À travers ces œuvres, elle appartient à l’histoire de la représentation féminine au XIXe siècle : non comme une silhouette anonyme, mais comme une personnalité dont le visage, le maintien et le regard fascinent plusieurs artistes importants.
Cette visibilité comporte un prix. La presse réserve rarement aux comédiennes la même mesure qu’aux acteurs : elle confond le personnage et l’interprète, évalue les toilettes, relaie les rivalités et transforme la vie sentimentale en feuilleton. Alice Ozy utilise pourtant cette notoriété avec lucidité. Elle sait négocier ses engagements, entretenir un réseau et constituer une collection d’œuvres et d’objets. L’image d’une femme seulement entretenue masque ainsi une professionnelle qui administre sa carrière et, plus tard, son patrimoine avec une réelle compétence.
Le retrait de la scène et une seconde vie
En juillet 1855, alors qu’elle est encore célèbre, Alice Ozy abandonne les grandes scènes parisiennes. Elle s’installe à Enghien et prend ses distances avec le rythme exigeant des théâtres. Ce retrait n’est toutefois pas une disparition complète. Entre 1864 et 1867, elle accepte encore des représentations en province, en Allemagne et en Belgique, dans des emplois désormais adaptés à son âge. Ce passage de la jeune première à des rôles de femmes mûres montre qu’elle reste attachée au métier, même si elle refuse de reprendre une carrière permanente.

Elle consacre aussi beaucoup d’attention à ses affaires. En 1867, une vente à l’hôtel Drouot disperse une partie de ses tableaux, dessins, bijoux et objets. Les catalogues et les œuvres conservées témoignent de ses liens étroits avec le monde artistique. L’ancienne actrice mène ensuite une existence plus retirée. Elle conserve cependant des amitiés et suit la transformation du Paris qu’elle avait connu sous Louis-Philippe, la Deuxième République et le Second Empire. Son parcours accompagne ainsi plusieurs mutations majeures de la vie théâtrale : essor du boulevard, domination du vaudeville, vedettariat féminin et nouvelle puissance de la presse illustrée.
Les dernières années
À la fin des années 1880, Alice Ozy traverse une grave période de dépression. Elle vit à Paris, au 91 boulevard Haussmann, loin de l’agitation des coulisses qui avait marqué sa jeunesse. Elle meurt à cette adresse le 3 mars 1893, âgée de soixante-douze ans. Son acte de décès permet de fixer cette date, parfois donnée différemment dans des récits postérieurs. Elle est inhumée au Père-Lachaise dans le tombeau de la famille Pilloy.
Au-delà des anecdotes attachées à la vie mondaine, Alice Ozy demeure une représentante significative du théâtre populaire parisien du milieu du XIXe siècle. Elle a joué sur les principales scènes du boulevard, servi le répertoire du vaudeville et inspiré plusieurs peintres. Sa trajectoire révèle aussi la condition ambiguë des actrices de son époque : applaudies, recherchées et financièrement autonomes pour certaines, mais continuellement exposées au jugement moral et à une chronique qui minimisait volontiers leur travail.
Œuvres principales
- Absent ou présent, ou Ma maison du Pec — Marianne, Théâtre du Palais-Royal (1837).
- La Chaste Suzanne — Théâtre de la Renaissance (1839).
- Les Enragés — Théâtre des Variétés (1840).
- Le Chevalier du guet — création du rôle de Louise (1840).
- Un Voyage en Espagne de Théophile Gautier et Paul Siraudin (1843).
- Le Trottin de la modiste — Théâtre du Palais-Royal (1847).
- Le Quinze-Vingt, L’Anneau de Salomon, Les Filles de l’air et Monsieur de La Palisse — principaux succès de la dernière partie de sa carrière parisienne.
Distinctions et fonctions
- Comédienne au Théâtre des Variétés, au Théâtre du Vaudeville, au Théâtre du Palais-Royal et au Théâtre de la Porte-Saint-Martin.
- Interprète invitée au St James’s Theatre de Londres en 1845.
- Modèle de Théodore Chassériau et d’Amaury-Duval.
- Collectionneuse d’œuvres d’art et gestionnaire de son patrimoine après son retrait des scènes parisiennes.