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MORTIER Henri

Qui est Henri Mortier ?

Nom complet : Henri Joseph Mortier.
Naissance : 17 avril 1843 (Paris, France).
Mort : 19 février 1894 (Levallois-Perret, France) à 50 ans.
Activité : ouvrier tourneur et découpeur en marqueterie, militant révolutionnaire.
Notoriété : élu du 11e arrondissement au Conseil de la Commune de Paris en 1871.

Où se trouve la tombe d’Henri Mortier ?

La tombe d’Henri Mortier se trouve dans la division 76 du cimetière du Père-Lachaise, près du Mur des Fédérés. Il y repose avec son épouse Caroline Mortier, morte en 1898.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 76
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la tombe d’Henri Mortier se situe dans la division 76.

Le monument funéraire d’Henri Mortier au Père-Lachaise

La sépulture réunit Henri Mortier et son épouse Caroline, née en 1845 et morte en 1898. Les inscriptions rappellent sobrement leurs noms et leurs dates, en faisant explicitement mémoire d’Henri Mortier comme « membre de la Commune ». Un médaillon en bronze non signé représente le couple de profil.

La concession fut accordée gratuitement par un arrêté préfectoral du 1er avril 1898. Sa proximité avec le Mur des Fédérés inscrit la tombe dans un secteur du cimetière où reposent de nombreux acteurs du mouvement ouvrier et de la Commune.

Vue générale de la tombe d’Henri et Caroline Mortier au Père-Lachaise
Vue générale de la tombe d’Henri et Caroline Mortier, division 76. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Médaillon en bronze de la tombe d’Henri et Caroline Mortier
Le médaillon en bronze représentant Henri et Caroline Mortier. Photo : Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Biographie d’Henri Mortier

Henri Joseph Mortier naît à Paris le 17 avril 1843, dans l’ancien 11e arrondissement. Sa jeunesse se déroule dans une capitale en pleine transformation, où l’industrialisation bouleverse les métiers, les quartiers et les rapports sociaux. Il appartient au monde des artisans du meuble : les sources le présentent comme tourneur sur bois, mais aussi comme découpeur en marqueterie, profession exigeant précision et habileté manuelle. Il travaille un temps comme commis chez un architecte. Son parcours politique reste inséparable de ce milieu ouvrier du faubourg Saint-Antoine, particulièrement organisé et sensible aux idées républicaines et socialistes.

Un ouvrier engagé sous le Second Empire

Sous le Second Empire, l’activité politique demeure étroitement surveillée. Mortier se rapproche des blanquistes, partisans d’une transformation révolutionnaire menée par une organisation disciplinée. Il adhère également à l’Association internationale des travailleurs, fondée en 1864 et connue sous le nom de Première Internationale. Celle-ci rassemble des militants de sensibilités diverses autour de la solidarité ouvrière et de l’émancipation du travail.

Dans le 11e arrondissement, Mortier acquiert une réelle popularité parmi les ouvriers du meuble. Il n’est pas réputé pour les grands discours, mais pour son efficacité et sa proximité avec les travailleurs. Cette réputation d’homme d’action explique la confiance dont il bénéficie au moment où la guerre franco-prussienne précipite l’effondrement du régime impérial.

Gardes nationaux français en 1871
La Garde nationale en 1871, d’après une illustration publiée à la fin du XIXe siècle. Wikimedia Commons, domaine public.

Le siège de Paris et la Garde nationale

Après la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, Paris est assiégé par les troupes allemandes. La Garde nationale se développe considérablement et devient une force militaire mais aussi politique. Mortier est capitaine du 191e bataillon. Quelques jours avant le 18 mars 1871, ses hommes le délèguent au Comité central de la Garde nationale.

Le 18 mars, la tentative gouvernementale de reprendre les canons gardés à Montmartre déclenche l’insurrection. Le gouvernement et l’administration se retirent à Versailles tandis que le Comité central prend provisoirement en charge la capitale. Mortier figure parmi les signataires d’une affiche du 19 mars annonçant que le Comité central conserve l’Hôtel de Ville au nom du peuple et prépare des élections municipales.

Affiche du Comité central de la Garde nationale signée notamment par Henri Mortier le 19 mars 1871
Affiche du Comité central de la Garde nationale datée du 19 mars 1871 ; le nom de Mortier apparaît parmi les signataires. Musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

Élu de la Commune dans le 11e arrondissement

Lors des élections du 26 mars 1871, Henri Mortier est élu au Conseil de la Commune par le 11e arrondissement. Il obtient 21 186 voix sur 25 183 votants, le meilleur résultat de son arrondissement. Âgé de seulement vingt-sept ans lors du scrutin, il incarne ces ouvriers et militants de quartier que la révolution porte soudain aux responsabilités municipales.

