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MURAT Charles

Qui est Charles Murat ?

Nom complet : Charles Bertrand Murat.
Naissance : 1er avril 1818 (Toulouse, France).
Mort : 9 août 1897 (Paris, France) à 79 ans.
Activités principales : bijoutier, industriel et homme politique français.
Notoriété : fondateur de la maison des Bijoux Murat, spécialiste de la bijouterie en doublé d’or.

Où se trouve la tombe de Charles Murat ?

Charles Murat repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 54, au sein d’une sépulture familiale située près du chemin de Mont-Louis.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise : la sépulture de Charles Murat se trouve dans la division 54.

Le monument funéraire de Charles Murat au Père-Lachaise

La tombe de la famille Murat est un monument de pierre dominé par un buste en bronze signé du sculpteur Georges Bareau et fondu par la maison Barbedienne. Le monument est protégé au titre des monuments historiques.

L’inscription consacrée à Charles Murat rappelle ses fonctions d’adjoint élu du 3e arrondissement pendant le siège de Paris, puis d’ancien vice-président du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine. Une ambiguïté demeure toutefois au sujet du buste : il est souvent présenté comme celui de Charles Murat, mais la dédicace gravée sur son socle (offerte par le personnel de la maison à « M. G. Murat ») conduit plusieurs spécialistes à y reconnaître plutôt son fils et successeur, Georges Murat. La concession rassemble en effet plusieurs membres de cette famille d’industriels.

Tombe de Charles Murat au Père-Lachaise
Vue d’ensemble de la sépulture Murat, division 54. Photographie : Chabe01, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Buste du monument funéraire de la famille Murat
Le buste en bronze signé Georges Bareau sur le monument de la famille Murat. Photographie : Chabe01, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Biographie de Charles Murat

Charles Bertrand Murat naît à Toulouse le 1er avril 1818. Fils de Louis Murat, quartier-maître de compagnie, et de Victoire Marie Estellé, il grandit loin des dynasties de la haute joaillerie parisienne. Sa trajectoire est celle d’un artisan devenu industriel par l’apprentissage, la maîtrise des procédés métallurgiques et une remarquable intuition commerciale. Adolescent, il apprend le métier dans sa ville natale, puis part à Paris vers l’âge de seize ans. Dans la capitale, il se forme auprès de maisons réputées, notamment Christofle, et travaille à la préparation de modèles. Cette expérience lui permet de comprendre à la fois la création, les contraintes de fabrication et les attentes d’une clientèle nouvelle.

La création des Bijoux Murat

Au début des années 1850, Charles Murat s’établit à son compte. Sa maison est signalée rue du Grand-Chantier, puis rue des Archives, au cœur d’un quartier parisien où se concentrent de nombreux métiers du métal et du bijou. Il se spécialise dans la bijouterie en doublé d’or. Contrairement à une simple dorure superficielle, le doublé associe mécaniquement une feuille d’or à un métal de base, le plus souvent du cuivre. Laminé, étiré puis estampé, ce matériau résiste mieux à l’usage tout en conservant l’apparence de l’or.

Cette technique répond parfaitement aux transformations sociales du Second Empire. Une bourgeoisie urbaine plus nombreuse souhaite accéder à des parures élégantes sans supporter le prix de la joaillerie en or massif. Murat propose des chaînes, bracelets, bagues, broches et objets de fantaisie dont la finition soigneuse imite les pièces précieuses. Il ne se contente pas de reproduire les formes existantes : il organise une fabrication mécanisée, divise les opérations, multiplie les modèles et veille à la régularité des séries. La maison conjugue ainsi le dessin d’atelier et les méthodes de la grande industrie.

Conseil municipal de Paris en 1874, dont Charles Murat fut membre
Le Conseil municipal de Paris en 1874, auquel appartient Charles Murat. Document historique, Wikimedia Commons, domaine public.

Une réussite industrielle reconnue

Le succès est rapide. La maison Murat participe aux grandes expositions internationales qui servent alors de vitrines à l’industrie française. Elle obtient une médaille de bronze à l’Exposition universelle de Paris en 1855, une mention honorable à Londres en 1862, puis présente de nouveau ses bijoux en doublé à Paris en 1867. Une récompense est également obtenue à Philadelphie en 1876. À l’Exposition universelle de 1878, Charles Murat reçoit une médaille d’or, tandis que plusieurs de ses collaborateurs sont distingués. La même année, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur.

Les descriptions industrielles de l’époque admirent la capacité de Murat à produire, pour un prix relativement modeste, des bijoux possédant l’apparence et la solidité d’objets en or fin. L’emploi de pierres imitées, de perles, de camées et de motifs variés élargit encore les collections. Cette production n’est donc pas une contrefaçon honteuse de la joaillerie : elle constitue un secteur assumé, innovant et exportateur, qui participe à la démocratisation du bijou.

Paris et l’implantation en Ardèche

La manufacture parisienne emploie une main-d’œuvre spécialisée et développe ses débouchés en France comme à l’étranger, notamment en Espagne. Pour accroître sa capacité, la maison implante en 1868 une unité de production à Saint-Martin-de-Valamas, dans l’Ardèche. Le choix de cette vallée s’explique par l’énergie hydraulique disponible et par la présence d’ouvriers habitués aux travaux minutieux de l’industrie textile. Cette implantation contribue durablement à la naissance de la « vallée du bijou », territoire encore associé aujourd’hui à la fabrication joaillière.

Hôtel de Ville de Paris au temps de Charles Murat
L’ancien Hôtel de Ville de Paris, centre de la vie municipale durant les événements de 1870-1871. Photographie de Charles Marville, Wikimedia Commons, domaine public.
Affiche des maires et adjoints de Paris pendant le siège de 1870
Affiche républicaine présentant les maires, adjoints de Paris et représentants de la Seine pendant le siège de 1870, parmi lesquels Charles Murat. Paris Musées / Wikimedia Commons, domaine public.

Un industriel républicain

Parallèlement à ses affaires, Charles Murat s’engage dans la vie publique. Républicain sous le Second Empire, il appartient à cette génération d’entrepreneurs pour lesquels le progrès industriel doit s’accompagner de libertés civiques et d’une administration locale plus représentative. Après la chute de l’Empire, durant le siège de Paris de 1870, il exerce les fonctions d’adjoint au maire du 3e arrondissement. La capitale affamée et bombardée doit organiser le ravitaillement, l’assistance et la défense dans une situation exceptionnelle.

Le 26 mars 1871, Charles Murat est élu au Conseil de la Commune de Paris. Il fait cependant partie des élus modérés qui démissionnent rapidement, refusant l’affrontement croissant entre la Commune et le gouvernement installé à Versailles. Cette décision ne signifie pas un retrait de la politique locale. Dès le 30 juillet 1871, il est élu conseiller municipal de Paris pour le quartier des Enfants-Rouges, dans le 3e arrondissement. Il conserve ce mandat au fil de plusieurs réélections jusqu’à sa défaite en 1884.

Hôtel de Ville de Paris après la Commune de 1871
L’Hôtel de Ville après les combats de la Commune, contexte dans lequel Charles Murat choisit la voie municipale modérée. Wikimedia Commons, domaine public.

Au service de la municipalité parisienne

À l’Hôtel de Ville, Murat acquiert une solide réputation d’élu expérimenté. Il devient vice-président du Conseil municipal de Paris, puis vice-président du Conseil général de la Seine. Son profil d’industriel lui donne une connaissance concrète du travail, du commerce, des ateliers et de l’économie urbaine. Ses fonctions publiques, gravées sur son tombeau, occupent une place importante dans la mémoire que sa famille a souhaité transmettre.

Cette double carrière illustre un type de notable caractéristique des débuts de la Troisième République : l’entrepreneur formé par le métier, attaché à son arrondissement, qui met sa réussite au service des institutions locales. Murat n’accède pas à la notoriété nationale de certains parlementaires, mais son action s’inscrit dans la reconstruction administrative et politique de Paris après la guerre, le siège et la Commune.

Transmission de la maison Murat

Vers 1889, Charles Murat transmet progressivement l’entreprise à son fils Jacques-Louis-Georges Murat, généralement appelé Georges Murat. Celui-ci poursuit le développement de la maison et mène à son tour une carrière publique : il devient notamment sénateur de l’Ardèche en 1912. La succession familiale renforce le lien entre Paris, siège historique de la marque, et Saint-Martin-de-Valamas, devenu un pôle industriel majeur de la bijouterie.

Charles Murat meurt à Paris le 9 août 1897, à soixante-dix-neuf ans. Son nom demeure attaché à une entreprise qui a traversé les régimes politiques, les modes et les évolutions techniques. Les bijoux anciens portant la marque Murat sont aujourd’hui recherchés par les collectionneurs. Ils témoignent d’un moment essentiel de l’histoire des arts décoratifs, lorsque l’industrialisation rendit accessibles des objets jusque-là réservés aux plus fortunés.

Inscription de Charles Murat sur la sépulture familiale
L’inscription rappelant la carrière municipale de Charles Murat sur la sépulture familiale. Wikimedia Commons, licence libre.

Créations, innovations et héritage

  • Création vers 1850-1851 d’une maison parisienne spécialisée dans les bijoux en doublé d’or.
  • Fabrication en série de chaînes, bracelets, bagues, broches et parures accessibles à une clientèle élargie.
  • Développement d’une organisation industrielle associant création de modèles, laminage, estampage et finitions.
  • Implantation d’un atelier à Saint-Martin-de-Valamas en 1868, étape fondatrice de la tradition bijoutière ardéchoise.
  • Transmission de la maison à son fils Georges Murat, assurant la continuité de la marque.

Distinctions et fonctions

  • Médaille de bronze à l’Exposition universelle de Paris de 1855.
  • Mention honorable à l’Exposition internationale de Londres de 1862.
  • Récompense à l’Exposition de Philadelphie de 1876.
  • Médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris de 1878.
  • Chevalier de la Légion d’honneur, le 20 octobre 1878.
  • Adjoint élu au maire du 3e arrondissement pendant le siège de Paris.
  • Élu à la Commune de Paris en mars 1871, puis démissionnaire avec les élus modérés.
  • Conseiller municipal de Paris de 1871 à 1884.
  • Vice-président du Conseil municipal de Paris et vice-président du Conseil général de la Seine.