Il siège d’abord à la commission des Services publics, chargée d’assurer le fonctionnement quotidien d’une ville bouleversée par le siège et la rupture avec Versailles. En mai, il rejoint la commission de Sûreté générale. Il prend aussi une part active à l’administration du 11e arrondissement, où il fait fonction de maire. Les actes conservés montrent un élu confronté à des tâches très concrètes : constater les naissances et les décès, célébrer les mariages, organiser l’aide sociale et favoriser l’ouverture de bureaux d’embauche. Pour demeurer disponible, il se fait aménager un logement dans la mairie.

Hôtel de Ville de Paris pendant la Commune en 1871
L’Hôtel de Ville de Paris pendant la Commune, en 1871. Wikimedia Commons, domaine public.

Administrer un arrondissement en révolution

Mortier demeure attentif à l’état de la Garde nationale dans son arrondissement. Dans une lettre aux responsables de la 11e légion, il dénonce le désordre et réclame le rétablissement de la discipline. Son activité illustre la difficulté de gouverner Paris tout en préparant sa défense, alors que la Commune doit simultanément nourrir la population, maintenir les services et répondre à l’avancée des forces versaillaises.

À partir du 21 mai, l’armée de Versailles pénètre dans Paris. Durant la Semaine sanglante, Mortier reste dans le 11e arrondissement. Le 22 mai, il fait réquisitionner des réserves de pétrole et des torches afin de pallier l’interruption de l’éclairage au gaz, les arrivages de houille étant coupés. Il ordonne parallèlement la réquisition des pompes disponibles pour lutter contre les incendies. Dans la violence des combats, les mêmes matières inflammables alimentent toutefois soupçons et accusations. Des témoins le voient, dans la nuit du 23 au 24 mai, faire transporter des barils de poudre et de pétrole dans la cour de la mairie.

Exécution de communards au Mur des Fédérés en mai 1871, dessin d’Alfred Darjou
Exécution de prisonniers communards au Mur des Fédérés, dessin d’Alfred Darjou, vers 1871-1874. Wikimedia Commons, domaine public.

La défaite et l’exil

La répression met fin à la Commune dans les derniers jours de mai. Mortier parvient à quitter la France et se réfugie à Londres, l’un des principaux centres de l’exil communard. Le 19e conseil de guerre le condamne à mort par contumace. Dans la capitale britannique, il conserve des liens avec les milieux blanquistes et avec d’autres proscrits, mais l’exil est marqué par la précarité et par les divisions politiques.

Expulsé de Grande-Bretagne en 1875, il mène ensuite une existence itinérante. Il séjourne en Belgique, gagne la Lorraine annexée par l’Empire allemand puis le Luxembourg, où il retrouve d’anciens communards issus, comme lui, des métiers du faubourg Saint-Antoine. Il passe en Suisse en 1876 avant de revenir à Londres l’année suivante. Ces déplacements successifs témoignent de la fragilité du statut des réfugiés politiques dans l’Europe des années 1870.

Le retour après l’amnistie

L’amnistie générale des communards, votée en juillet 1880, lui permet enfin de rentrer en France sans risquer l’exécution de sa condamnation. Il s’établit à Levallois-Perret, commune industrielle de la proche banlieue parisienne. Contrairement à plusieurs anciens élus de la Commune devenus parlementaires ou journalistes, Mortier ne retrouve pas de rôle politique national. Il demeure cependant associé à la mémoire de l’insurrection et à l’expérience d’une administration ouvrière des quartiers.

Henri Mortier meurt à Levallois-Perret le 19 février 1894, à l’âge de cinquante ans. Il est inhumé au Père-Lachaise. Son épouse Caroline le rejoint quatre ans plus tard. La tombe, située face au secteur du Mur des Fédérés, rappelle aujourd’hui le parcours d’un élu moins célèbre que certaines grandes figures de la Commune, mais profondément enraciné dans le monde artisanal parisien et dans la vie quotidienne du 11e arrondissement.

Manifestants entrant au Père-Lachaise pour se rendre au Mur des Fédérés en 1919
Entrée de manifestants au Père-Lachaise pour la commémoration du Mur des Fédérés, en 1919. Agence Meurisse / Gallica-BnF / Wikimedia Commons, domaine public.

Actions et textes principaux

  • Capitaine du 191e bataillon de la Garde nationale pendant le siège de Paris.
  • Membre du Comité central de la Garde nationale en mars 1871.
  • Signataire de l’affiche du Comité central « Aux gardes nationaux de Paris », le 19 mars 1871.
  • Élu du 11e arrondissement au Conseil de la Commune le 26 mars 1871.
  • Participation aux commissions des Services publics puis de Sûreté générale.
  • Administration de fait de la mairie du 11e arrondissement pendant la Commune.
  • Signataire de la brochure blanquiste Aux Communeux.

Fonctions et engagements

  • Militant blanquiste sous le Second Empire.
  • Membre de l’Association internationale des travailleurs.
  • Capitaine dans la Garde nationale et délégué au Comité central.
  • Conseiller de la Commune de Paris pour le 11e arrondissement en 1871.
  • Membre de la commission des Services publics, puis de la commission de Sûreté générale.
  • Condamné à mort par contumace après la Commune ; exilé jusqu’à l’amnistie de 1880.